Pourquoi vous lancer pour la deuxième fois dans la course des élections européennes?

Je suis candidat en Ile-de-France parce qu’on me l’a demandé. Et cela m’intéresse aussi parce que je travaille depuis longtemps sur ces sujets. J’ai fait un lycée agricole. On travaillait déjà sur les enjeux de la politique agricole commune, qui est la plus importante des politiques de l’UE.

Quand j’étais attaché parlementaire d’André Lajoinie, à l’époque président du groupe communiste au Parlement nous traitions également ces sujets. Nous avions un journal rural, la terre, dont j’étais le directeur adjoint et dans lequel nous donnions une grande place aux enjeux agricoles. Et puis j’ai une fibre plutôt internationaliste, je participe à beaucoup de forums et à des actions concrètes en Afrique. J’étais permanent du forum de Sao Paulo. J’ai donc beaucoup travaillé avec des forces d’Amérique Latine.

La crise que nous traversons n’est pas seulement financière. Elle est globale et concerne notamment les questions de sécurité et de paix dans le monde. L’Europe doit donc être présente dans ce débat. De ce point de vue-là, le travail de député européen m’intéresse aussi.

Dans une entretien à EurActiv.fr, le député européen Francis Wurtz a indiqué qu’il était contre le protectionnisme à l’intérieur de l’Europe. Partagez-vous son point de vue ?

Oui. Nous sommes contre le protectionnisme et favorable à des systèmes de coopération. Il s’agit de revenir à des mécanismes de préférence communautaire totalement modernisés. Mais il faut également les combiner à des système de préférence continentale pour des groupes de pays africains ou latino-américains qui le souhaiteraient, de telle sorte que les coopération se fassent plutôt d’Etat à Etat et non pas de multinationale à multinationale.

Nous ne voulons pas de l’Europe telle qu’elle est décrite dans les traités européens et confirmée dans le traité de Lisbonne, c’est-à-dire un marché ouvert où la concurrence est libre. C’est contraire à la coopération.

Ce qui impliquerait un recadrage total des orientations de l’Europe actuelle…

Le droit communautaire va dans le sens de la concurrence : des Etats les uns contre les autres, des entreprises les unes contre les autres. Et au final ce sont les salariés, les agriculteurs, les petits artisans commerçants, et les petites et moyennes entreprises qui trinquent.

Il ne faudrait pas ratifier le traité de Lisbonne et le déclarer caduque dès lors que les Irlandais ont voté contre. Quant aux articles 60 et 61 du traité de Lisbonne, ils mettent les services dans la concurrence puisque ce principe de la libre prestation de service est édicté à plusieurs reprises. Or celui-ci aboutit au fait qu’une entreprise de services privée peut venir concurrencer votre propre service public dans la santé, les centres de santé municipaux, le transport…

Il faut harmoniser les lois sociales par le haut et en même temps faire un débat à partir d’un grand forum européen des parlements, des peuples, associations et syndicats, pour mettre sur les fonds baptismaux un autre traité dont la base minimale ne serait pas la recherche permanente de la convergence économique. Elle est certes nécessaire, mais il faut d’abord réfléchir à une convergence politique sociale et écologique.

Vous préconisez la mise en place d’un salaire minimum européen. Concrètement, comment est-ce possible étant donné les disparités économiques et sociales entre les 27 Etats membres de l’UE ?

Les profits réalisés dans l’UE par les plus grandes entreprises, hormis le secteur des banques et des assurances, sont de 2400 milliards d’euros. C’est 16 fois le budget européen. Il y aurait largement de quoi augmenter les salaires et les minima sociaux dans toute l’Union européenne de 200 à 300 euros. Ce qui porterait notre SMIC à 1600 euros.

Mais en pouvoir d’achat, 200 euros sont une bouffée d’oxygène considérable pour le travailleur bulgare. Avec les aides nécessaires, il serait possible d’harmoniser vers le haut. D’autres part la Banque centrale européenne et la Banque européenne d’investissement peuvent elles aussi rentrer dans le jeu. Elles devraient aider les banques nationales à refinancer des crédits à bas taux d’intérêt pour faire des investissements : dans les infrastructures, la formation, l’innovation, un pôle de recherche commun…de telle sorte que tout le monde progresse vers le haut.

La Commission a refusé de proposer une directive cadre sur les services d’intérêt général européens. Que faudrait-il faire, selon vous, sur les services publics, au niveau européen, lors de la prochaine mandature ?

