Si sa candidature est validée, le gouvernement islandais cherchera à infléchir la position de Bruxelles sur l'agriculture et la pêche. Deux points litigieux qui touchent de près aux intérêts défendus par la France.
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L’UE ouvre la porte à l’IslandeEurActiv.com
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L'Islande, 28e Etat membre de l'Union européenne ?
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Entre la France et l’Islande, les relations n’ont pas toujours été simples. Si la France est le seul pays de l’Union à s’être rendu à Reykjavik une semaine à peine après le dépôt de la candidature islandaise à l’UE, c’était vraisemblablement pour recoller les morceaux.
La visite de Pierre Lellouche le 29 juillet en Islande pour discuter des perspectives d’adhésion à l’UE est intervenue après les propos tenus la veille par le ministre des Affaires étrangères français, à l’issue du Conseil affaires générales et relations extérieures. « Il ne faut pas donner aux Islandais l’avantage de la banqueroute», avait déclaré Bernard Kouchner.
Soucieuse de ménager les autres pays candidats à l’adhésion, la France a toujours posé ses conditions à l’entrée de l’Islande dans l’UE. Jugeant qu’il serait politiquement incorrect de faire passer ce pays du nord avant les Balkans. « Ce serait une erreur politique de donner la priorité à l’Islande. Par ailleurs, il n’y aura pas non plus d’élargissement sans traité de Lisbonne », avait déclaré Bernard Kouchner. « C’est la position de la France et c’est je crois la position de nos partenaires européens », avait-il ajouté avant de préciser que « cette position n'a[vait] pas valeur d'obstacle à destination des Islandais ».
Dérogations pour la pêche
Aujourd’hui, les deux conditions ont été levées. Le traité de Lisbonne est entré en vigueur le 1er décembre et le gouvernement islandais, sous la pression, a lui-même pris ses précautions auprès de ses homologues dans les Balkans, spécialement la Croatie, avec un leitmotiv : « No fast track but fair track » (en français « Pas de coupe-file mais un traitement équitable »).
L’attitude adoptée par les services de la DG Environnement va également dans ce sens. Une concession pour l’Islande qui estime avoir un temps d’avance sur les autres dossiers des pays candidats.
En échange, les Islandais espèrent obtenir des dérogations pour protéger leurs traditions locales liées à l’agriculture et à la pêche, deux sujets sensibles au centre de la future négociation.
Si jusqu’à présent Français et Islandais « ne se connaissent pas bien », estime Michel Sallé, spécialiste de l’Islande selon le lequel il n’y a pas « d’intérêt manifeste, ni d’un côté ni de l’autre », la situation pourrait donc bien changer avec l’adhésion à l’UE.
Indépendance alimentaire
La pêche et la PAC sont deux dossiers importants pour la France. Or « l’Islande n’est pas prête à accepter avant longtemps l’invasion de ses mers par les chalutiers étrangers », affirme Michel Sallé. Il explique que l'Islande ne veut pas non plus des quotas imposés par l'UE.
La pêche représente actuellement 10 à 15 % du PIB et un quart des exportations du pays. Une raison suffisante pour que les Islandais cherchent à préserver leur indépendance alimentaire.
En outre, les difficultés de la politique maritime au niveau communautaire accroissent la méfiance des pêcheurs. De son côté, la France s'oppose aux quotas de pêche transférables et plaide pour que les avis des professionnels de chaque pays soient mieux pris en compte. La réforme engagée par la Commission devrait déboucher courant 2010 sur une approche davantage régionalisée. « Des experts islandais sont d’ailleurs associés à cette réforme », ajoute Michel Sallé. L’existence du principe de « stabilité relative », conçu pour préserver les spécificités locales, pourrait aussi faciliter les négociations.
Autre sujet de taille pour l’Islande – tout comme pour la France - la politique agricole commune. Les 3000 fermiers du secteur agricole sont eux farouchement opposés à la PAC. Ils craignent entre autre une baisse de production équivalente à 40 ou 50%. « Les éleveurs sont très subventionnés en Islande, et à l’heure actuelle, ils ne sont pas du tout compétitifs », explique Michel Sallé.
L’adhésion présente toutefois des avantages réciproques : des aides substantielles pour l’Islande liées à son climat difficile et pour l’Union, « une plus grande intégration et une plus grande diversité des produits dans le cadre de l’application de la nouvelle PAC à partir de 2013 », précise Roland Blum.
Enfin, l’affaire Icesave est toujours dans les esprits, même s’il est peu probable qu’elle constitue un motif de blocage, un accord ayant été conclu. Dans le cas contraire, « la France pourrait jouer un rôle de médiateur entre l’Islande et le duo anglo-hollandais. Mais encore faut-il que ses collègues acceptent », souligne Roland Blum. Michel Sallé se montre quant à lui plus sceptique sur ce point : « La position de la France est délicate. C’est tout de même sous présidence française que l’Islande a été contrainte de signer le fameux accord, très mal reçu par les Islandais. »



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