Au cours d’un débat organisé par le Mouvement européen-France, les politologues Hans Stark et Alfred Grosser, spécialistes des relations franco-allemandes, ont dressé un sombre état des lieux des liens qui unissent Paris à Berlin.

Pour Hans Stark, secrétaire général du comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa), le lien entre les deux pays «manque de dynamisme» depuis plusieurs mois. En cause: la crise «assez grave» qu’a connue la relation entre Berlin et Paris à l’occasion de la mise en place de l’Union pour la Méditerranée, à l’été 2008, ainsi que les questions énergétiques fin décembre.

Pourtant, force est de constater que de nombreuses divergences sont aujourd’hui moins fortes que dans le passé. L’Allemagne et la France ont ainsi, selon le chercheur, la même conception du rôle des Etats-Unis dans le monde. Dans le même sens, «personne ne s’offusque plus, en Allemagne, que la France ne respecte pas le pacte de stabilité», a-t-il poursuivi. Idem pour la Banque centrale européenne, dont les deux pays semblent désormais reconnaître le rôle important qu’elle joue dans la crise.

«Mais le temps est terminé, a insisté Hans Stark, où Valéry Giscard d’Estaing et le chancelier Helmut Schmidt pouvaient tranquillement concocter le système monétaire européen de leur coté, avant de l’imposer au reste des pays de la communauté européenne.»

Différence de rythmes

Par ailleurs, il a mis en avant la différence de rythme de prises des décisions entre les deux pays. «En Allemagne, elles sont prises très difficilement», a expliqué Hans Stark, en soulignant que chacune d’entre elles devait faire l’objet d’un accord entre les trois partis de la coalition, avant d’être renégocié par chaque länder. «A l’inverse, en France, les décisions vont très vite», a-t-il poursuivi.

«Nous sommes en train d’assassiner notre politique culturelle en Allemagne», a pour sa part estimé Alfred Grosser. Il a, entre autres exemples, évoqué le cas du «bilinguisme dans les écoles maternelles et primaires en Alsace» combattu, selon lui, par le rectorat de Strasbourg. Il a également pointé du doigt la suppression du service allemand de RFI. «Ce qui exaspère les autres, a-t-il expliqué, c’est l’exigence d’une place spéciale de la France dans certaines institutions.» 

Selon le politologue, la manifestation la plus forte de la crise entre la France et l’Allemagne est la rupture entre Siemens et Areva. Siemens, qui a décidé dernièrement de mettre fin à sa coopération avec Areva, a annoncé la signature d’un protocole avec le groupe Russe Rosatom pour créer une entreprise dans le domaine du nucléaire. Et Alfred Grosser d’évoquer les fortes divergences entre la France et l’Allemagne sur la question nucléaire (lire aussi EurActiv.fr, 21/01/2009).