Alexander Stubb: «Je suis un peu un geek de l’UE»

Alexander Stubb interviewé par Euractiv. [Evan Lamos/EURACTIV]

Après avoir été Premier ministre en Finlande, et acquis une bonne expérience de la gestion de crises, Alexander Stubb se verrait bien remplacer Jean-Claude Juncker

Alexander Stubb, ex ministre et Premier ministre finlandais souhaite obtenir l’investiture comme Spitzenkandidat du Parti populaire européen, face à l’Allemand Manfred Weber.

Qu’est-ce qui vous a décidé à vous porter candidat ? Pensez-vous que le manque d’expérience gouvernementale de Manfred Weber pourrait jouer en votre faveur pour être élu Spitzenkandidat du PPE ?

Si je devais résumer en un mot ce qui me pousse à me présenter, je choisirais « valeurs ». Parce que je crois fermement que les valeurs européennes comme les droits de l’Homme, l’égalité, la tolérance, l’état de droit, la démocratie libérale… sont toutes bafouées en ce moment, tant de l’extérieur que de l’intérieur de l’Union, et peut-être même de l’intérieur du PPE.

Je pense qu’en période de grand doute, il faut se raccrocher à quelque chose. J’ai choisi ces valeurs. Je veux les défendre. C’est la principale raison pour laquelle je me présente.

Nous, les internationalistes libéraux ou pro-européens, avons eu une année 2016 très difficile. Il est temps de monter au créneau.

Quels sont mes atouts par rapport à mon « rival », Manfred Weber ? Tout d’abord, je n’ai pas pour habitude de me comparer aux autres. Manfred est un bon ami, nous avons tous deux rejoint le Parlement européen en 2004, jusqu’à ce que nos chemins se séparent en 2008 lorsque je suis devenu ministre des Affaires étrangères en Finlande.

Je suis un peu un geek de l’UE, je connais les institutions européennes dans leurs moindres détails. J’ai travaillé presque partout : au Conseil, à la Commission, au Parlement et maintenant à la Banque européenne d’investissement.

Je suppose que la meilleure école a été le Conseil européen. À la fois en tant que conseiller du groupe Antici [groupe informel qui débroussaille les positions initiales des différentes délégations], que derrière le micro. C’est mon expérience, en tous cas, je ne parle que pour moi.

Timmermans se verrait bien à la tête de l’UE

Le numéro deux de l’exécutif européen, Frans Timmermans, a confirmé son désir de briguer la présidence, narguant au passage tous ses adversaires politiques.

Ces valeurs que vous mentionnez sont clairement menacées, y compris au sein du PPE. Que pensez-vous du « flirt » de Manfred Weber avec Matteo Salvini et Viktor Orbán ? Le PPE a-t-il l’intention de collaborer avec l’aile dure de la droite ?

À mon sens, le PPE est un parti de valeurs, dont l’extrême droite ne fait certainement pas partie. Le rapprochement avec Matteo Salvini, le PiS en Pologne ou tout autre élément antilibéral n’ont rien pour me plaire.

Je pense qu’il faut savoir faire la part des choses. Premièrement, il faut savoir ce qu’incarne le PPE. Si on ne respecte pas les valeurs et les règles du PPE, on n’a rien à y faire.

Deuxièmement, avec qui travaille-t-on après les élections ? Là, je pense qu’il faut être réaliste. Parce que la vérité, c’est que nous aurons probablement des résultats électoraux chaotiques. Nous aurons des populistes de gauche et de droite dans nos rangs. J’aimerais un jour voir une forte coalition des principaux partis pro-européens.

D’ailleurs, je m’y connais en coalitions. Nous avons eu les « Vrais Finlandais » [droite populiste et eurosceptique] dans notre gouvernement. Aujourd’hui, ils ne font plus partie du gouvernement, et le parti est divisé en deux.

Nous devons prendre le populisme au sérieux, mais pas y céder.

Juncker fustige les «populistes stupides»

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, espère une Europe solidaire et unie contre l’extrême droite.

Emmanuel Macron devrait également jouer un rôle important lors des élections. Croyez-vous, comme lui, que ce vote sera un affrontement entre les forces populistes et les Européens progressistes ? 

Je pense que cette élection ne sera pas nécessairement une élection de la gauche contre la droite, ou des populistes contre les progressistes. Il s’agira davantage de localistes contre mondialistes, de proeuropéens contre antieuropéens, de nationalistes contre antinationalistes…

Je me définirais par les adjectifs suivants : europhile, positif et pragmatique. Ce que j’essaie de promouvoir, c’est plus d’Europe là où c’est nécessaire et moins d’Europe là où ça ne l’est pas. Je refuse d’être quelqu’un qui distille la haine et la peur pour faire avancer sa carrière politique.

Je pense qu’Emmanuel Macron a des tas de bonnes idées. Je ne suis évidemment pas d’accord avec toutes. Mais, vous savez, s’il veut venir au PPE, il est le bienvenu.

Jean-Claude Juncker a déclaré au début de son mandat qu’il s’agirait de la « Commission de la dernière chance ». Qu’auriez-vous fait à sa place et qu’avez-vous à proposer pour le mandat à venir ?

La Commission Juncker mérite d’être saluée. Comme je le dis souvent, ce n’est pas le président qui définit les objectifs, mais bien les objectifs qui définissent le président. On a tendance à oublier le positif. Cette Commission a géré la crise de l’euro, de l’immigration, le Brexit et Donald Trump. Je pense sincèrement qu’elle a fait du bon travail.

Chaque Commission est différente, comme ses présidents. J’ai beaucoup de respect pour Jean-Claude Juncker, car il utilise un Nokia 3310 [rires]. Moi, j’ai un iPhone. L’intelligence artificielle, la robotisation, « l’internet des objets », l’impression 3D, le numérique … Ça va bouleverser l’économie et le travail, la politique et les médias, la science et très certainement l’avenir de l’humanité.

Nous allons être confrontés à de graves questions d’ordre moral et éthique. Je pense que la Commission européenne doit être moderne. Nous devons être à la page, sinon on se fera doubler. Le jour où les algorithmes domineront le monde, je veux qu’ils soient entre de bonnes mains.

Les partis traditionnels sont en crise. Ont-ils négligé les attentes des citoyens ? Quels sont les leçons à retenir avant les élections européennes ?

Soyons honnêtes. Les responsables politiques ont moins d’influence qu’avant. Et les affaires publiques ne se négocient plus en huis clos. Aujourd’hui, nous faisons preuve d’ouverture, de transparence.

Nous savons tous à quel point la technologie a changé les comportements individuels, et la façon dont les gens perçoivent la politique. Commençons à l’admettre et descendons de notre piédestal. C’est déjà un pas en avant. La démocratie doit se réinventer.

Stubb, un candidat à la Macron face au conservateur Weber

L’ex Premier ministre finlandais, Alexander Stubb veut défendre les valeurs européennes au sein de la droite. Une position qui risque de scinder un peu plus le Parti populaire européen.

 

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