Les libéraux, les Verts et les socialistes ont commencé à rassembler leurs forces pour empêcher José Manuel Barroso d’être désigné à nouveau président de la Commission européenne. Ils avancent le nom de l’ancien premier ministre belge, Guy Verhofstadt.
Le groupe socialiste du Parlement européen s’opposera à la réélection de M. Barroso, a déclaré son dirigeant le 9 juin, après que l’actuel président de la Commission a confirmé qu’il se présentait à sa réélection.
«M. Barroso prône une politique à laquelle nous nous sommes opposés lors des élections européennes. Je ne peux pas assurer en ce moment que ma fraction soutiendra M. Barroso pour un second mandat», a déclaré Martin Schulz selon l’édition de mercredi du journal Financial Times Deutschland (Allemagne).
Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe des Verts, a proposé une action conjointe pour l’élection de M. Verhofstadt à la barre de la Commission à Poul Nyrup Rasmussen, le président du Parti socialiste européen, qui aurait accepté, selon des informations d’EurActiv.com. Le président du PSE fait actuellement le tour des capitales européennes pour s’assurer du soutien à l’élection de M. Verhofstadt.
Ce rebondissement sonne comme une mauvaise nouvelle pour le Parti populaire européen (PPE). Le président du groupe PPE-DE au Parlement, le Français Joseph Daul, a appelé lundi 8 juin à une grande coalition entre le PPE, les libéraux de l’ADLE et le Parti socialiste européen (PSE) pour réélire M. Barroso.
Puisque le vote au Parlement européen est secret, le PPE doit trouver de l’aide en-dehors de ses rangs pour faire réélire M. Barroso. Le centre-droit a gagné les élections avec 264 sièges sur 736, bien en tête devant le PSE qui en a obtenu 162. Néanmoins, il n’est pas facile pour lui d’assurer une coalition majoritaire.
La chancelière allemande, Angela Merkel, n’a pas caché que réélire M. Barroso serait une épreuve difficile. «Nous devrons avoir des discussions difficiles avec le Parlement européen», a-t-elle déclaré lors d’une conférence commune avec M. Barroso le 9 juin à Berlin. M. Barroso parcourt en ce moment les capitales européennes pour y trouver des soutiens à sa réélection.
«Les pires films, ce sont les remakes»
«M. Verhofstadt lui-même ne fera pas de commentaires à ce stade», a déclaré son porte-parole Kurt Debuef à EurActiv.com. «Il a toujours affirmé que les pires films, c’étaient les remakes», a ajouté M. Debuef, faisant allusion à la candidature de Verhofstadt à la présidence de la Commission en 2004. A l’époque, l’ancien premier ministre belge s’était heurté au veto de l’Anglais Tony Blair, premier ministre d’alors.
Des sources du Parlement européen ont déclaré à EurActiv.com que M. Verhofstadt restait prudent, car son camp n’était pas uni derrière lui. En effet, le président de l’ADLE, Graham Watson, nourrit lui-même l’ambition de devenir président du Parlement européen. Or, comme le groupe libéral est relativement petit, il ne pourra obtenir ces deux postes-clés, et M. Watson considère donc M. Verhofstadt comme un concurrent de poids.
Aussi, M. Watson aurait prévu la prochaine réunion du groupe ADLE à la fin du mois de juillet afin d’éviter à dessein d’avoir à aider M. Verhofstadt, selon les mêmes sources. Au sein du Parlement européen, l’eurodéputée belge ADLE Annemie Neyts-Uytterbroeck a pris l’initiative d’appuyer la candidature de M. Verhofstadt au lieu de M. Watson au sein du groupe ADLE, ont ajouté ces sources.
CONTEXTE:
Les Verts ont été les premiers à lancer une campagne anti-Barroso (EurActiv 30/03/09). Après les élections européennes, Daniel Cohn-Bendit, leur coprésident et chef de file de la liste Europe Ecologie en France, a appelé le gouvernement français à mettre son veto à la reconduction de M. Barroso en tant que président de la Commission, puisque selon lui une majorité de citoyens français ont voté pour des partis qui ne veulent pas de lui pour un deuxième mandat.
Simultanément, François Bayrou, dirigeant du parti libéral français MoDem, a appelé à la construction d’une alliance avec les Verts et les socialistes. Pendant sa campagne, M. Bayrou avait appelé à ce que Guy Verhofstadt remplace M. Barroso à la tête de la Commission.
Ensemble, les libéraux, les verts et les socialistes ont 294 eurodéputés, ce qui est trop peu pour une majorité dans l’assemblée de 736 sièges. Toutefois, on attend du groupe confédéré de la Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique avec 32 membres, du groupe
Indépendance et démocratie avec 18 eurodéputés et d’un nombre important des 93 eurodéputés pas encore affilié aux groupes européens qu’ils votent contre M. Barroso. Le fait que le scrutin est secret, cependant, complique les prédictions.
Guy Verhofstadt a été trois fois premier ministre de la Belgique et il s’est opposé à la guerre en Irak, quand M. Barroso, en tant que premier ministre du Portugal, accueillait une rencontre cruciale en faveur de la guerre dans les Açores le 16 mai 2003, quatre jours avant le début des hostilités ; cette rencontre avait vu la participation de George W. Bush, Tony Blair et José Maria Aznar (Espagne).
M. Verhofstadt a récemment critiqué les dirigeants européens pour avoir failli à mettre en place un plan de relance commun pour combattre la crise mondiale, et il a appelé ses amis libéraux à chercher à bouger l’Europe (EurActiv 16/04/09).
Il a aussi présenté un livre en forme de programme sur les moyens de sortir l’Europe de sa plus grave récession économique depuis la Grande Dépression, dans lequel il dénonce l’absence de stratégie claire de la Commission pour combattre les crises économique et financière (EurActiv 13/05/09).
M. Verhofstadt était le chef de la liste de son parti Open VLD aux élections européennes et il a été élu eurodéputé.



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