La presse en Europe : liberté et pluralisme en péril

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Longtemps considérée comme un bastion de la liberté de la presse, l'Europe pourrait bientôt perdre ce statut selon des ONG. De plus en plus, les médias se retrouvent aux mains d'un nombre restreint de magnats influents. Même les Etats, autrefois garants de l'indépendance des médias, n'hésitent plus à engager des poursuites politiquement motivées à leur encontre, lorsqu’ils ne les censurent pas purement et simplement.

Contexte

Même si dans l’ensemble, l'Europe reste l'un des continents les plus libres en termes de médias, de nombreuses ONG internationales et associations de journalistes affirment qu'elle perd son rôle de modèle.

Reporters sans frontières a récemment déclaré que l'Europe « tombait de son piédestal » et que l'Union européenne perdait son statut de meneur.

Ces difficultés sont dues à une combinaison d’influences privées et étatiques dans la production médiatique et sa propagation partout en Europe. La concentration des médias dans de nombreux pays d'Europe a été renforcée avec les difficultés que rencontrent les médias à survivre économiquement dans un contexte de récession économique et de grande concurrence face aux médias en ligne.

En outre, on assiste à une nouvelle vague d'intimidation des médias par les gouvernements, qui n'hésitent plus à les poursuivre en justice lorsque leurs intérêts sont en jeu. Cette tendance semble se propager à tout le continent : l'adoption d'une loi controversée sur les médias en Hongrie, sans doute le meilleur exemple à cet égard dans l'UE, a également permis aux eurodéputés de souligner la nécessité de « reconquérir » la liberté de la presse dans d’autres pays comme la France, l'Italie, la Roumanie et la Bulgarie.

On constate également une évolution négative dans certains pays candidats à l'UE. En Turquie et en Macédoine notamment, le gouvernement a emprisonné des journalistes et étouffé les sources de revenus des médias indépendants. Pour ces pays, respecter ce que l'UE considère comme des droits fondamentaux et des valeurs européennes sera essentiel pour pouvoir un jour rejoindre l'Union.

Problèmes

Un climat économique difficile pour les journaux

Le développement d'Internet et des nouveaux médias, auquel s’ajoute la récession, sont un coup dur pour la presse écrite, en particulier dans les pays développés. Alors que de nombreux sites Internet de journaux tels que le Guardian ou Le Monde enregistrent des millions de visiteurs uniques par mois, ces médias peinent à transformer leur succès en termes de revenus.

Les consommateurs ont de moins en moins intérêt à s'abonner à des journaux en ligne, dans la mesure où des agrégateurs comme Google Actualités fournissent gratuitement des articles en provenance du monde entier. Différents journaux ont tenté de faire payer leurs lecteurs, avec des résultats mitigés. Certaines publications, comme le Financial Times, ont bien réussi à trouver avec Internet le moyen d'accroître leurs abonnés et d'atteindre un lectorat plus international. Mais ces succès ont été plutôt isolés.

Les sources traditionnelles de revenus des journaux ont diminué considérablement, notamment celles liées aux abonnements aux versions papier et aux petites annonces. Un rapport de l'OCDE estime qu'entre 2007 et 2009, le marché de la presse écrite s'est contracté dans les pays développés à raison de 21 % au Royaume-Uni, 18 % en Italie, 11 % en Pologne, 10 % en Allemagne et 4 % en France. En outre, The Economist avance que Craigslist, un site web américain diffusant gratuitement des petites annonces, « a probablement contribué plus que quiconque à la disparition des revenus de la presse écrite ».

Cette situation a entraîné des pertes d'emploi dans les rédactions, une concentration de la propriété des médias et par là même, un déclin du pluralisme. Selon l'OCDE, le secteur de la presse subit des pertes d'emplois depuis 1997 et la situation a empiré à partir de 2008, notamment aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Espagne.

De nombreux journaux, surtout la presse régionale et locale, ont dû cesser leurs activités et même la presse nationale a dû réduire ses effectifs, diminuant sensiblement le nombre de journalistes d'investigation ou assignés à la réalisation de reportages originaux.

Les correspondants internationaux à Bruxelles, qui furent autrefois les plus nombreux au monde, ont vu leurs effectifs fortement réduits entre 2005 et 2010. Certains laissent d'ailleurs entendre que la qualité de la couverture des affaires européennes en a souffert.

