Dans un entretien pour "Politique internationale", Nicolas Sarkozy a déclaré : "Jusqu’au sommet que j’avais convoqué en octobre 2008, il n’y avait eu aucune réunion des chefs d’état et de gouvernement de la zone euro".

Quel crédit apporter à cette affirmation ? Selon le site de fact cheking Vigie2012, un petit retour en arrière est nécessaire pour expliquer un propos « plutôt vrai ». Leur explication:

Le 12 octobre 2008, en pleine panique boursière, Nicolas Sarkozy a organisé à l’Elysée un « sommet extraordinaire de l’Eurogroupe » avec les 15 chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro, le premier ministre britannique et le président de la Banque centrale européenne. 

Ecofin

Avant cette date, l’Eurogroupe ne s’était effectivement réuni qu’au niveau des ministres de l’Economie et des Finances de la zone euro. Créé en juin 1997 par le Conseil européen d’Amsterdam, l’Eurogroupe a pour principal objectif de coordonner les politiques économiques des membres de la zone euro, sans toutefois disposer d’un pouvoir décisionnaire.

Il se retrouve une fois par mois, généralement la veille des conseils « Ecofin » qui regroupent les ministres de l’Economie des 27 Etats-membres de l’UE et qui dispose quant à lui du pouvoir de décision. 

Vieille idée

Si cette première réunion du genre a été convoquée par la présidence française du Conseil de l’UE (juillet-décembre 2008), il faut préciser que la paternité de l’idée ne revient pas à Nicolas Sarkozy.

Après le rejet par les Français de la Constitution européenne le 29 mai 2005, Catherine Colonna, alors Ministre déléguée aux Affaires européennes du gouvernement de Villepin, avait proposé de renforcer la gouvernance de la zone euro en réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement. Proposition qui avait été accueillie froidement par la Commission européenne et certains Etats-membres (notamment l’Allemagne et la Grande-Bretagne). 

Il a fallu attendre la panique boursière provoquée par la faillite de « Lehman Brothers » à l’automne 2008 et l’échec des réunions successives des responsables européens pour les convaincre.

Le Premier ministre Luxembourg et président de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker avait qualifié à l’époque cette réunion « d’historique » et Nicolas Sarkozy avait également reçu le soutien entier du chef du gouvernement espagnol, le socialiste José Luis Zapatero qui lui avait explicitement demandé quelques jours avant de convoquer une telle réunion.

Conclusions :  

  • Le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro convoqué en octobre 2008 est bien le premier du genre ;  
  • L’idée d’une réorganisation de l’Eurogroupe sous cette forme est néanmoins ancienne et a été portée par la France dès 2005 ; 
  •  Le contexte de panique financière a rendu plus urgente une action renforcée et symbolique de l’UE en matière économique.