L’Assemblée générale de l’ONU a refusé que Catherine Ashton s’exprime au nom de l’UE, lors du débat général de la 65ème session de l'Assemblée, qui s'est ouverte le 14 septembre.
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Ca ne sera pas pour cette fois. Alors qu’en août, des membres du Conseil et de la Commission avaient révélé que Catherine Ashton prendrait la parole au nom de l’Union lors de l'Assemblée générale de l’ONU, il n’en sera rien. Les membres des Nations unies n’ont pas voté la résolution intitulée « participation de l’UE au travail des Nations Unies », présentée par la Belgique au nom des 27.
Ce texte aurait renforcé le statut d'observateur de l’Union, sans pour autant lui donner un siège ou une voix. Elle donnait à l’UE la possibilité de « s'exprimer d'une façon appropriée » devant l'Assemblée générale, c'est-à-dire par la voix de Catherine Ashton et non de la présidence tournante. «Nous ne demandons rien de nouveau, juste que le traité de Lisbonne soit reconnu», a expliqué Mme Ashton.
« L’Union européenne a un problème de visibilité au sein de l’ONU, explique Fabio Liberti, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). Quand la présidence tournante intervient au sein de l’Assemblée générale pour l’UE, elle est d’abord vue comme Française ou Britannique et non comme Européenne. »
Mais, mardi 14 septembre, lors de la cérémonie de clôture de la 64ème Assemblée générale des Nations unies, les membres ont voté une motion de censure repoussant l’examen de la demande européenne. Par 76 voix pour, 71 contre et 26 abstentions, les Etats ont décidé de retarder le vote. Aucune date précise n’a été donnée pour la nouvelle présentation du texte, ni pour son vote.
Seul un Etat peut être membre
« Je comprends la réaction des membres de l’ONU, explique Philippe Moreau-Defarges, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri). L’Union européenne n’est pas membre des Nations unies. Seul un Etat peut en faire partie. Cette demande ne tient donc pas debout. »
Principaux opposants à la demande européenne, les Etats de la Communauté des Caraïbes (Caricom) sont montés au créneau en exigeant un débat plus important. La proposition européenne « modifierait les méthodes de travail de l’ONU et les interactions entre Etats membres », a déclaré le représentant du Surinam Henry Mac-Donald. « C’est comme si dans un club, (l’ONU, ndlr), certains considéraient former un groupe à part, (les membres de l’UE, ndlr), et décidaient de ne parler plus que d’une voix », précise M. Moreau-Defarges. « Des pays ont pu refuser la résolution car ils ne comprennent pas pourquoi l’UE pourrait obtenir une place plus importante et non les autres ensembles économiques tels que l’Asean (Association des nations de l’Asie du sud-est, ndlr) », rajoute M. Liberti.
La Chine et l’Inde ont également voté contre la proposition, alors que l’Australie, la Nouvelle Zélande et le Canada se sont abstenus. Plusieurs Etats soutiennent l’Europe dans sa démarche mais souhaitent plus de temps pour étudier le dossier.
Pour le cabinet de M. Van Rompuy, cette motion de censure est uniquement due à « une question technique » et non pas « politique ». Un manque de communication et d’explication de la part de l’UE serait en cause. La Commission a également relativisé. « Il ne s’agit pas d’un revers sérieux », a assuré Catherine Ashton. Elle souhaite profiter de son voyage la semaine du 19 au 24 septembre à New York pour s’entretenir avec les pays qui ont fait blocage. Mais des haut fonctionnaires auraient révélé que les autorités européennes étaient très déçues de cette décision, portée par des pays aidés financièrement par l’UE. 14 des 15 pays du Caricom font partie des 79 pays ACP, qui recevront près de 22 000 millions d’euros au nom du Fonds européen du développement pour la période 2008-2013.
« Si l’UE est logique, elle peut dire que les 27 doivent renoncer à exister en tant que tels et que l’Union devienne une seule entité, mais elle devrait alors devenir un Etat », précise M. Moreau-Defarges.
Catherine Ashton pourra toutefois s’exprimer en tant qu’observateur, mais uniquement une fois que les délégations de tous les pays membres seront intervenus.
CONTEXTE
L’article 19 du traité de Lisbonne modifie la représentation extérieure de l’Union européenne. Il donne la possibilité aux nouvelles autorités permanentes de l’UE, le président du Conseil européen, ou la Haute représentante pour les Affaires étrangères, de s’exprimer au nom de l’Union dans les organisations internationales. Ils pourraient ainsi représenter les 27 lors des assemblées générales de l’ONU et donner plus de poids aux positions européennes. Mais pour que cela soit effectif, les membres des Nations unies doivent l’accepter, ce qui pose problème.
En tant qu’observateur à l'ONU, l’UE ne bénéficie pas des mêmes privilèges que les Etats membres. Ceux-ci ont le droit d’intervenir en bonne place dans les débats, le droit de réponse, le droit de distribuer des documents officiels, le droit d’amendement, le droit de soulever des points d’ordre. L’UE voudrait renforcer son statut, sans pour autant être à égalité avec les Etats membres.




Réactions
Anonyme (non vérifié), le 20/09/2010
N'est-ce pas le résultat de tant de tergiversations sur le rôle de Madame Ashton? L'UE récolte ce qu'elle sème. Le traîté de Lisbonne n'a en fait pas renforcé la visibilité de l'Europe, mais affiche au grand jour ses nomreuses divisions. A remarquer que dans la controverse entre la France et la Commission sur le renvoi des Roms, la réaction française que le Luxembourg n'aurait pas sa place comme état indépendant donne à réfléchir. A l'ONU même les petits pays peuvent s'exprimer, alors qu'en Union Européenne les "grands" se comportent en maîtres.
Anonyme (non vérifié), le 20/09/2010
L'Union européenne ne peut pas à la fois se construire comme un ensemble d'états souverains (ensemble miné, de plus en plus, par le bilatéralisme et le multilatéralisme) et revendiquer une approche fédéraliste "à la carte". Les déboires récents à l'ONU sont une illustration supplémentaire, s'il en fallait, que l'Europe des Etats ne peut être qu'une Europe impotente, que les pays extérieurs, petits et grands, considèrent avec dérision.
John (non vérifié), le 20/09/2010
Si il y avait plus de diplomates au SEAE et non pas seulement des transfuges de RELEX, cela ne se passerait sans doute pas comme cela.
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