Concentration des médias

Le déclin du pluralisme des médias a renforcé une tendance préexistante à la concentration des médias en Europe. Au Royaume-Uni, en France, en Italie ainsi que dans de nombreux pays d'Europe centrale et orientale, les magnats de la presse sont souvent proches de la sphère dirigeante, lorsqu'ils ne sont pas eux-mêmes des hommes politiques.

La concentration des médias et le manque de pluralisme posent d'importants problèmes d'indépendance politique des médias privés et de diffusion d'informations d'intérêt public. Ces problèmes ont notamment été mis en exergue au Royaume-Uni, lorsque le scandale des écoutes téléphoniques du News of the World a attiré l'attention sur le vaste empire médiatique international de Rupert Murdoch et son influence sur la politique britannique et le système judiciaire.

La réglementation de la concentration des médias pose toutefois quelques problèmes. Tout d'abord, il est peu probable qu'elle survienne au niveau national, où les groupes médiatiques jouissent déjà d'une grande influence. Ensuite, même s'il y a déjà eu plusieurs tentatives de réglementation au niveau de l'UE, le sujet est généralement qualifié de trop « sensible » pour permettre la mise en place de politiques claires. Enfin, une réglementation risquerait d'entraver l'indépendance même des médias. Les journalistes préfèrent souvent l'autorégulation.

Financements publics et privés

En tant que bien public, la question des subventions aux médias a souvent été soulevée. La télévision et la radio publique ont longtemps occupé le devant de la scène en Europe, même si les diffuseurs privés se sont démocratisés après la Seconde Guerre mondiale. La BBC a gagné le respect des Européens en diffusant des informations fiables durant l'occupation nazie et en ouvrant ses ondes aux gouvernements en exil.

Aujourd'hui, les diffuseurs publics européens sont beaucoup moins nombreux que les chaînes de télévision et de radio privées. En Grande-Bretagne, la nécessité même de conserver un service de médias financé par l'Etat a été soulevée. Toutefois, dans la plupart des pays, la télévision publique est généralement considérée comme une garantie que des programmes de qualité continuent à être diffusés dans l'intérêt du public. Guidées par une charte éditoriale, ces chaînes sont censées offrir des programmes qui ne susciteraient normalement pas des revenus publicitaires ou une audience suffisants. Arte, chaîne télévisée culturelle financée par la France et l'Allemagne, en est un bon exemple.

Au niveau européen, la chaîne TV multilingue Euronews est connue pour bénéficier de financements de la Commission européenne et axe ses programmes sur les affaires européennes. De plus petits médias, comme EURACTIV.com et son réseau d'affiliés nationaux, ont également obtenu des financements dans le cadre de projets européens spécifiques pour couvrir des sujets considérés d'intérêt public (revenus qui ne dépassent jamais 30 % du chiffre d'affaire annuel). Mais si certains eurodéputés font pression pour une intervention de l'UE afin d'améliorer la rentabilité des médias, certains craignent que cela ne porte atteinte à l'indépendance de la presse.

Médias en ligne et médias sociaux : vers une nouvelle forme de pluralisme ?

Dans le même temps, le paysage médiatique a été modifié suite à l'émergence des médias sociaux et des "pure players" qui publient uniquement en ligne. Si le nombre de publications papier diminue, le citoyen n'a jamais eu accès à un aussi large éventail de sources d'informations provenant du monde entier.

De nouvelles publications disponibles exclusivement en ligne ont été créées, qui explorent divers modèles journalistiques et commerciaux. En France, les sites d'information Rue89 et Mediapart sont parvenus à se faire une place dans le paysage médiatique, en révélant par exemple des scandales publics. D'autres utilisent du contenu généré par les utilisateurs, ce qui leur permet de travailler à faible coût en employant un minimum de personnel. C’est le cas par exemple duHuffington Post aux Etats-Unis qui a récemment lancé une version britannique de son site.

De manière plus générale, les journalistes professionnels n'ont plus le monopole de l'information, dans la mesure où ils sont en concurrence avec le contenu généré par les utilisateurs qui est publié en ligne sur des blogs ou des sites de "microblogging" comme Twitter. Les évènements « sur le terrain » sont de plus en plus souvent relayés "en direct" sur Twitter par des anonymes, même s'il reste difficile d'évaluer la fiabilité des informations fournies.

Face à l'émergence des médias sociaux et de l'Internet, il est dès lors sans doute plus difficile que jamais pour les gouvernements de contrôler l'information. Cet état de fait a été illustré cette année par les « super-injonctions » délivrées par des tribunaux britanniques qui ont interdit la publication de certaines informations qualifiées de diffamatoires concernant diverses personnalités. Malgré ces mesures, bon nombre de ces informations ont été relayées en ligne via Twitter ainsi que sur les sites de journaux écossais et irlandais, contournant ainsi l'interdiction.

