« Nous connaissons aujourd'hui la plus longue période de vacance du pouvoir de l'histoire de l'Union », a déclaré à EurActiv.com le secrétaire général du Parlement européen de 1997 à 2007, Sir Julian Prestley.

Estimant que ce temps perdu n’était « de la faute de personne », Sir Julian, a souligné qu'il y avait un besoin urgent de se mettre au travail.

L'agenda est, selon lui, très chargé. Premier chantier : mettre en place une nouvelle stratégie économique pour relancer la croissance afin de remplacer l’agenda de Lisbonne qui arrive à échéance. Il s’agira ensuite de préparer la prochaine étape du nouveau cadre réglementaire pour les services financiers et bancaires

Il s’agira ensuite d’encourager un retour le plus rapide possible à la stabilité financière dans les Etats membres.

Le nouveau commissaire français au Marché intérieur devra également permettre de poursuivre l’intégration du marché unique les objectifs visant à une réglementation plus appropriée.

L’après Copenhague va également être au cœur de l’année 2010. Restera enfin, selon Sir Priestley, la réforme de la politique agricole commune, du budget et de la politique de cohésion. L’avenir du processus d’élargissement de l’UE sera enfin au programme de la nouvelle Commission, a déclaré l'ancien secrétaire général du PE.

En parallèle, a-t-il affirmé, l'exécutif de l'UE est responsable du fonctionnement des nouvelles institutions du traité de Lisbonne et de l'amélioration de la réputation de l’Union, endommagée par dix ans de réforme institutionnelle.

Des survivants sous performants

Interrogé sur les capacités des nouveaux commissaires, il a déclaré que auditions parlementaires leur avaient accordé des mentions passables ou des diplômes de troisième classe, selon les qualifications des universités britanniques.

« La plupart des commissaires désignés semblaient réticents à donner des détails sur les initiatives qu'ils allaient mettre en œuvre », a souligné M. Priestley.

« Le principal mérite des auditions a été de retirer les indésirables, mais elles ne constituent pas un guide fiable pour les futures performances des survivants », a-t-il ajouté.

A une ou deux exceptions près, il n'est pas certain que la Commission Barroso II dispose d’importantes personnalités, en comparaison de la Commission Prodi et de ses nombreuses "stars, estime M. Priestley. 

Un bon équilibre entre les portefeuilles

Il a cependant admis que le président de la Commission, José Manuel Barroso, avait distribué les portefeuilles de manière équilibrée.

« Tout le monde semble avoir un vrai travail. Il y aura toujours des guerres de territoire dans une Commission à 27 membres, mais elles semblent gérables cette fois-ci. Et les équilibres internes – politique, géographique, entre anciens et nouveaux Etats membres, entre anciens et nouveaux membres de la Commission, entre les sexes –semblent avoir été mieux géré », a-t-il ajouté.

Une vision qui semble cependant loin d’être partagée par tous. Au Parlement européen certains estiment que les attributions de portefeuille faites par M. Barroso vont mener à un chevauchement sans précédent des responsabilités, et constitueront un risque pour les mois et années à venir.

Selon Sir Julian Prestley, le nouvel exécutif est très semblable à une large coalition, dont la forte présence des Libéraux devrait assurer, de son point de vue, un degré durable de soutien politique des trois groupes parlementaires les plus importants.

Un test plus dur pour Ashton

Le test le plus dur sera pour Catherine Ashton, haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et vice-présidente de la Commission, estime M. Prestley.

Sa fonction est décisive. Elle doit monter un nouveau service, s'assurer qu'il a l'autorité et l'autonomie suffisantes pour fournir un soutien sérieux à l'agenda de l'UE en matière d'affaires étrangères. Elle devra décider des priorités de l'UE dans ce domaine, et n’aura pas beaucoup de temps pour prouver de quoi elle est capable.

« La pression va désormais peser sur l'ensemble de l'équipe pour qu'elle commence à travailler, agisse rapidement et de manière décisive. On ne s'attend pas à ce qu'elle produise des centaines de jours d'action dynamique, mais avant l'été, les personnes dans les institutions et au-delà voudront des résultats », a déclaré Sir Julian.