Le président Olafur Grimsson s’est opposé au remboursement des épargnants britanniques et hollandais, floués à la suite de la faillite en chaîne des banques islandaises. Il laisse ainsi aux citoyens, hostiles au projet, le soin de décider… Au risque de compromettre l’arrivée des aides mondiales et les perspectives d’adhésion à l’UE.

Le 5 janvier 2009, l’Islande a plongé tête baissée dans une nouvelle crise politique interne, conséquence de la décision prise par le Président Olafur Grimsson de rejeter le projet de loi Icesave, contre l’avis des Européens.

Cette posture fait pourtant écho au vœu formulé par les citoyens, en colère à l’idée de payer de leur poche une dette qu’ils estiment trop lourde et injuste. La Grande-Bretagne et les Pays-Bas réclament actuellement à l’Islande près de 5 milliards de dollars, soit trois milliards de livres. Il s'agit d'une compensation des pertes subies par leurs déposants, qui avaient placé leurs économies dans des comptes Icesave, offrant des taux d'intérêt particulièrement attractifs.

Près du quart d’entre eux ont fait pression sur le président, au moyen d’une pétition, pour qu’il rejette le projet.

Pour la première fois en 65 ans d’histoire, un président islandais, dont le rôle est largement symbolique, refuse de signer une loi. D’après la constitution, il appartient, dans une telle situation, aux citoyens de trancher.

Le gouvernement a donc indiqué qu'un référendum aurait lieu dès que possible. "Désormais, le peuple a le pouvoir et la responsabilité entre ses mains", a aussi déclaré le président islandais lors d'une conférence de presse.
Mais son issue est plus qu’incertaine car les sondages  d'opinion démontrent que près de 70% des votants s'opposent au projet de loi.

Crise constitutionnelle ?

Le Premier ministre islandais, Johanna Sigurdardottir, avait quant à elle poussé fortement dans le sens contraire, prônant pour le règlement d’un accord de remboursement. Il a récemment rappelé que son gouvernement s'était engagé à honorer les dettes de l'Islande.

"Nous avons ici affaire à un dilemme et à une crise constitutionnelle considérable, la raison étant que notre constitution est faible et ne précise pas clairement le rôle du président", a commenté Baldur Thorhallsson, expert à l’université d'Islande.

Le Parlement islandais avait d’ailleurs adopté le projet de loi de justesse le mois dernier, dans une version révisée par rapport à la première mouture, jugée inacceptable par les Britanniques et les Néerlandais.

Londres et La Haye réagissent

Usant de sa supériorité numérique, la Grande-Bretagne a prévenu qu’un éventuel rejet de l’accord par les Islandais conduirait inévitablement à l’isolement financier du pays, qui compte à peine 350 000 habitants.  

Les critiques en Islande reprochent de leur côté à la Grande-Bretagne et aux Pays-Bas d’utiliser leur droit de veto au Conseil de l'UE et au FMI pour intimider les contribuables islandais, issus d’un petit pays, et les obliger à rembourser les dettes contractées par les banques.

L’Islande, l'un des pays le plus touché par la crise, se tire une balle dans le pied, semble dire le secrétaire d'Etat britannique aux Finances, Paul Myners, dans une déclaration à la BBC. En choisissant cette voie, elle se prive de l’aide financière mondiale et du Fond Monétaire International.

« Si le peuple islandais conclut au rejet de l’accord, cela voudra dire que l’Islande renonce à faire partie du système financier international, à l’accès aux financements multi-niveaux, nationaux et binationaux, et ne veut pas être considérée comme un interlocuteur fiable avec qui les partenaires européens peuvent faire des affaires », a insisté Paul Myners.

Le gouvernement néerlandais a quant à lui déclaré qu'il était «très déçu» et exigerait sous peu une explication.

Un responsable finlandais estime que cette décision va retarder l’octroi d’une partie du prêt accordé par les pays nordiques dans le cadre du FMI, soit 1,8 milliards d'euros (2,60 milliards de dollars), le montant total du prêt s’élevant à 10 milliards de dollars.