Dans son rapport sur les «convergences franco-allemandes au G20», le Conseil d’analyse économique franco-allemand revient sur les relations entre les deux pays et présente la France comme «le bouclier de l’Allemagne» dans la crise économique. Une position pourtant loin de faire l'unanimité des économistes.
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« La convergence franco-allemande a permis d’influencer le G20 ». La phrase est de Christian Stoffaës, co-président du Conseil d’analyse économique franco-allemand, qui s’exprimait lors de la présentation d’un rapport, "L’Allemagne et la France face à la crise financière", mardi 7 avril.
Pour les membres du Conseil d’analyse économique franco-allemand, le couple a réussi son pari. « L’objectif central franco-allemand d’une vraie architecture des marchés financiers » a abouti, selon l’inspecteur général des finances, Paul Mentré. Au-delà, la liste des paradis fiscaux attendue par Paris et Berlin « a été entérinée par le sommet mondial ». Si cette liste n’est pas nouvelle, ce symbole constitue « l’un des résultats concret » du G20 estime Christian Stoffaës.
De son côté, le directeur du Centre d’information et de recherche sur l’Allemagne contemporaine (CIRAC), René Lasserre, estime que « le couple franco-allemand s’est bien comporté ». Mais si le G20 a conclu « un accord d’orientation » sur la réforme du système financier international (SFI), « il reste du chemin à faire », poursuit-il, "l’accord doit encore se concrétiser". Au centre de recherche en économie de Sciences Po, l’OFCE, la chercheuse Paola Monperrus-Veroni estime également qu’il s’agit « d’une demie-victoire », sans que l’on puisse dire qu’il y ait eu « une vrai refondation » du système.
La France bouclier de l’Allemagne face à la crise économique
Pour Paul Mentré, le succès du G20, qui « change le cours de l’histoire », s’explique par le « rétablissement de l’axe franco-allemand » depuis le début de l’année 2009. Paris a décidé de limiter son plan de relance à 0,6% de son PIB. Et « l’Allemagne est contente de voir la France avec un plan modeste », estime-t-il. Notamment parce qu’elle « tient beaucoup » au pacte de stabilité de l’UE et à la restriction budgétaire, poursuit-il. « La France a été le bouclier de l’Allemagne » au G20, finit-il par lancer.
Paris cherchait-elle finalement à séduire Berlin avec un plan plus modeste? « Je ne pense pas que cela soit vraiment le principal objectif de la relance française », analyse Mme Monperrus-Veroni. « Cette hypothèse ne tient pas trop », estime-t-elle. « Si la France n’a pas fait plus que l’Allemagne, ou au moins autant, c’est parce que ses comptes publics se trouvaient dans une situation bien plus dégradée au départ », explique-t-elle. L’Allemagne a en effet consacré plus de 3% de son PIB à la relance de son économie. Pour René Lasserre aussi « c’est une hypothèse d’école ». « La France est à la limite de son endettement, et n’avait pas les moyens de faire plus », ajoute-t-il. Selon lui, l’Hexagone n’est pas « le moteur » du couple franco-allemand.
L’Allemagne ne satisfera pas les besoins de la France post crise
L’accord franco-allemand d’aujourd’hui « pourrait être un accord de façade par rapport au reste du monde » et notamment face « à ceux qui voulaient plus de relance », estime M. Lasserre. Mais « au-delà de cet accord, il risque d’y avoir des divergences » sur la gestion de l’après crise, indique-t-il.
« L’économie allemande devrait repartir plus vite, à la différence de celle de la France dont la compétitivité est affaiblie », analyse le directeur du CIRAC. Le dilemme entre une Allemagne fidèle à la stabilité budgétaire, et une France qui cherchera à relancer, va à nouveau se poser, estime le chercheur. « En effet on reviendra sur ces questions la, on retrouvera le même débat », estime de son coté Paola Monperrus-Veroni. « L’Allemagne reviendra à la discipline » du pacte de stabilité, notamment parce que davantage de contraintes pèsent sur son économie, explique-t-elle.
Merkel serait-elle alors prête à assouplir sa position au nom du couple franco-allemand ? M. Lasserre en doute. « Il y aura besoin de solidarité européenne mais certainement pas au détriment d’une politique européenne de compétitivité » ou qui pourrait venir « fragiliser l’euro ». « L’Allemagne ne sera pas facile à convaincre de suivre un autre chemin », estime-t-il.



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