La réforme des brevets et les nouvelles sources de financement sont au cœur de la nouvelle stratégie de la Commission européenne. L'UE a également annoncé le lancement, début 2011, d’un partenariat pilote dédié au vieillissement actif et en bonne santé.

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EU unveils innovation blueprint
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Manifeste de la créativité et de l'innovation
Pour la Commission, trop peu d’idées européennes en matière de recherche accèdent au marché. La concurrence mondiale, particulièrement asiatique, nécessite que l'UE s’améliore si elle ne veut pas décliner. L’exécutif européen a ainsi présenté sa nouvelle stratégie intitulée « l’Union de l’innovation », mercredi 6 octobre.
Le texte propose d'orienter les fonds structurels et les marchés publics vers l'innovation, ainsi que de supprimer les goulets d'étranglement qui empêchent les Européens de transformer les connaissances en produits commercialisables.
Un nouveau régime transfrontalier de capital-risques et une expansion du mécanisme de financement avec partage des risques de la Banque européenne d’investissement feront partis d’un effort concerté pour des entreprises innovantes avec les investisseurs, selon les commissaires à la Recherche Maire Geoghegan-Quinn, et à l’Industrie Antonio Tajani.
Ce plan, longuement attendu, propose que les gouvernements prévoient des budgets dédiés à l'achat de produits et de services innovants. Cette décision pourrait créer un marché d’une valeur d'au moins 10 milliards d’euros par an.
La Commission va aussi examiner la structure des fonds structurels et des aides d'État, tout en aidant les États membres à puiser dans les 86 milliards d’euros destinés à la recherche et l'innovation.
Besoin d’un million de nouveaux chercheurs
Selon une étude également publiée par la Commission européenne, porter les investissements en R&D à 3% du PIB - objectif inscrit dans la stratégie de croissance « Europe 2020 » - pourrait créer 3,7 millions d’emplois et augmenter le PIB annuel de 795 milliards d’euros d’ici 2025.
Les experts précisent qu’un million de chercheurs supplémentaires seront nécessaires et que les infrastructures fragmentées européennes doivent être simplifiées. L'Europe doit inverser la « fuite des cerveaux » et s'efforcer d'attirer et de garder les meilleurs chercheurs du monde entier, a expliqué Mme Geoghegan-Quinn.
En conformité avec le traité de Lisbonne et les engagements antérieurs pris par l'exécutif européen, le nouveau plan s'engage à faciliter la mobilité des scientifiques en Europe en leur permettant de garder leurs pensions de retraite quand ils changent d’emploi.
Bruxelles veut également que les États membres mutualisent leurs moyens, afin de doter l'Europe d'une infrastructure de classe mondiale. L’UE souhaite que, d’ici 2015, la construction de 60% des infrastructures prioritaires de recherche européenne ait été exécutée ou lancée. Celles-ci sont actuellement identifiées par le Forum stratégique européen pour les infrastructures de recherche (ESFRI).
De nouveaux partenariats pour relever de grands défis
La Commission a également présenté les « Partenariats européens d’innovation ». Le premier d'entre eux sera un projet pilote consacré au vieillissement actif et en bonne santé. Il vise à prolonger de deux ans d’ici à 2020 la période de vie pendant laquelle les citoyens sont en bonne santé.
D’autres initiatives suivront en matière d’énergie, de villes intelligentes et de mobilité, d'utilisation rationnelle de l’eau, de matières premières non énergétiques, d'agriculture.
Les partenariats permettront de favoriser la R&D, de coordonner les investissements, d’accélérer la définition des normes et de mobiliser la demande, a précisé la Commission. Elle créera des fonds d’amorçage pour attirer les investissements.
“L’Union de l’innovation” souligne la nécessité de développer de nouveaux programmes pour combler les lacunes de compétences et approfondir les collaborations entre acteurs économiques et universités. Bruxelles s'est également engagée à soutenir le développement d'un système indépendant de classement pour les universités.
POSITIONS:
Pour la commissaire européenne à la Recherche, l’Innovation et la Science Máire Geoghegan-Quinn, l’Europe est confrontée à « une situation d’urgence en matière d’innovation » mais la nouvelle stratégie aidera à « remettre les gens au travail et à les y maintenir ». Elle a précisé que la recherche était un élément important du programme d’innovation et que les nouveaux partenariats d'innovation auraient des objectifs concrets et mesurables. Ils seront «différents de tout ce qui a précédé ».