Je me battrai pour faire abroger totalement la directive Bolkestein (appelée directive services, ndlr). Ce texte ne parle plus de services publics mais de services d’intérêt économique général. Autrement dit, ce qui prime n’est pas un service humain, d’intérêt général, mais un service économique, c’est-à-dire qui doit se rentabiliser. Et pour ce faire, on met en concurrence les services publics avec des entreprises privées. C’est par exemple le cas pour le rail où des entreprises utilisent nos installations en concurrence avec notre propre SNCF. En conséquence de quoi nous avons des menaces pour notre sécurité et le tarif du billet de train ne diminue pas.

Je ne propose pas de nouveaux services publics étatiques, mais des services publics propriété des citoyens, des associations, des usagers qui puissent avoir un droit de regard sur la manière dont ils sont gérés, au service de qui, et pour quelle mission.

Il faut maintenir des services publics nationaux et inventer des services publics européens. Dans l’énergie par exemple il faut mettre en place une autorité européenne de régulation dans laquelle tout le monde a son mot à dire…tout comme dans le transport.

Vous proposez de changer le système tellement profondément qu’on peut se demander si c’est réaliste…

L’enjeu essentiel est de donner un nouveau sens à la construction européenne. Une Europe pour les être humains, les enfants, les femmes, les jeunes, les hommes. Je ne crois pas au grand soir, je crois à un processus de transformation, à un va-et-vient permanent entre les peuples et les institutions européennes. Il faut associer les syndicats et modifier le conseil économique et social européen de telle sorte qu’il ait une voix consultative mais aussi la possibilité de faire des projets de directive à soumettre au Parlement et à la Commission elle-même.

Il faut évidemment une majorité progressiste au Parlement européen pour porter cela parce qu’on sait que pour le paquet énergie-climat comme pour le paquet transport, les droites européennes ont malheureusement voté ensemble avec les socialistes européens.

Comment concevez-vous la fonction de député européen? 

Je conçois mon rôle comme étant en permanence en lien avec les gens de culture, les chercheurs, les enseignants, les paysans. J’ai dit aux travailleurs d’Orly et de Roissy que si j’étais élu, je viendrai une ou deux fois par an afin qu’ils me disent ce qui va ou pas et même qu’ils me proposent des projets de directives que nous porterons au Parlement européen. Nous animerons le débat également avec les salariés des transports, en Italie, au Royaume-Uni, ou avec la confédération européenne des syndicats.

Allez-vous conserver vos fonctions à l’Humanité ?

Oui. Depuis Jean Jaurès, la tradition est que le directeur de l’Humanité est parlementaire. Je n’ai pas pu le faire ces dernières années, mais ce sera désormais le cas. Le fait d’être ici est pour moi chaque jour un lien considérable avec le monde extérieur.

Dans quelle commission souhaiteriez-vous siéger au Parlement européen ?

Pour l’instant je ne peux pas le dire. Les choses se décideront dans le cadre de la Gauche unitaire européenne. Beaucoup de sujets me plaisent : la question de la sécurisation de l’emploi, du partage des richesses, de l’urgence écologique et climatique tout comme les questions de co-développement, l’aide aux pays africains. Je pense également que les enjeux de la culture et de l’éducation sont fondamentaux.

Comment expliquez-vous la dichotomie entre le discours des grands medias selon lesquels la campagne n’intéresse personne et l’action de terrain menée par les députés en campagne ?

Je ne veux pas critiquer mes confrères. Mais on ne peut pas verser des larmes de crocodile en disant que l’Europe n’intéresse personne et ne faire ni pédagogie, ni débats contradictoires dans les radios ou les télévisions.

Une grande chaîne de télévision comme TF1, dont je ne soupçonne pas les dirigeants de vouloir dénigrer la citoyenneté et la démocratie, sont dans un système où ils pensent que s’ils n’ont pas cinq millions de téléspectateurs, ils n’auront pas de publicité. Ils n’organisent donc pas de débat sur l’Europe. 

Je ne leur en veux pas, mais ils sont dans un système qui les conduit finalement à de l’anti-démocratie. En outre le service public devrait faire beaucoup plus de pédagogie et de débats contradictoires afin de permettre aux gens de se prononcer en toute connaissance de cause.

Je ne voudrais pas que ce soit comme en 2005 où il y a eu une dichotomie terrible entre le peuple et les medias. C’est mortel pour notre profession, ça nous décrédibilise.