Alors que les chefs d’Etat ont discuté des tensions en Libye lors d’un dîner la nuit dernière, une équipe de 50 experts a discuté, de leur côté, des modifications de dernière minute à apporter au mécanisme de sauvetage permanent : le mécanisme européen de stabilité (MES).

Certains changement étaient en effet nécessaires pour obtenir le soutien politique de l'Allemagne. Les dirigeants européens finalement ont donné leur bénédiction à une nouvelle structure de financement pour le MES, qui entrera en vigueur en 2013.

Les experts ayant conclu que les changements demandés par l’Allemagne ne menaçait pas l'évaluation du mécanisme par les agences de notation. Selon ces spécialistes, le mécanisme européen bénéficiera de la meilleure note possible: AAA.

Dans une tentative désespérée d'asseoir son autorité en ces temps d’incertitude économique, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a exigé que les experts prennent leur décision dès le premier soir du sommet, afin d'apporter un message positif aux marchés financiers.

Le MES prendra le relais du Fonds européen de stabilité financière temporaire (FESF), actuellement en place, qui a déjà permis de renflouer la Grèce et l’Irlande.

La décision d’augmenter la capacité de prêt du FESF de 250 à 440 milliards d’euros a été reportée au mois de juin.

Structure du financement du MES

Les dirigeants européens ont confirmé qu'après 2013, le mécanisme de financement à long terme s’élèverait à 700 milliards d'euros pour protéger les pays qui partagent la monnaie unique de futures crises de la dettes. Le MES sera composé de 80 milliards d'euros de capitaux versés par les Etats membres, l'Allemagne en assumant la plus grande partie, et de 620 milliards d'euros de capital libéré sous la forme de garantie.

Lundi 21 mars, au cours d'une réunion à Bruxelles, les ministres des Finances de la zone euro s’étaient entendus sur le fait que l’investissement de départ (22 milliards pour l’Allemagne), serait payé en trois tranches annuelles. Mais, deux jours plus tard, Berlin avait demandé d'augmenter le nombre de tranches à cinq.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a lutté pour faire accepter le MES au Bundestag. Dans un contexte d'élections locales et nationales en 2013, elle a promis à son assemblée qu’elle essayerait de réduire la participation du pays au fonds européen.

A 1 heure du matin, les dirigeants ont décidé de céder aux demandes de l’Allemagne. Le financement du MES se fera donc en cinq paiements annuels de 16 milliards d’euros.

"Discriminatoire"

Le groupe d'experts financiers a également tenté de déterminer si passer de trois à cinq paiements pourrait mettre en péril l'un des points forts du MES, à savoir que l'argent investi dans le mécanisme n'apparaisse pas sur les bilans des Etats membres.

Les discussions se sont envenimées lorsque l'Allemagne a suggéré que les pays qui ne bénéficient pas d'une note "AAA" apportent plus de capitaux dans le cas où un renflouement excéderait la capacité du fonds, alors que l'Allemagne n'apporterait que des garanties.

Une demande « discriminatoire », selon une note rédigé par le conseiller financier d'un pays opposé à cette proposition.

Selon des sources diplomatiques, l'Italie et l'Espagne auraient insisté pour que cette clause soit rédigée dans un langage plus vague, affirmant que des capitaux supplémentaires seraient disponibles si nécessaire.

Juncker, fumeur invétéré

Les dirigeants ont accepté les modifications du MES apportées par Mme Merkel visant à lui éviter un revers électoral. Mais ce ne fut pas sans mal. La chancelière allemande a placé une « épée de Damoclès » au-dessus de la tête des dirigeants, a déclaré un diplomate qui s'est exprimé sur l'escalade des tensions entre l'Allemagne et ses partenaires européens.

« Ce n'est pas facile pour [le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude] Juncker d'entendre que trois jours après la fin des discussions sur le MES, l'Allemagne veut changer l'accord », a ajouté le diplomate.

« Je comprends qu'il fume autant », a ironisé un autre diplomate. Selon certaines sources, la sécurité a demandé au chef de l'Eurogroupe de quitter la salle hier car il fumait trop.