La question de la censure des médias sociaux comme Twitter et Facebook a également été soulevée au Royaume-Uni, où les sites Internet ont été montrés du doigt dans les émeutes de 2011. Dans un discours au parlement, le Premier Ministre David Cameron a affirmé que son gouvernement « travaillait avec la police, les services de renseignement et les secteurs concernés pour déterminer s'il serait judicieux d'empêcher certaines personnes de communiquer via ce genre de site web lorsque l'on sait qu'elles prévoient des actes de violence, des émeutes ou des actes criminels ». Certains Britanniques ont été emprisonnés pour avoir publié des commentaires incendiaires par le biais des médias sociaux pendant les émeutes.

Europe occidentale : l'Italie et la France

L'Europe occidentale, longtemps bastion de la liberté de la presse sur le continent, n'a pas échappé aux récentes tendances. Si de nombreux pays d'Europe du Nord sont parmi les plus libéraux au monde en ce qui concerne les médias, la situation s’est dégradée dans de nombreux autres pays, particulièrement en Italie et en France.

Même si la censure pure et simple reste relativement rare, ces dernières années ont vu l'émergence de problèmes liés à la concentration des médias et à l'influence des magnats de la presse sur la sphère politique.

La situation de l'Italie est unique, étant donné que le principal magnat de la presse, Silvio Berlusconi, est également premier ministre. La grande majorité des médias audiovisuels italiens sont donc directement ou indirectement contrôlés par M. Berlusconi à travers les médias publics, son empire commercial privé ou ses associés.

Propriétaire de Mediaset, une entreprise privée, M. Berlusconi, gère également les trois chaînes télévisées nationales, la principale agence de publicité italienne, Publitalia, et la plus grande maison d'édition du pays, Mondadori. Son frère, Paolo, contrôle le quotidien milanais Il Giornale et sa femme, Veronica Lario, détient une part majoritaire dans Il Foglio, journal de centre-droit.

L'Economist Intelligence Unit estime que l'Italie est une « démocratie biaisée », notamment à cause des pressions exercées sur la RAI, qui ont mené la chaîne publique à « choisir de limiter la couverture, voire à ignorer complètement certaines informations négatives concernant M. Berlusconi ou ses proches associés, et ce à plusieurs reprises ». Le groupe cite également la « pression politique exercée sur la RAI pour qu'elle annule ou écourte plusieurs programmes populaires de gauche pour leurs critiques de M. Berlusconi ».

Dans la même veine, l'ONG américaine Freedom House, qui lutte pour les droits civiques et politiques, estime que l'Italie est le seul pays « partiellement libre » en Europe occidentale en termes de liberté de la presse. Elle dénonce même une détérioration de la situation en 2010 due aux « tentatives plus nombreuses du gouvernement d'interférer avec la politique éditoriale des médias publics, surtout en ce qui concerne la couverture des scandales liés au premier ministre, Silvio Berlusconi ».

M. Berlusconi a tenté d'utiliser son pouvoir politique pour légiférer afin de se protéger des critiques des médias. En 2010, Reporters sans frontières a relevé que seule une mobilisation sans précédent des médias nationaux avait permis de rejeter une loi visant à interdire la publication du contenu de conversations téléphoniques interceptées, l'une des principales sources utilisées dans le journalisme judiciaire et d'investigation.

Au niveau européen, l'UE s'est souvent trouvée dans le rôle d'arbitre dans des affaires de concurrence entre les entreprises de M. Berlusconi et d'autres médias. En juillet 2010, la Commission européenne a tranché en faveur de Sky Italia, détenue par Rupert Murdoch, lui permettant de demander une fréquence terrestre numérique et donc d'entrer en compétition avec la RAI et Mediaset. En juillet dernier, la Cour européenne de justice a décidé que le passage de Mediaset de l'analogique au numérique entre 2004 et 2005 avait été illégalement subventionné, ce qui a ouvert la voie à un remboursement de plusieurs millions d'euros.

S'agissant du crime organisé et de leurs liens avec certains partis politiques, les  journalistes ayant dévoilé des informations ont dû vivre sous la protection de la police par peur de représailles. Le plus célèbre d'entre eux, Roberto Saviano, a enquêté sur la Camorra, une organisation criminelle du sud de l'Italie en partie responsable de la crise périodique des déchets à Naples.

