Loin de réveiller les consciences, les élections européennes ne parviennent toujours pas à mobiliser les électeurs. Les sondages réalisés pronostiquent une abstention record qui pourrait atteindre 47% (Euractiv.fr 14/04/2009). Une situation paradoxale pour une élection qui, aux yeux de Thierry Chopin et Yves Bertoncini regorge d’enjeux. Les questions soulevées sont d’ordre civique, politique et national, selon les auteurs de la note publiée par la Fondation Robert Schuman le 14 mai. 

Premier motif d’étonnement : le trentième anniversaire de l’élection du Parlement européen (PE) au suffrage universel direct, qui apparaît comme un non-événement, alors même que son existence n’est pas dénuée d’enjeux civiques, estiment tout d’abord MM. Bertoncini et Chopin. 

Le Parlement devrait, selon eux, se démarquer par sa position privilégiée au regard des autres institutions européennes. En effet, au fur et à mesure de la construction européenne, ses pouvoirs se sont renforcés. Le caractère inédit du PE provient donc du fait qu’il est, selon Thierry Chopin, «la seule institution qui a vu ses pouvoirs s’accroître.» Contrairement aux parlements nationaux, il n’a cependant pas les prérogatives nécessaires pour initier les lois européennes.

Toutefois, l’auteur tient à souligner que le pouvoir de contrôle du PE, auquel s’ajoutent un pouvoir budgétaire et un rôle de colégislateur depuis l’introduction de la codécision par le Traité de Maastricht (1992), créent les conditions de l’appropriation, par les citoyens, des enjeux électoraux à l’échelle communautaire. Le Traité de Lisbonne, s’il est ratifié, ne fera qu’accentuer cette tendance. «Saisissons l’occasion !», lance Thierry Chopin.

La politisation accrue du Parlement européen

Le désintérêt persistant des citoyens pour les élections européennes s’expliquerait, selon lui, par l’assimilation du Parlement européen à «une assemblée monolithique idéologiquement neutre.» Là encore, les auteurs s’emploient à tordre le cou à un certain nombre de contre-vérités, démontrant la politisation accrue des débats menés au PE, et dont certains ont été suffisamment saillants pour être médiatisés plus que de coutume. Il en va ainsi de la directive Services, de la directive retour (Euractiv.fr 18/06/2008), ou encore de celle relative au temps de travail (Euractiv.fr 29/04/2009).

Le clivage entre les différentes formations politiques représentées au Parlement ouvre également la voie à une analyse contrastée des positions partisanes. Le pluralisme politique s’inscrit, selon les auteurs, dans un double registre. La directive Services a, par exemple, été approuvée par le PPE et l’ADLE, mais rejetée par les délégations de l’UMP et du MODEM affiliées respectivement à ces partis. Le même raisonnement s’applique pour l’opposition : le PSE a adopté la directive Services dans sa nouvelle version, alors même que les socialistes français ont massivement affiché leur hostilité au texte.

Troisième et dernier argument avancé : la résonance nationale des stratégies qui opèrent au sein du Parlement européen. Celles-ci se traduisent par un attachement différencié des eurodéputés à certaines thématiques : "Les députés français sont plus sensibles aux questions agricoles que les parlementaires finlandais", explique Yves Bertoncini.

Le vote-sanction, une attitude « grotesque »

La dimension nationale apparaît également en filigrane au moment du renouvellement du parlement européen, lorsque les électeurs utilisent leur droit de vote pour sanctionner par procuration le pouvoir en place. Cette attitude, qualifiée de "grotesque" par Jean-Luc Sauron, conseiller d’Etat, est une tactique pourtant bien connue de l’électeur français. En 2004, les eurodéputés socialistes avaient ainsi joui d’une forme de popularité contestataire et formaient la représentation nationale la plus importante au sein du PSE.

La trame nationale détermine enfin le profil du parlementaire. Concernant l’archétype de l’eurodéputé français, "la situation française est perfectible", ironise Yves Bertoncini. Le cumul des mandats, couplé à la non-reconduction fréquente des eurodéputés français, à leur vocation européenne parfois contestable et à l’“hypertrophie présidentielle”, telle que la qualifie Thierry Chopin, participeraient donc à un double manque d’influence: celle des électeurs et des eurodéputés français.