Après les critiques assénées par un membre du gouvernement allemand, le candidat socialiste à la présidentielle a réitéré, lors d'un débat télévisé, sa volonté de renégocier l'accord budgétaire européen.

© Parti socialiste
Après la droite française, c'est maintenant l'équipe d'Angela Merkel qui élève la voix contre la volonté de François Hollande de renégocier le traité s'il est élu.
"Nous espérons qu’indépendamment du résultat des élections et quelle que soit la personne qui dirigera alors la France, celle-ci respectera les accords passés", a déclaré le nouveau ministre allemand délégué aux Affaires européennes Michael Link lors de sa rencontre avec son homologue français à Berlin mardi 24 janvier. "J’ai bien conscience qu’une campagne électorale répond à ses propres règles", a poursuivi le ministre allemand, tout en insistant sur le fait qu'un traité conclu ne pourra plus être mis en question.
Dès le 12 décembre, sur RTL, François Hollande avait déclaré vouloir renégocier l'accord "pour y mettre ce qui lui manque aujourd'hui". Une position ardemment défendue lors du débat sur France 2 l'opposant à Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, jeudi 26 janvier.
Accusé par ce dernier d'adopter une posture "extrêmement dangereuse", le candidat socialiste a reconnu que "les disciplines sont indispensables" mais se refuse à "respecter un accord qui ne comporte pas un volet de dynamisme économique". Sans croissance, il n’y aura pas de réduction des déficits, même les agences de notation ne croiront pas à nos engagements", prévient-il. Reste à savoir si le sommet du 30 janvier, officiellement consacré à l'emploi des jeunes, aux PME et au marché intérieur, saura rééquilibrer la balance.
Leonetti s'excuse
Depuis des semaines, les propos de la gauche mettent la droite en porte-à-faux avec Berlin. Et selon le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung du 25 janvier, le ministre des Affaires européennes Jean Leonetti a tenté de s'excuser pour les paroles du candidat socialiste en précisant que "l’agressivité n’était pas dirigée contre l’Allemagne mais contre l’Europe".
L'exercice de renégociation pourrait se heurter à des obstacles au niveau européen. Les dirigeants envisagent de finaliser le traité lors du prochain Sommet européen et de le signer au mois de mars, c'est-à-dire bien avant l'élection présidentielle en France. Par ailleurs, il n'est pas exclu que certains parlements nationaux auront déjà ratifié l'accord au moment de la possible arrivée de François Hollande à l'Elysée.
Social et relance
Toutefois, l'équipe du candidat socialiste enfonce le clou. "Un traité signé n’est pas un traité ratifié", rappelle Catherine Trautmann (S&D), en charge de l'Europe dans l'équipe de campagne du candidat socialiste. "C’est pourquoi François Hollande renégociera ce Traité avec la volonté de le doter d’un volet social fort et d’une politique de relance par l’investissement. C’est l’objectif du pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance qu’il propose", explique-t-elle. Sa collègue Estelle Grelier (S&D) partage cet avis. Pour elle, l'engagement de M. Hollande de renégocier le traité reste "sain".
La droite a peur
Par ailleurs, les deux élues sont convaincues que la critique du ministre délégué allemand s'inscrit dans une démarche "politicienne". "Les allemands du CDU et du FDP sont stressés, et craignent que la victoire des socialistes en France ne crée une dynamique en faveur de l'opposition de gauche allemande", estime Mme Grelier. Pour elle, le ministre allemand, à travers sa critique, essaie d'apporter un soutien politique à Nicolas Sarkozy.
Respecter les institutions
Certaines questions restent ouvertes, notamment sur la manière dont François Hollande souhaite renégocier le traité. Il ne s'est pas encore prononcé sur ce sujet, confirme Catherine Trautmann. Mais une chose est claire pour l'eurodéputée : ceci se fera dans le respect des institutions européennes, car "il tient avant tout à ne pas court-circuiter la Commission et le Parlement".
Une position qui devrait satisfaire l'assemblée de Strasbourg, laquelle s'est régulièrement plainte de sa mise à l'écart dans la gestion de crise. Au-delà, le Parlement a jugé le traité inutile dans une résolution, adoptée mercredi 18 janvier.





Réactions
Anonyme (non vérifié), le 27/01/2012
Le candidat socialiste n'a certainement pas l'intention de "renégocier" un Traité qui serait conclu par le Gouvernement actuel. Une telle attitude serait effectivement "irresponsable" - qu'elle émane de la France ou de tout autre État membre dont la majorité politique viendrait à changer.
Sans doute a-t-il plutôt l'intention de demander l'ouverture de la négociation d'un accord complémentaire (dans le cadre communautaire) portant sur l'organisation de la solidarité financière au sein de l'UE et sur un plan de relance économique européen.
Jean-Guy GIRAUD
Bertrand Lacourte (non vérifié), le 28/01/2012
En effet, cela rejoint la critique S&P, va dans la tendance de volontarisme politique à la dimension de l'Europe. Je n'ai malheureusement pas vu l'émission sur France 2 (et notamment le débat avec A. JUPPE sur ce point en particulier). Convaincu par cette perspective "offre" en effet. Comme de participation politique massive. C'est un des défis majeurs, la chance, comme le risque tout aussi bien, de cette Europe post moderne ; attirant les investissements "riches" et pauvre. Un effort considérable, individuel(s) comme collectif(s) pour sortir de nos pièges. Difficile et indispensable, tout à la fois.
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