Journalistes, chercheurs, et politiques ont fait le bilan de l’état de l’opinion publique européenne sur les adhésions à l’UE depuis la chute du rideau de fer, lors d’un débat le 12 octobre.

Malentendu ou opportunité manquée ? Deux tiers des Européens considèrent que la disparition du rideau de fer a été un atout pour l’Union européenne, selon une étude Eurobaromètre réalisée en décembre 2008. Simultanément, moins de la moitié des citoyens interrogés considèrent que les élargissements de 2004 et 2007 aux anciens pays du bloc soviétique l’ont renforcée.

L’anniversaire de la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 est l’occasion de faire le bilan de l’élargissement. Et d’observer les contrastes avec les espoirs suscités il y a 20 ans par l’adhésion à l’UE. « Nous avons attendu trop longtemps », a déploré le député européen Jacek Saryusz-Wolski, ancien ministre polonais des Affaires européennes, en référence au processus de préadhésion, lors d’un débat organisé par la représentation en France de la Commission européenne, le 12 octobre 2009. 

L’euphorie des habitants des pays de l’Est s’est aussi heurtée, selon lui, à l’indifférence des pays de l’Ouest. Quant à la journaliste franco-allemande, Jacqueline Hénard, elle a pointé « une absence d’enthousiasme collectif et éthique  y compris les pays satellites de l’URSS ». « En 1989 des portes s’ouvraient … mais la valeur idéelle de l’UE s’est usée dans le processus d’élargissement », a-t-elle ajouté.

58% des Européens de tous les Etats membres considèrent ainsi que l’élargissement a contribué à la perte d’emplois dans leur pays, 50% qu’il a augmenté le sentiment d’insécurité. « C’est faux », s'est étonné Jacques Barrot. « Les taux de croissance des pays de l’Est ont créé des opportunités pour les investisseurs occidentaux », a-t-il fait remarquer, avant de citer en matière de sécurité les « progrès de l’espace de droit » tels qu’Europol ou l’interconnexion des casiers judiciaires. Le sondage illustre cette impression constante que « l’Europe, c’est bien pour les autres », a résumé le conseiller spécial de l’institut français des relations internationales (IFRI) Dominique Moïsi.

Malgré ces résultats 62% des individus estiment que l’élargissement a augmenté la prospérité et la compétitivité pour l’ensemble de l’Europe.

Comment expliquer ces données contrastées ? « Il faut faire beaucoup d’information», a répondu Jacques Barrot, pour venir à bout des préjugés. Mais c’est surtout le développement d’une « mémoire commune » qui importe selon lui. «Nous avons besoin de partager mieux ces souffrances que nous n’avons pas tous connues», a-t-il expliqué en référence au totalitarisme soviétique. « La solidarité matérielle ne suffit pas à créer la fraternité ».

« Il faut une mémoire commune, mais on en est loin car longtemps la classe politique européenne a accusé l’élargissement de tous les défauts », a cependant ajouté Jacek Saryusz-Wolski.

La défaillance des Etats membres à promouvoir une philosophie communautaire expliquerait en grande partie l’incapacité de l’UE à saisir les opportunités et à mettre en œuvre une nécessaire « volonté politique ». Il y a un « souverainisme latent des Etats », selon Jacques Barrot, que Jacek Saryusz-Wolski a défini comme une résurgence des « égoïsmes nationaux ». « Les grandes nations européennes sont assez fortes pour bloquer l’UE mais pas assez pour jouer dans la cour des grands », ironise d’ailleurs Dominique Moïsi.

« On ne peut pas penser que la mondialisation commence à connaître des règles de gouvernance et faire l’économie de l’Europe » soutient pourtant Jacques Barrot.

Pour diffuser ses valeurs, que personne ne semble parvenir à définir, l’UE devrait s’ouvrir davantage. Ce qu’elle pratique déjà, selon Jacques Barrot, vis-à-vis de ses voisins serbes, monténégrins, voire ukrainiens, par la suppression ou la facilitation des visas. « L’Europe va avoir un problème de démographie majeur et continue à regarder l’immigration avec méfiance », s’est-il étonné.

« Sortons du faux dilemme espace ou puissance : il faut espace et puissance à la fois, ce qui implique une défense et des institutions fortes », a répondu Jacek Saryusz-Wolski. Le traité de Lisbonne s’attèlera à cette tâche prochainement, si les derniers obstacles à la ratification sont levés en République tchèque.