La France est aussi un pays où la liberté de la presse prête à discussion. Comme pour l'Italie, l'Economist Intelligence Unit a dégradé la France au statut de « démocratie biaisée » l'an dernier, affirmant que la « pression exercée sur les journalistes et les médias électroniques avait donné lieu à un déclin de la liberté de la presse ».

Les relations entre le gouvernement français et les médias ont été mises en lumière lors de l'affaire Woerth-Bettencourt en 2010. Le site Internet Mediapart, qui a joué un rôle clé dans la couverture du scandale en publiant différents éléments à charge, a été la cible d'attaques verbales par des ministres français, le qualifiant « de site de ragots » et l'accusant d'utiliser des « méthodes fascistes ». En novembre 2010, l’Etat a poursuivi ce site web pour diffamation.

Les bureaux deMediapart et duMonde ont par la suite été cambriolés et des ordinateurs portables ainsi que des CD de journalistes couvrant le scandale ont disparu. Les bureaux des sites Internet Rue89 et MyEurop ont également été visités. La présidence a été accusée par Le Monde d'avoir utilisé les services secrets pour identifier ses sources sur l'affaire Woerth-Bettencourt, notamment grâce à des écoutes téléphoniques.

Europe centrale et orientale : censure et influence politique

Les ONG internationales estiment que la liberté de la presse est particulièrement menacée en Europe centrale et orientale, notamment en Hongrie, en Roumanie et en Bulgarie.

Le cas Hongrois en particulier a attiré l'attention suite à l'adoption d'une loi restreignant la liberté des médias. Cette loi, entre autres, institue un Conseil national des médias pouvant imposer des amendes aux journaux et radiodiffuseurs. Ces amendes peuvent atteindre plus de 85 000 euros pour les journaux et 650 000 euros pour les diffuseurs.

L'adoption de cette loi a été très controversée et critiquée par la France, de nombreux eurodéputés libéraux et verts, Freedom House, le Comité pour la protection des journalistes et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Ces organismes ont fait pression sur le gouvernement hongrois pour qu'il modifie la loi, mais les changements apportés au texte n’ont pas convaincu tout le monde.

En plus de cette loi, le gouvernement a fait adopter une nouvelle constitution qui, selon certains, renforcerait considérablement la mainmise du parti au pouvoir. Cette décision a également été critiquée par les eurodéputés libéraux qui l'ont qualifiée de « cheval de Troie de l'autoritarisme ».

Freedom House avance que la Bulgarie et la Roumanie sont deux pays à avoir obtenu des résultats plus médiocres en termes de démocratie que lors de leur adhésion à l'Union en 2007. En Roumanie, les médias papier et audiovisuels sont politisés en raison du contrôle de plusieurs milliardaires et des anciens et actuels hommes politiques. Freedom House affirme que le « secteur des médias est dominé par une poignée de personnes ayant des intérêts politiques comme financiers ».

En juin 2010, le gouvernement roumain a qualifié les médias du pays de « menace à la sécurité nationale ». Dans un document de la défense nationale, le pouvoir critique ce qu'il décrit comme des « campagnes médiatiques orchestrées pour dénigrer les institutions publiques en diffusant de fausses informations ».

En Bulgarie, le Bureau national d'audit a dénoncé la corruption des médias par l’Etat. Selon le Bureau, le ministre du travail et des affaires sociales aurait versé plus de 300 000 euros à au moins 16 médias entre 2008 et 2009 pour s'assurer une couverture favorable.

De manière générale, Freedom House affirme que les journalistes en Bulgarie « continuent de subir des pressions et des intimidations vouées à protéger des intérêts économiques, politiques et criminels. Les auteurs de ces délits opèrent souvent en toute impunité, ce qui conduit à une certaine autocensure chez les journalistes ».

Pays candidats : un nouvel autoritarisme ?

La liberté de la presse et d'expression fait partie des critères d'adhésion à l'UE. Toutefois, au cours de ces dernières années, la liberté de la presse s’est dégradée dans de nombreux pays candidats. Dans un rapport sur l'élargissement publié en novembre dernier, la Commission européenne a établi que la situation était en réalité moins bonne qu'auparavant dans certains pays candidats, dont la Turquie et les Balkans occidentaux.

En Turquie notamment, la situation s'est détériorée. Reporters sans frontières classe le pays à la 138e place s'agissant de la liberté de la presse, juste devant l'Ethiopie et la Russie. L'organisation met en avant la multiplication des procès, les incarcérations et les décisions de justice visant des journalistes, surtout ceux qui traitent la question de la minorité kurde.

