Lukas Macek, directeur du cycle Europe centrale et orientale à Sciences Po, fait le point pour EurActiv.fr sur la perception de l'élargissement de 2004 en France et évoque les possibles adhésions futures à l'UE.
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Lukas Macek, directeur du cycle Europe centrale et orientale à Sciences Po, fait le point pour EurActiv.fr sur la perception de l'élargissement de 2004 en France et évoque les possibles adhésions futures à l'UE.
La perspective de l’élargissement en 2004 avait suscité des craintes en France. Notamment celle que l’élargissement se fasse au détriment de l’approfondissement de l’UE. Ce point de vue a-t-il évolué en 5 ans ?
Aujourd’hui, les difficultés auxquelles l’UE est confrontée n’ont pas grand-chose à voir avec l’élargissement : même à 27, les Etats membres sont parvenus à s’entendre en fonctionnant avec un mauvais traité, le traité de Nice. Les problèmes que rencontre l’UE sont plutôt d’ordre démocratique, ils proviennent du manque d’acceptation de la construction européenne par les populations.
De plus en plus de gens reconnaissent que les Cassandre qui pensaient que l’élargissement de 2004 allait tuer l’intégration européenne ont eu tort. On note également les efforts concédés par Nicolas Sarkozy : lorsqu’il a été élu, il a effectué un tour des pays d’Europe de l’Est. On a ressenti une envie de se démarquer de l’héritage de Jacques Chirac et de « l’occasion ratée de se taire » qui leur avait reproché lors de la guerre en Irak. De même que les positions de Sarkozy sur l’OTAN sont perçues positivement par les pays de l’Est, dont la plupart sont atlantistes.
Le taux de participation aux dernières élections européennes a été faible dans les pays de l’Est de l’Europe. Ce manque d’enthousiasme ne fait-il pas le jeu de ceux qui mettent en doute la motivation de ces pays à s’impliquer dans une construction politique de l’UE ?
Le tableau est infiniment plus contrasté que le schéma est-ouest. L’euroscepticisme prospère très largement à l’Ouest aussi. Les Pays-Bas étaient par exemple un pays modèle de l’optimisme pro-intégrationniste. Or, le pays a rejeté le traité constitutionnel et exprime des positions que l’on pourrait retrouver en Grande-Bretagne. L’euroscepticisme est un phénomène beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Le simplifier en disant que c’est un problème de l’est avec, en toile de fond, l’ingratitude de ces pays qui reçoivent des fonds communautaires serait très réducteur. Ces raccourcis très politiciens ne sont pas très sérieux.
Il faut également observer que l’euroscepticisme n’est pas figé dans le temps. En Pologne, la ligne pure et dure des frères Kazinsky représente un épisode assez court. Le gouvernement de Donald Tusk actuellement en place n’a pas des positions que l’on pourrait qualifier d’eurosceptiques.
En République tchèque, il y a surtout la figure intellectuelle dominante et très eurosceptique de Vaclav Klaus, mais les positions du gouvernement ou du Parlement sont beaucoup plus contrastées. Les taux de participation aux élections européennes sont très bas, mais il faut les mettre en relation avec un problème démocratique plus général : quelles que soient les élections, l’abstention reste élevée en Europe de l’Est. La forte abstention aux élections européennes doit plutôt être interprétée comme une méfiance vis-à-vis des instances représentatives, quelles qu’elles soient.
Quels sont les pays qui auraient vocation à intégrer l’UE à moyen terme ?
Si la Croatie adhère rapidement et que les pays des Balkans jouent le jeu, on peut envisager que la Serbie ou la Macédoine puissent intégrer l’UE. Mais le problème spécifique du Kosovo risque d’empoisonner l’ensemble du dossier. Il y a toutefois un consensus sur le fait que ces pays ont vocation, à terme, à rejoindre l’Union européenne. La maturité politique et la gestion technique du processus d’adhésion détermineront si leur adhésion prendra du temps ou non.
L’Ukraine et la Turquie sont deux cas de figure différents. Depuis la France, l’enjeu ukrainien apparaît peut-être moins controversé mais les pays sont toutefois dans la même situation, en raison de leur taille, de leur culture politique et de leur identité.
Les deux pays sont partagés entre leur vocation européenne et leur penchant pour d’autres régions (le Moyen-Orient pour la Turquie et la Russie pour l’Ukraine). Mais la Turquie a reçu beaucoup de gages de la part de l’UE, il sera très difficile de revenir en arrière même si le débat politique est loin d’être tranché. Les évolutions en Allemagne vont être intéressantes à observer : depuis les dernières élections, Merkel n’est plus liée au SPD au sein du gouvernement. Or, le SPD avait contribué à modifier la position allemande vis-à-vis de la Turquie alors que le CSU était à l’origine très hostile à l’entrée de ce pays dans l’UE.






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