Quelles sont les relations entre la France et la Turquie dans le processus d’adhésion de votre pays à l’Union européenne ?

La France a fait de l’adhésion de la Turquie à l’UE une question de politique intérieure. C’est une approche erronée. Chaque sujet doit être pris dans son propre contexte. Si on mélange, on risque de ne pas arriver au bon objectif.

Je ne reprendrai qu’une déclaration de Jacques Chirac en 2004: « Si l’UE veut se contenter de devenir une zone de libre échange, nous pourrons le faire sans la Turquie, mais si on veut assurer une responsabilité globale, nous ne pouvons pas le faire sans la Turquie ». A vous de juger.

Selon de récents sondages, une grande majorité de l’opinion turque se détournerait de l’Union européenne. La lenteur des négociations en est-elle la raison?

Ce n’est pas l’opinion publique turque qui s’éloigne de l’Europe mais l’opinion européenne qui s’éloigne de la Turquie. Nous sommes disposés à coopérer avec l’UE, à participer à son bien être et sa richesse et à coopérer à son rôle stratégique globale. Mais « si on peut forcer un cheval à aller à la rivière, on ne peut le forcer à boire ». Quant aux sondages, cela dépend de la façon de poser la question. Si vous demandez : « Aimeriez-vous que la Turquie rentre dans l’UE ? », ce n’est pas 38% d’avis favorables que vous aurez mais plus de la moitié. Mais si la question est : « Pensez vous que la Turquie va rentrer dans l’UE ?», alors on a 38% d’avis favorables.

Quelles sont, selon vous, les raisons du désamour des Européens envers la Turquie ? On met souvent en avant la démographie ou la religion

Certains Européens ont une perception du Turc qui vient de l'histoire: buveur de sang, sauvage, barbare. Cette image historique fait peur à des individus en Europe. C’est un élément plus important que d'autres mais il est caché sous d'autres arguments plus faciles à présenter.

Qu’est-ce que la Turquie peut apporter à l’Europe ?

L’UE peut atteindre seule ses objectifs dans les Balkans, au Moyen-Orient et ailleurs. Elle n’a pas besoin de la Turquie. Mais en coopérant avec Ankara, elle peut le faire avec moins de ressources financières, moins de ressources humaines, moins de difficultés et plus d’efficacité.

Et si l’Europe finit par refuser la Turquie ou que le processus n’aboutit jamais ?

Il faut voir au-delà de l’horizon. La Turquie utilise le processus d’adhésion pour mettre plus d’ordre chez elle, pour devenir une meilleure démocratie, un pays où les gens bénéficient de droits fondamentaux et d’une économie de marché transparente, avec moins de corruption. Si nous arrivons à faire tout cela, la question d’être membre ou non de l’Union deviendra secondaire.

La Turquie serait alors prête à refuser d’entrer dans l’UE ?

Nous préférons que l’Union dise non pour qu’elle en subisse les conséquences.