La manifestation la plus spectaculaire sera sans doute celle prévue en Pologne, où le parti politique Palikot a annoncé qu'il placerait un masque de Guy Fawkes sur la statue de Jésus Christ de 33 mètres de haut qui se trouve à Świebodzin, en signe de protestation contre le traité ACAC.

Guy Fawkes était un anglais catholique du XVIe siècle, connu pour avoir planifié la Conspiration des poudres, une tentative d'assassinat contre le roi Jacques 1er qui a échoué. Son masque, aujourd'hui adapté aux temps modernes, est devenu le symbole de groupes de protestation, notamment du mouvement « Occupy » et du groupe de pirates informatiques « Anonymous ».

Le mouvement libéral polonais Palikot avait déjà affublé d'un masque la statue de l'ancien président américain Ronald Reagan, à Varsovie dimanche dernier. Le leader du parti, Janusz Palikot, a déclaré que cette opération serait répétée à travers la Pologne, notamment sur les statues du pianiste Frédéric Chopin et de l'astronome Nicolas Copernic.

Des membres de Palikot se sont déjà présentés au parlement avec le masque de Guy Fawkes, lorsque la Pologne et 21 autres États européens ont signé le traité ACAC controversé (voir « Contexte »). Les détracteurs de ce traité assurent qu'il mènera à une surveillance intrusive de l'Internet et à la censure.

Les manifestations ont pris de l'ampleur lorsque le premier ministre, Donald Tusk, a rejeté la demande de l'opposition pour la tenue d'un référendum sur l'ACAC. Suite à cela, le président Bronisław Komorowski a demandé au médiateur du pays de clarifier si cet accord représentait une menace aux droits civils.

« Une mauvaise organisation »

En République tchèque, des pirates informatiques ont attaqué différents sites Internet pour protester contre l'ACAC au cours de ces derniers jours, notamment les sites du gouvernement et de l'Association tchèque pour la protection des droits d'auteur. Le jour même, Anonymous a envoyé une lettre de menace au parlement tchèque.

Toutefois, les manifestations contre l'ACAC prévues par le groupe et par le Parti pirate tchèque à travers le pays n'ont pas pu avoir lieu, en raison d'une mauvaise organisation. Seules quelques dizaines de personnes se sont rassemblées à Prague, alors que les manifestations prévues dans d'autres villes n'ont simplement pas eu lieu. Le débat public s'est donc principalement déroulé sur Facebook et d'autres médias sociaux.

Le traité a été fortement critiqué par l'eurodéputée tchèque Zuzana Roithová (PPE), qui affirme que les législateurs auraient dû se concentrer sur des sanctions contre le piratage à l'échelle commerciale, au lieu de « s'en prendre aux citoyens ».

Un autre eurodéputé tchèque, Pavel Poc (S&D), a déclaré qu'il ne soutiendrait certainement pas l'approbation de l'ACAC au parlement. Selon l'eurodéputé Jan Březina (PPE), trop de rumeurs ont circulé dans les médias sur le traité et il faut à présent transmettre des informations claires et justes, notamment sur la question des contrôles intrusifs des logiciels et des mémoires de disque dur sur le plan international.

Tergiversation

La Slovaquie, l'un des cinq pays qui n'ont pas encore signé le traité ACAC, attend toujours l'aval officiel de son ministère de l'économie. Cependant, le parti à la tête de ce ministère, Liberté et Solidarité (SaS), a publié un communiqué annonçant que ni le parti ni le ministère dirigé par Juraj Miškov n'apporteraient leur soutien à des mesures qui pourraient entraver les libertés individuelles.

« Nous sommes très inquiets quant au fait que l'ACAC puisse porter atteinte aux droits fondamentaux ou au droit à la vie privée. Si ces craintes sont confirmées, le parti SaS ne soutiendra ni l'approbation de cet accord par le gouvernement, ni la ratification par le parlement », peut-on lire dans ce communiqué.

Malgré ces déclarations, le groupe Anonymous a décidé de pirater la page Internet du gouvernement slovaque le 27 janvier. 

L'Allemagne n'a pas non plus signé le traité, mais elle a annoncé qu'elle le ferait dès que possible. Le gouvernement fédéral a approuvé l'ACAC le 30 novembre 2011 et projette de finaliser la procédure de ratification cette année, a rapporté le Spiegel en ligne.

Les cyber-militants allemands ont toutefois commencé à se mobiliser contre le traité. Le Parti pirate, un mouvement politique consacré à la liberté de l'Internet, organisera via Twitter des manifestations « Non à l'ACAC » dans plusieurs villes allemandes le 11 février.

Remise en question

En Roumanie, un pays secoué par des manifestations anti-gouvernement depuis trois semaines, le gouvernement semble regretter d'avoir ordonné à son ambassadeur à Tokyo de signer le traité ACAC.

Victor Ponta, le dirigeant du principal parti de l'opposition (PSD), a demandé au gouvernement du premier ministre, Emil Boc, d'expliquer publiquement les raisons de la signature de l'ACAC au nom de la Roumanie alors qu'aucun débat public n'avait eu lieu.

M. Ponta a écrit sur Facebook que s'il était au pouvoir, la coalition USL de l'opposition suspendrait la mise en œuvre de l'ACAC jusqu'à ce qu'un dialogue avec la société civile soit établi.

Les pirates d'Anonymous ont envoyé des messages aux Roumains les avertissant que l'ACAC porterait atteinte à la liberté d'expression et représenterait un premier pas vers « la dictature sur Internet ».

En  Bulgarie, l'opposition de centre-gauche et de centre-droit s'est elle aussi fermement opposée à l'ACAC, alors qu'une vague de protestation contre l'accord a pris d'assaut les médias sociaux. Face à cette situation, le ministre de l'économie, Traicho Traykov, a déclaré que son pays avait signé le traité avec « de l'encre effaçable ». Il a reconnu que le pays avait ordonné à son ambassadeur de signer l'accord, mais il a aussitôt précisé que sans la ratification du parlement, « c'est comme s'il n'y avait aucune signature ».

« Je promets qu'il y aura des débats, des tables rondes sur cette question », a déclaré M. Traykov.

La pétition a rassemblé 1,4 million de signatures

Dans le même temps, la pétition en ligne lancée sur le site Internet Avaz.org a réussi à rassembler 1,4 million de signatures. Cette pétition a été publiée le 22 janvier, la veille de la signature du traité par 22 pays européens à Tokyo.

La pétition, qui sera transmise aux législateurs à Bruxelles, a réitéré les allégations des manifestants selon lesquels l'ACAC autoriserait les entreprises et les gouvernements à censurer l'Internet.