A l'occasion de l'anniversaire de la chute du mur de Berlin, l'ancien secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, actuel président de l'Autorité des marchés financiers, revient sur son action pour le rapprochement franco-allemand pendant la présidence française de l'UE. Il explique l'importance de la relation entre les deux pays dans l'Europe à 27.
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La chute du mur de Berlin vue par Jacques SanterReprésentation de la Commission européenne en France
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A l'occasion de l'anniversaire de la chute du mur de Berlin, l'ancien secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, actuel président de l'Autorité des marchés financiers, revient sur son action pour le rapprochement franco-allemand pendant la présidence française de l'UE. Il explique l'importance de la relation entre les deux pays dans l'Europe à 27.
Quelle analyse faites-vous de l’évolution de la relation franco-allemande depuis la chute du mur de Berlin?
Au-delà de l’enthousiasme qui a accompagné la chute du mur et de ce que cet évènement signifiait pour l’Europe, il a fallu que la France apprenne à vivre avec une Allemagne réunifiée. Ce n’était pas acquis d’avance mais cela s’est fait sans rupture fondamentale avec l’importance donnée à cette relation franco-allemande. Je dirais même que les premières résistances surmontées, la relation franco-allemande s’est trouvée consolidée avec la mise en oeuvre du traité de Maastricht. Ce texte est, d’une certaine manière, le bébé de la chute du mur et de l’entente entre François Mitterrand et Helmut Kohl.
Il y a eu ensuite des hauts et des bas. Ils n’étaient cependant pas, selon moi, forcément liés à la chute du mur et à la réunification mais aux tempéraments des dirigeants des deux pays, et aux difficultés structurelles entre la France et l’Allemagne.
Deux évolutions majeures doivent ensuite être notées. D’abord, l’Allemagne réunifiée a eu une perception différente de la France de ce qu’était l’Union européenne et de ce qu’elle en attendait. Ensuite, cette réunification et la chute du mur ont entraîné aussi l’élargissement de l’Union europenne. C’est bien la chute du mur qui est le creuset de l’Europe des 27.
Quelle était la nature des relations entre la France et l’Allemagne lors de votre arrivée au secrétariat d’Etat aux Affaires européennes ?
Le ministre en charge des Affaires européennes a comme responsabilité particulière de traiter la relation franco-allemande. Ce qui montre d’ailleurs la spécificité de cette relation au sein même de l’Europe.
J’ai pu d’abord nouer des relations personnelles avec mon homologue allemand aux affaires européennes, Günter Gloser. La relation franco-allemande est également de son ressort. J’ai de très bonnes relations personnelles avec Günter Gloser. Je me suis rendu très fréquemment en Allemagne. Je ne parle malheureusement pas l’allemand mais j’ai eu des contacts à tous les niveaux: Chancellerie, ministère des Affaires étrangères,…. J’ai également rencontré des parlementaires et participé à une réunion des secrétaires d’Etat allemand, une sorte de cabinet restreint, pour leur présenter les différentes facettes de la présidence française de l’UE.
Du côté français j’ai expliqué que la relation franco-allemande était d’une nature particulière et ne s’arrêtait pas au fait que nos deux pays vivaient en paix. Pour nombre de responsables politiques en France, le seul fait qu’il y ait la paix entre la France et l’Allemagne constitue déjà à lui seul un acquis. Certes, mais j’ai aussi essayé de faire comprendre que si l’on veut véritablement avoir une dynamique européenne, si la France veut avoir une influence en Europe, cela passe par une entente franco-allemande. Une illustration en est le compromis trouvé sur l’Union pour la Méditerranée.
La relation franco-allemande est-elle importante pour renforcer l’intégration des pays d’Europe de l’Est au sein de l’UE?
La relation franco-allemande est importante pour que ces pays fassent partie d’une union stabilisée, une Union qui progresse. Plus prosaïquement, la France et l’Allemagne sont les deux grands contributeurs de l’Union. Dès lors que les pays d’Europe centrale et orientale rentraient dans l’UE, pour une bonne part en quête de la prospérité et d’un équilibre économique, il était important que les deux grands donateurs s’entendent également.
Par ailleurs, , les pays d’Europe centrale et orientale, une fois affranchis de l’Union soviétique, ne voulaient pas non plus nouer une relation trop exclusive avec l’Allemagne.
Je reconnais que le président Sarkozy a bien vu cela. La France avait mal traité les pays d’Europe centrale et orientale au moment de la guerre en Irak. Ces Etats ne partageaient pas le sentiment de la France et de l’Allemagne à ce sujet et se sentaient plus proches de la position britannique. Je n’ai pas d’état d’âme par rapport à la position du président Chirac sur cette guerre. En revanche, nous avons causé un certain nombre de dommages dans notre manière de nous exprimer vis-à-vis de ces pays avec lesquels nous avons des traditions historiques fortes. Nicolas Sarkozy a noué un certain nombre de partenariats stratégiques avec l’ensemble de ces pays sans que cela se fasse au détriment de la relation franco-allemande. Ces Etats nous en ont été reconnaissants.
Nicolas Sarkozy et Angela Merkel avaient tous les deux prévenus que si le traité de Lisbonne n’était pas ratifié, l’élargissement de l’UE n’irait pas plus loin pour le moment. Aujourd’hui l'obstacle est levé. L’élargissement de l’UE peut donc reprendre?
L’élargissement est inéluctable. Nous ne pouvons pas ne pas avoir une Europe élargie. Il n’est pas possible de laisser en Europe un trou noir comme les Balkans. L’Europe c’est toujours la paix. La zone de guerre la plus proche a été les Balkans. Pour apporter la paix dans ces pays, il faut une perspective d’adhésion à l’Union européenne. Il faut que ces pays s’arriment à l’UE. L’élargissement continuera et c’est un bien. Je sais que je suis minoritaire en France à dire cela. Je me suis battu quand j’étais ministre pour qu’il n’y ait plus de référendum automatique sur l’élargissement – ce qui, je le rappelle, n’était pas évident à l’époque - , et pour faire en sorte que l’on accepte cet élargissement et qu’on l’anticipe. S’il y a une chose dont je suis fier, c’est de cela.
On parle de vous dans la presse comme futur secrétaire général adjoint du Conseil de l’UE. Quelle réaction cela vous inspire-t-il ?
Cela montre qu’on me considère toujours comme un serviteur de l’Europe. J’en suis heureux car l’Europe est le fil rouge de ma carrière. A l’Autorité des marchés financiers, je n’ai pas renoncé à traiter les questions européennes. Elles sont prioritaires pour moi car la régulation des marchés ne peut faire l’impasse sur l’échelon européen. J’ai été nommé il y a bientôt un an à l’AMF et j’y ai un mandat de cinq ans, non renouvelable. Le moment venu, je regarderai avec intérêt toutes les offres qui pourraient m’être faites et qui auraient trait à des responsabilités intéressantes de nature politico technique à Bruxelles.





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