Mme Geoghegan-Quinn a déclaré la Commission pourrait aussi utiliser un tableau de bord de l'innovation pour aider les Etats membres à suivre les progrès, et demande qu’un nouvel outil de mesure du rendement de l’innovation soit développé au cours des deux prochaines années.
Le vice-président et commissaire à l’Industrie Antonio Tajani a déclaré que son travail sur la politique industrielle s’imbriquait de façon significative dans la nouvelle stratégie de l’innovation. Il a expliqué que les PME avaient un rôle clé à jouer pour rendre l'Europe plus innovante. Pour lui, il sera essentiel de mettre à la disposition des petites entreprises des finances pour qu’elles puissent être capables d’investir dans la R&D. M. Tajani a également appelé le Conseil européen à soutenir les propositions de la Commission pour débloquer le problème des brevets et a précisé que davantage serait fait pour aider les PME à accéder aux fonds de recherche de l'UE.
Le président de l’Association pour la technologie compétitive Jonathan Zuck, a décrit l'Union de l'innovation comme "une étape importante et décisive pour le redressent de l'UE, l'emploi et la compétitivité". Il a expliqué que la mise en œuvre rapide du texte serait essentielle, ajoutant que « le système des brevets à l'échelle européenne serait une victoire rapide et le bon élément pour commencer ».
«Nous nous félicitons de l'appel lancé aujourd'hui pour une approche holistique pour stimuler l’Europe de la recherche et de l’innovation. Pour réussir, nous devons examiner toute la chaîne de l'innovation. L’innovation, contrairement à la recherche de base, est un phénomène intégré qui doit inclure l'accès aux marchés et au capital-risque ainsi qu’une plus grande flexibilité du travail et des politiques fiscales, en plus de la R & D et des financement public », a déclaré M. Zuck.
Cependant, l’Association européenne des sociétés de capital à risque a mis en garde contre certains éléments de l’UE qui menacent de tuer les sources de financement des entreprises innovantes avant que l’Union de l’innovation ne soit mise en œuvre.
La présidente de l’Association, Uli Fricke, a précisé qu’il y avait beaucoup de bon sens dans la proposition sur l’innovation de la Commission, comme les mesures autour des marchés publics. Selon elle, il faut supprimer « tous les obstacles restants au capital risque opérant de manière transfrontalière, la mise en commun des ressources dans des projets transnationaux et de veiller à ce que le capital risque ait une taille critique pour se spécialiser ». « Une grande partie sera annulée si l’accès des PME au capital-risque est coupée par la directive sur les hedge funds, tel qu'elle est actuellement rédigée », a-t-elle prévenu.
« Parmi les nombreuses et excellentes propositions pour promouvoir l'innovation par le capital-risque, cette initiative propose également de ressusciter le capital-risque après que la directive sur les gestionnaires de fonds d'investissement alternatifs (AIFM) l’a enterré, avec une « nouvelle législation spécifique » incluant les petits fonds. Assurément, il est préférable de sauver le patient avant que la directive ne passe, plutôt que de tenter sa restauration dans plusieurs années, où, avec le temps, de nombreux capital risques auraient été privés de fonds institutionnels. L’effet d'entraînement pour le financement de l'innovation serait dévastateur pour les objectifs du programme phare ", a précisé Mme Fricke.
EuropaBio, un lobby représentant les industries des sciences biologiques, s'est félicité de l'Union de l'innovation et du choix du vieillissement actif et en bonne santé comme premier partenariat d'innovation. « L’industrie de la biotechnologie en Europe contribue à apporter des solutions pour des vies plus longues, en meilleure santé et plus verte. La concurrence mondiale est féroce et l’Europe a besoin d’engagements collectifs en vue de favoriser l’innovation à travers des changements politiques décisifs tels que l’Union de l’innovation. L’Europe a également besoin de politiques cohérentes et de soutiens qui favorisent la croissance des principaux secteurs innovants tels que la biotechnologie et qui nous permettent de prendre la tête sur la scène internationale », a déclaré le président d’EuropaBio, Andrea Rappagliosi.
