Quatre jours seulement après les élections, les députés européens français doivent penser à la suite. Car leur toute première entrée en scène aura lieu bien avant le 14 juillet, qui marquera le début de la première session plénière.

Alors que les groupes parlementaires sont entièrement occupés à constituer des coalitions (EurActiv.fr, 10/06/2009), il faut, pour les nouveaux députés européens, apprendre à connaître le fonctionnement de cette institution et s’organiser au sein de leurs délégations nationales, avant de se répartir les sièges entre les commissions parlementaires.

Sur les 72 élus, ils ne sont que trente dans la délégation française à avoir déjà siégé au Parlement européen (PE), et donc à connaître le fonctionnement de la machine. La plupart de leurs groupes politiques organiseront d’ailleurs des rencontres dès la semaine du 15 juin pour leur présenter les arcanes de l’institution.

Après une première réunion à l’Elysée lundi 8 juin, les 29 eurodéputés français UMP rejoindront leur parti d’affiliation, le PPE-DE, lors d’une réunion du groupe à Bruxelles, mercredi 17 juin. Dans l’après-midi, une réunion entre les seuls députés européens français est prévue. L’occasion de désigner le patron de la délégation française UMP. «Notre chef de délégation naturel, c’est Michel Barnier», explique l’eurodéputé Jean-Paul Gauzès, élu dans le Nord-Ouest.

L’actuel ministre de l’Agriculture pourrait donc occuper cette place pour quelques temps… avant de partir à la Commission européenne, où il devrait être le prochain commissaire européen français. «Il est en tête de la liste des postulants», a confirmé Nicolas Sarkozy, jeudi 11 juin (EurActiv.fr 02/06/2009). Une semaine plus tard, le 23 juin, les membre du groupe PPE-DE devraient ensuite reconduire l’Alsacien Joseph Daul à la tête du groupe.

Mais certains députés européens font pression depuis bien avant les élections pour obtenir une place au sein de telle ou telle commission. Les sièges en commission parlementaire se négocieront formellement au sein, puis entre les groupes politiques présents au Parlement européen dans les premiers jours de juillet. 

Ainsi, à l’UMP, certains savent déjà où ils siégeront. Jean-Paul Gauzès, par exemple, auteur d’un important rapport sur les agences de notation, est quasiment certain de faire à nouveau partie de la commission des Affaires économiques.

Au PSE, les équilibres «chamboulés»

Au PSE, les eurodéputés français devraient désigner leur chef de délégation «dans les prochains jours», affirment plusieurs sources en interne. Difficile de savoir qui sera élu, tant «les équilibres internes ont été chamboulés», même si «plusieurs réunions se sont déjà succédées», poursuivent les mêmes sources.

Si les socialistes européens éliront le président de leur groupe lors d’une réunion le 23 juin, il leur faudra également se répartir entre les différentes commissions parlementaires. Mais avec 14 eurodéputés seulement pour 20 commissions et deux sous-commissions, les députés socialistes français devront faire des choix, puisqu’ils ne pourront être présents partout.

Comme à l’UMP, certains semblent assurés de conserver leur poste, comme Pervenche Bérès, qui devrait sans difficulté siéger au sein de la commission des Affaires économiques et monétaires, ou Stéphane Le Foll, au sein de la commission Agriculture et développement durable. 

Les Verts européens devront quant à eux faire face au défi du fort renouvellement de leur groupe, car plus de la moitié des élus sont nouveaux. Côté français, sur quatorze élus, seuls Daniel Cohn-Bendit et Hélène Flautre sont sortants. Le groupe organise donc une «première réunion de de présentation des députés», le 16 juin prochain.

La semaine d’après, probablement le 23 juin, les eurodéputés Verts devront élire leurs deux co-présidents (un homme et une femme), avant de se répartir les places en commission. Mais dans ce parti, les parlementaires n’élisent aucun chef de délégation nationale.

Le MoDem grince des dents

Les six élus MoDem devraient quant à eux retrouver leur place au sein de l’ADLE. Pourtant, le président du groupe, Graham Watson, a récemment insisté sur le fait que l’ADLE faisait partie de l’alliance de centre-droit, préférant une coalition idéologique entre PPE et ADLE. Il a par ailleurs déclaré soutenir la candidature de José Manuel Barroso pour un deuxième mandat à la tête de la Commission européenne, à condition que la présidence du Parlement revienne à M. Watson lui-même.

Une position qui fait grincer des dents au MoDem, qui a articulé une bonne partie de sa campagne en opposition à l’actuel président de la Commission. Mais il n’est pas question pour le parti de François Bayrou, très affaibli par les européennes, de sortir de l’ADLE. «Quelle que soit sa décision, Watson n’aura pas tout le groupe derrière lui, affirme une source en interne. La ligne de fracture passe au milieu.»

La délégation française devrait prochainement élire son président, qui pourrait être à nouveau Marielle de Sarnez. Puis les élus français et leurs collègues désigneront le président de leur groupe le 30 juin.

A la recherche du successeur de Francis Wurtz

A la Gauche unitaire européenne (GUE), les cinq élus du Front de Gauche rencontreront pour la première fois leurs collègues des autres pays lors d’une réunion qui se tiendra les 15, 16 et 17 juin. Ils éliront ensuite leur président une semaine plus tard, les 23 et 24 juin.

Un président qui changera obligatoirement, puisque le Français Francis Wurtz ne s’est pas représenté aux élections de juin. Mais difficile de faire des pronostics. A la GUE, où plus de la moitié des députés européens sont nouveaux, on précise juste qu’«en théorie, les deux plus grandes délégations –française et allemande– devraient peser».

Enfin, le groupe Indépendance et Démocratie (ID), où siégeaient jusque-là les élus du Mouvement pour la France (MPF), était injoignable jeudi 11 juin. Mais Philippe de Villiers devrait toujours y siéger. Son parti, Libertas, avait annoncé pouvoir mettre sur pied un groupe constitué par une centaine de députés, mais il ne compte finalement qu’un seul élu: le président du Conseil général de Vendée.