Une vaste majorité d'Etats membres de l'Union européenne s'est déclarée favorable, lundi 21 mars, à l'instauration de normes communes de sécurité nucléaire en Europe après l'incident de Fukushima au Japon.

Les ministres de l'Energie des 27 se sont réunis à Bruxelles pour discuter des conséquences pour l'UE de la crise japonaise. Ils espèrent qu'un accord soit trouvé sur les critères des "stress tests" volontaires que l'UE entend organiser sur son parc de 143 réacteurs nucléaires en activité, vendredi 25 mars, lors d'un sommet de chefs d'Etat et de gouvernement.

"Il y a peu de questions en Europe sur lesquelles les gouvernements et les parlements nationaux aient une divergence de vue aussi importante que sur l'énergie nucléaire", a noté le commissaire européen à l'Energie, Günther Öttinger, à l'issue de cette réunion.

Consensus sur la qualité

"Mais tout le monde est d'accord sur un point: la sécurité doit être de la plus haute qualité. Tous les ministres essaient de s'entendre sur des normes de sécurité communes en Europe pour minimiser les risques d'un désastre", a-t-il ajouté.

Tout en reconnaissant des divergences sur l'avenir du nucléaire en Europe, le ministre français de l'Industrie, Eric Besson, s'est prononcé pour l'adoption de telles règles. Elles devraient s'inspirer des normes de sécurité de troisième génération adoptées en novembre par les Autorités de sûreté nucléaire des pays d'Europe de l'Ouest (WENRA).

Concernant les stress tests, il a proposé de les faire reposer sur quatre critères: risque d'inondation, risque sismique, risque lié à la perte de refroidissement et mesures limitant les conséquences d'un accident.

Il s'est également montré favorable à ce que des observateurs internationaux participent aux tests dans chaque pays afin d'en renforcer la crédibilité.

Désaccords franco-allemand?

La chancelière allemande, Angela Merkel, a précisé sur son site internet samedi qu'elle soulèverait la question lors du Conseil européen, jeudi et vendredi, à Bruxelles. Berlin a ordonné la semaine dernière la fermeture dans son pays de sept centrales nucléaires d'ancienne génération. 

Vendredi dernier, on avait appris de sources proches de la coalition au pouvoir à Berlin que le ministre de l'Environnement, Norbert Röttgen, envisageait de prendre des mesures de sécurité si draconiennes pour les centrales allemandes qu'elles pourraient les rendre invendables.

Interrogé sur une convergence entre les positions française et allemande en matière de règles de sécurité, Eric Besson a estimé qu'il était encore trop tôt pour le dire.

"Sur des intentions de départ, oui. S'il s'agit de niveau de sûreté oui, dans les modalités concrètes nous allons voir", a-t-il déclaré.

Le Premier ministre français, François Fillon, a annoncé la semaine dernière un audit de l'ensemble du parc nucléaire français à l'aune des événements au Japon.

Mais la France, qui produit 80% de son électricité à partir de l'énergie nucléaire, n'entend pas renoncer à cette spécificité, après avoir misé ces dernières années sur une renaissance du nucléaire.

"Nous sommes en pointe en Europe et dans le monde en matière d'électricité nucléaire et nous entendons le rester (…) En matière industrielle, la France s'est déjà dotée avec l'EPR d'un produit dit de troisième génération, donc nous avons un certain nombre d'atouts pour parler du nucléaire de l'avenir", a insisté Eric Besson.