EuropaBio a salué l'engagement de l'exécutif européen de s’attaquer à la fragmentation du marché interne, d’éliminer l'interprétation restrictive des aides d'État aux PME et d’améliorer l'accès plus général au financement pour les petites entreprises.
Microsoft a décrit l’Union de l’innovation comme « indispensable pour sortir l’Europe de sa zone de confort et de mieux l’équiper pour relever les défis économiques du 21e siècle ».
«Placer l'innovation au cœur de la politique économique est une nécessité si l'Europe veut rester un espace de prospérité, de croissance et de compétitivité mondiale», a expliqué John Vassallo, vice-président des Affaires européennes de Microsoft.
"Le succès économique futur de l’Europe dépendra des entrepreneurs et des innovateurs de demain. Nous soutenons l'UE dans ses efforts visant à supprimer les goulets d'étranglement et à créer le cadre politique approprié qui soutiendra les compétences et la base de connaissances de l'Europe, permettant au talent de se développer et d’apporter les idées les plus novatrices du laboratoire au marché ", a ajouté M.Vassallo.
L’UEAPME, lobby représentant les petites entreprises, s'est félicité de l'Union de l'innovation, mais a déclaré que le plan devait être transformé en réalité. Selon l'organisation, les responsables politiques doivent montrer une volonté d’agir en acceptant un brevet communautaire. L'UEAPME a critiqué le manque d'attention envers les petites entreprises qui ne sont pas à croissance rapide ou non basées sur de la haute technologie. Elles sont "un peu ignorées dans le texte de la Commission alors qu'elles constituent la grande majorité des activités d'innovation européennes et des potentialités".
Le directeur de la politique économique et fiscale de l’UEAPME Gerhard Huemer a expliqué: "La stratégie identifie à juste titre les principaux obstacles qui freinent notre potentiel d'innovation et le rôle clé du secteur public quand il s'agit de lever ces obstacles et de stimuler le secteur privé. Toutefois, les avantages possibles de cette stratégie resteront sur le papier à moins que les engagements pris aujourd'hui deviennent réalité et suivis par des avancées concrètes dans tous les domaines . Le brevet communautaire sera le premier test à cet égard. Nous espérons que la présidence belge sera en mesure de parvenir à un accord avant son mandat arrive à son terme. "
Eurochambre, qui représente les chambres de commerce à travers l’Europe, s’est dit préoccupé par l’importance disproportionnée de la recherche dans l’Union de l’innovation de la Commission. Malgré une apparente reconnaissance des nombreux modèles, formes et sources de l'innovation par la nouvelle Commission ces derniers mois, les chambres de commerce interprètent cette communication comme un retour à une stratégie axée sur la recherche, selon Eurochambre.
Le secrétaire général d'Eurochambre, Arnaldo Abruzzini, a déclaré: «La recherche reste indéniablement un élément essentiel de l'innovation, mais ce n'est que l'un des nombreux ingrédients importants pour le renforcement de l'écosysteme entrepreneurial européen. Permettre à davantage de personnes de se considérer comme des innovateurs est tout aussi important. L’innovation, ce n'est pas seulement des percées scientifiques. "
La Confédération européenne des syndicats (CES) note avec satisfaction l’intention de ne pas limiter la question aux entrepreneurs, aux universités et aux scientifiques mais de l’ouvrir également aux travailleurs, aux syndicats et au dialogue social. Le secrétaire général de la CES John Monks, a précisé : « L’Union de l’innovation ne se concrétisera pas sans emplois de qualité et sans reconnaître tous les travailleurs dans tous les domaines comme des professionnels capables d’innovation et d’une efficacité et d’une satisfaction accrues. Élever les niveaux de compétences et de respect est crucial dans ce processus. La CES jouera son rôle pour faire valoir ces aspects de l’agenda publié aujourd’hui. »
Le Conseil européen de l'industrie chimique (Cefic) s'est félicité du partenariat d'innovation sur le vieillissement actif et en bonne santé, car il joue un rôle majeur dans le secteur de la santé - à savoir les soins médicaux et le développement de matériaux innovants.
"Le secteur de la chimie se distingue comme un fournisseur de solutions aux défis sociétaux majeurs. La position unique de l'industrie est un accès naturel pour un rôle de leader qu’élaborent les partenariats», a déclaré le directeur recherche et innovation du Cefic, Gernot Klotz.