Le rapport de Freedom House sur la liberté de la presse mentionne que le Parti pour la justice et le développement (AKP) au pouvoir « a continué de prendre des mesures pour éviter les couvertures médiatiques qui lui seraient défavorables en 2009 ». Le parti aurait pour ce faire poursuivi 323 journalistes, éditeurs et activistes cette année-là.

L'article 5 du code pénal turc pose particulièrement problème, dans la mesure où il interdit d'« insulter la nation turque ». Orhan Pamuk, lauréat du Prix Nobel de littérature, a été poursuivi pour avoir enfreint cet article en 2005 par ses déclarations concernant le génocide arménien. En novembre dernier, la Turquie a instauré une interdiction visant le site de partage de vidéos YouTube. La représentante de l'OSCE pour la liberté des médias, Dunja Mijatovi?, a récemment déclaré que quelque 57 journalistes étaient emprisonnés dans le pays.

Ces évènements ne sont pas passés inaperçus auprès des autorités occidentales. En mars 2011, le commissaire européen à l'élargissement, Štefan Füle, a critiqué la Turquie suite à l'arrestation de sept journalistes accusés d'avoir été impliqués dans un coup d'Etat. Il a déclaré : « Le droit turc ne garantit pas suffisamment la liberté d'expression comme la définissent la Convention européenne des droits de l'Homme et la Cour européenne des Droits de l'Homme ». Lors d'une visite à Istanbul en juillet, la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a elle aussi enjoint à la Turquie de respecter les droits de l'Homme et la liberté de la presse.

Au niveau politique, le parti au pouvoir du premier ministre Recep Tayyip Erdo?an, a remporté une large majorité aux élections législatives de juin 2011, lui offrant presque assez de voix pour adopter une nouvelle constitution sans le soutien des autres partis. Ce résultat électoral a été facilité par la disqualification des candidats kurdes, notamment Leyla Zana, lauréate du prix Sakharov, et par le boycott de l'opposition au parlement

L'avenir de la liberté de la presse en Turquie dépend en grande partie de la décision de M. Erdo?an quant à l'adoption d'une nouvelle constitution et le cas échéant, de ce que cette dernière garantira en matière de liberté de la presse.

La situation est également difficile en Macédoine, pays candidat à l'Union. En juin 2011, EURACTIV a publié des câbles WikiLeaks dans lesquels des diplomates américains affirmaient que le premier ministre, Nikola Gruevski, instaurait un « climat de peur » au sein de l'opposition et de la société civile. En janvier, l'opposition a quitté le parlement, protestant contre le blocage par le gouvernement des comptes bancaires de plusieurs médias.

Ces évènements, ajoutés à d’autres tels que la détérioration des relations du pays avec la Grèce, ont conduit le commissaire Stefan Füle à remettre en question les perspectives d'adhésion de la Macédoine. « Si nous avons l'impression que la situation régresse plus qu’elle ne progresse, qu'au lieu d'avancer, vous reculez, nous réévaluerons sans doute notre recommandation s'agissant de lancer les négociations d'adhésion », a-t-il déclaré.

Peu après, le 4 juillet, des centaines de journalistes ont défilé à Skopje pour protester contre la fermeture de plusieurs journaux et les pressions exercées par le gouvernement sur les médias indépendants.

En Croatie, le 16 septembre, il a été signalé qu'un journaliste du journal Vecernji List aurait été convoqué par la police, suite à la publication d'un article d'investigation sur les partis illégaux et le financement électoral. Ce journaliste a subi des pressions pour révéler ses sources, mais a refusé de céder.

Le pays a achevé ses négociations d'adhésion en juin dernier et deviendra membre de l'Union européenne le 1er juillet 2013.

Réactions

S'agissant de la controverse entourant la loi sur les médias en Hongrie, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a souligné l'importance de la liberté de la presse dans l'UE. « La liberté des médias est un principe sacré. Il s'agit d'un problème de valeurs, il n'y a pas de doute à avoir. Dans l'Union européenne, la liberté des médias est un principe sacré. C'est un principe fondamental », a-t-il affirmé.

