La présidence danoise du Conseil de l'UE souhaite que la Commission européenne présente des options permettant de réduire les émissions de CO2 dans le cadre de la feuille de route pour une économie faible en carbone d'ici 2050. Copenhague souhaite qu'un objectif intermédiaire soit prévu en 2030, tout en prenant en compte les « hypothèses sous-jacentes » des Etats.

Cette feuille de route propose une série d'objectifs pour aboutir à une réduction de 80-95 % de gaz à effet de serre d'ici 2050. Selon les scientifiques, cet effort sera crucial pour éviter un réchauffement climatique mondial de plus de 2°C.

L'objectif d'une réduction de 40 % pour 2030, par rapport aux niveaux d'émissions de 1990, est avancé. Il grimpe à 60 % en 2040 et à 80 % au minimum pour 2050.

L'eurodéputé vert Bas Eickhout est satisfait du document danois. Selon lui, il fournit « des perspectives à plus long terme, ce qui est crucial pour l'investissement ». Il rappelle toutefois qu'il ne serait pas judicieux de séparer les objectifs de réduction des émissions des autres ambitions de l'UE.

« Les objectifs [de réduction des émissions] pour 2030 devraient être combinés à ceux établis pour les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique comme c'est le cas pour 2020 », a-t-il expliqué à EurActiv.com.

« La sécurité de l'investissement serait alors au rendez-vous pour les nouveaux secteurs et cela permettrait de fournir les bons incitants pour l'avenir. »

Energies renouvelables et efficacité énergétique

Des sources de l'Union européenne ont déclaré que les nouveaux objectifs en matière d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique auraient plus de chance d'être approuvés lors de la réunion des ministres de l'Energie que lors de la réunion des ministres de l'environnement du 9 mars.

La question des objectifs intermédiaires de réduction de CO2 pour 2030 continuent toutefois de diviser les parties prenantes. « Nous n'avons pas obtenu de concessions à ce sujet la dernière fois, tirez-en vos propres conclusions », déclare un diplomate de l'UE.

« Les choses ont-elles changé depuis ? », s'interroge-t-il. « Nous avons eu le sommet de Durban sur le changement climatique que l'on pourrait qualifier de succès, donc je pense que les gens pourraient voir les choses différemment. Mais je pense tout de même que les mêmes arguments feront surface. »

Pour les entreprises énergétiques qui travaillent dans le domaine des énergies renouvelables, la question est restée sur le tapis. En 2011, l'entreprise néerlandaise Eneco a réclamé des objectifs contraignants pour 2030, tout comme Dong Energy au Danemark et SSE au Royaume-Uni.

Le porte-parole d'Eneco, Marcel Van Dun, a confié à EurActiv.com qu'une décision de la Commission en ce sens « contribuerait à des investissements européens sains et orientés sur le marché pour le climat et les énergies renouvelables ».

« L'Europe reprendrait alors sa place de leader dans la transition mondiale vers un approvisionnement énergétique indépendant et à l'épreuve du futur pour nos entreprises et nos citoyens », a-t-il expliqué.

Un objectif européen plus ambitieux impliquerait également « des prix plus élevés pour le carbone et la mise en place des bons incitants », a-t-il ajouté.

Prix du carbone

En plus des futurs objectifs, les ministres se concentreront sur la chute des prix du carbone qui a assombri le marché mondial du carbone et sur le Système communautaire d'échange de quotas d'émission (SCEQE).

Sandrine Dixson-Declève, la directrice du Corporate Leaders Group (CLG) du Prince de Galles, a déclaré à EurActiv.com qu'elle souhaitait que la Commission fasse une proposition solide sur la question du prix du carbone.

Il est important d'« envoyer un message en faveur d'un SCEQE et d'un prix du carbone forts », a-t-elle affirmé. « Nos membres pensent qu'il est nécessaire de retirer des quotas SECQE afin de resserrer le système pour que les prix puissent remonter. »

Le CLG compte parmi ses rangs des géants comme Shell, Alstom et Philips.

Le 20 décembre 2011, la commission de l'Environnement du Parlement européen a demandé une modification de la législation de l'UE pour pouvoir mettre de côté des quotas en amont de la troisième phase du SCEQE en 2013.

Le vote du 28 février prochain de la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie sera crucial et permettra de décider du volume de quotas qui sera retiré de l'adjudication pour la troisième phase du SCEQE.

Agir

Les ministres européens de l'Environnement discuteront bien entendu des résultats de ce vote au Parlement. Le projet de conclusions de la présidence danoise note quant à lui qu'un prix fort sera nécessaire pour les quotas dans la troisième phase du SCEQE, afin d'encourager l'investissement en faveur d'une économie faible en carbone.

Le prix actuel des quotas n'encourage pas les investissements comme le prévoyait le paquet climat et énergie ; il est par ailleurs nécessaire de prendre en compte les risques de fuite du carbone, peut-on encore lire dans ce projet de conclusions.

« Il y a beaucoup de choses à prendre en compte », a commenté M. Eickhout ironiquement. « C'est très bien, mais la troisième phase du SCEQE débute l'an prochain, donc la marge de manœuvre devient de plus en plus faible. »

« Nous avons dépassé depuis longtemps le stade des évaluations », a-t-il ajouté. « Il faut agir. »