Le Cefic a expliqué que, grâce à la plateforme technologique européenne pour une chimie durable (SusChem), l'industrie chimique a déjà mis en avant un certain nombre de sujets concrets pour des partenariats d'innovation dans des domaines qui sont essentiels à la stratégie UE 2020: l'efficacité des ressources, la mobilité durable, la construction et l'énergie à faible intensité carbonique.
"Il est grand temps d’aider à bâtir un cadre solide pour l'innovation durable en Europe, plutôt que d'essayer de rafistoler le modèle individuel du secteur du passé", a déclaré Klotz.
CALENDRIER
- 12 octobre : Débat sur l’Union pour l’innovation au Conseil « compétitivité »
- 27 octobre : Publication par l’UE du « Single Market Act »
- 12 décembre : Débat sur l’Union pour l’innovation au Conseil européen
CONTEXTE
L'innovation a pris une place centrale dans l'élaboration des politiques de l'UE. Bruxelles a placé la recherche, l'éducation et « l'Union pour l’innovation » au cœur du plan «Europe 2020» pour la création de la croissance et d'emplois.
En 2009, lors de l’Année européenne de la créativité et de l'innovation (AECI), la Commission européenne avait annoncé des plans pour une stratégie d'innovation. Le plan a été rédigé, originellement, par la DG Entreprises et avait une approche basée sur l’entreprise. Mais son champ d'application s'est élargi quand Máire Geoghegan-Quinn a été nommée commissaire pour la recherche, l'innovation et la science.
Les difficultés de l'Europe à surmonter les goulots d'étranglement en matière d'innovation ont été largement abordés au cours des débats de ces dernières années. En conséquence, les éléments clés du plan de la Commission - sur les finances, les marchés publics, les dépenses R & D et la propriété intellectuelle - ont déjà été donnés.
Le manifeste sur la créativité et l'innovation, publié l'an dernier, a été alimenté par les documents réunis par un panel d'experts de l’innovation dans les entreprises et par la DG Entreprises, ainsi que par des consultations continues avec les parties prenantes, par la commissaire à l’Innovation.
Certains aspects de la nouvelle stratégie ne sont pas nouveaux, mais Geoghegan-Quinn s'est engagée à inclure tous les aspects en un seul document afin de donner une impulsion politique pour surmonter les obstacles à l'innovation. D'autres parties du document, tels que la réforme du système de propriété intellectuelle, sont poursuivis par l’Europe depuis des décennies et seront également abordées dans le prochaine Single marcket Act, qui sera publié à la fin du mois d’Octobre.
« L'Union de l’innovation » définit l'innovation comme «un changement qui accélère et améliore la façon dont nous concevons, développons, produisons et accédons à de nouveaux produits, procédés industriels et services. Les changements créent plus d'emplois, améliorent la vie des gens et bâtissent des sociétés plus vertes et meilleures ».






Réactions
Marc DESTOURE (non vérifié), le 09/10/2010
Sans vouloir offenser, toutes ces belles déclarations alléchantes pour les chercheurs ne sont que de la propagande, voire du bla bla bla. Les fonds en question dédiés à l'innovation profitent aux grosses entreprises déjà structurées. Nous croirons à une volonté politique d'aider les petits porteurs de projets, les PME innovantes en création, lorsque les financements seront à 100 %. Hormis quelques exceptions, les jeunes entreprises innovantes sont toutes obligées d'engager des fonds propres qu'elles n'ont pas. On donne et on ne prête qu'aux déjà riches...C'est bien connu ! Tout le système est à revoir.
Bénédicte Poinsard (non vérifié), le 12/10/2010
Eh bien, moi, j'ai 55 ans, j'ai fait en juin dernier une trouvaille scientifique dans le domaine des réseaux sociaux internet (ma spécialité). J'ai demandé à l'Ecole Normale Supérieure de m'accepter en VAE (Validation des Acquis de l'Expérience) puisque je suis senior, afin de faire une thèse avec une équipe plusridisciplinaire de chercheurs que je souhaiterais fédérer (j'ai déjà une idée de l'équipe). Depuis 4 mois, l'ENS n'a pas daigné me répondre. Je vais donc être obligée de vendre ma trouvaille à l'étranger, c'est vraiment dommage, on marche sur la tête...
Cordialement à tous(tes),
Bénédicte Poinsard
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