Le secrétaire général de Reporters sans frontières, Jean-François Julliard, a commenté la publication par son organisation de l'indice de la liberté de la presse en disant : « Il est inquiétant de constater que plusieurs Etats membres de l’Union européenne continuent de perdre des places dans le classement. Si elle ne se ressaisit pas, l’Union européenne risque de perdre son statut de leader mondial dans le domaine du respect des droits de l’Homme. Comment pourra-t-elle alors se montrer convaincante lorsqu’elle demandera aux régimes autoritaires de procéder à des améliorations ? Il est urgent que les pays européens retrouvent leur statut d’exemplarité ».

Aidan White est l'ancien secrétaire général de la Fédération Internationale des Journalistes. Il défend depuis longtemps la liberté de la presse et est membre du conseil consultatif de la Fondation EURACTIV Politech. Il a déclaré lors d'un entretien : « Il existe de nombreux problèmes au sein de l'Union européenne, mais je pense que ces problèmes sont encore plus criants en Europe de l'Est et du sud-est. Ces pays sont encore en transition politique. Il y a eu une importante controverse à cause des changements qui se sont opérés en Hongrie en début d'année ».

« Je pense que cette controverse a révélé qu'il ne s'agissait pas uniquement d'un problème hongrois. Je pense qu'il existe de nombreux pays en Europe orientale et dans les Balkans la relation entre la politique et les médias n'est pas suffisamment claire et de sérieux problèmes doivent être réglés en matière de journalisme », a-t-il ajouté.

Reijo Kemppinen, directeur général pour la presse et la communication au Conseil européen, a déclaré lors d'un entretien accordé à EURACTIV que la modification de la structure des médias affectait le journalisme de manière négative. Les journalistes « doivent couvrir les mêmes informations en trois ou quatre formats différents : imprimé, audiovisuel et Internet », a-t-il expliqué.

Il a ajouté que « même aux mains des plus qualifiés, et les journalistes sont qualifiés, cela a automatiquement un impact sur la qualité du journalisme. Il n'est peut-être pas devenu moins exact, mais il est devenu plus rapide et donc moins profond ».

Philippe Cayla, PDG d'Euronews, a affirmé que le soutien public des médias était une question délicate, mais que le problème avait été résolu dans des pays tels que la Grande-Bretagne et l'Allemagne via l'imposition de redevances pour les radiodiffuseurs publics.  « Idéalement, il faudrait une redevance européenne, et que cette redevance soit redistribuée par une organisation indépendante à un certain nombre de médias publics européens. Mais on en est très loin aujourd'hui », a-t-il ajouté.

L'eurodéputé Jean-Marie Cavada (PPE ; France), président de l'intergroupe Media au Parlement européen, s'est exprimé en faveur d'une intervention de l'UE, déclarant : « Franchement, croyez-vous que le journal français l’Humanité, l’organe du parti communiste, qui est très fortement subventionné en raison de sa mauvaise santé économique, a perdu un gramme d’indépendance ?».

« Je voudrais également ajouter que je ne partage pas ce sentiment qui règne parfois en Europe et qui décrit la subvention publique comme quelque chose de contre-productif. Internet a été créé il y a maintenant quarante ans par la subvention de crédits militaires américains », a-t-il ajouté.

Prochaines étapes

  • années 1970 : la fin du monopole des radiodiffuseurs publics en Europe voit l'émergence des « radios communautaires », dont la plupart était au départ des radios pirates.
  • années 1980 : développement de la télévision par satellite et premières tentatives de mise en place d'une politique audiovisuelle européenne.
  • 1981 : News International, de Rupert Murdorch, rachète The Times de Londres.
  • 1984 : la Commission lance une consultation publique (livre vert) pour établir un marché commun de la radiodiffusion.
  • 1989 : l'UE adopte la directive Télévision sans frontières (TSF), seule législation européenne traitant directement de la presse et de la radiodiffusion.
  • années 1990 : développement d'Internet en tant que moyen de communication.
  • 1997 : apparition du terme « weblog ».
  • 1999 : création du site de petites annonces Craigslist.
  • 1999 : création de la plate-forme de blogs Blogger.
  • 2005 : la Commission européenne propose une révision de la directive Télévision sans frontières pour s'adapter au développement rapide d'Internet. La législation est renommée Directive sur les services de médias audiovisuels (SMA).
  • 2006 : création de la plate-forme de microblogging Twitter.
  • 2007 : l'UE adopte la Directive sur les services de médias audiovisuels (SMA).
  • 2007-2009 : lancement en France du média en ligne « pure player » Rue89, Slate.fr et Mediapart.
  • 2009 : signature de la Charte européenne pour la liberté de la presse.
  • 2011 : lancement du Huffington Post UK.

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