Des émeutes éclatent à Athènes sur fond de violence policière

Des émeutes ont éclaté dans la périphérie d’Athènes mardi (9 mars) à la suite d’affrontements entre des agents de police et des protestataires, tandis que le gouvernement et l’opposition s’accusent mutuellement de vouloir tirer profit de la pandémie pour asseoir leur influence politique. [EPA-EFE/ORESTIS PANAGIOTOU]

Des émeutes ont éclaté dans la périphérie d’Athènes mardi (9 mars) à la suite d’affrontements entre des agents de police et des protestataires, tandis que le gouvernement et l’opposition s’accusent mutuellement de vouloir tirer profit de la pandémie pour asseoir leur influence politique.

Environ 6000 personnes se sont rassemblées mardi soir (9 mars) sur une place du quartier de Néa Smýrni à cinq kilomètres d’Athènes pour manifester contre des actes de violence qui auraient été perpétrés par des agents de police à la suite d’affrontements ce week-end.

Au cours des émeutes, un officier de police aurait été gravement blessé par un groupe de manifestants, eux-mêmes attaqués par d’autres agents. Des vidéos postées sur les réseaux sociaux semblent toutefois montrer que ces derniers auraient fait usage de la violence contre la foule.

Dans une allocution télévisée, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a appelé au calme, arguant que « la rage aveugle ne men[ait] nulle part ».

« Je m’adresse ici particulièrement à la jeune génération dont le destin est de créer et non de détruire […] Je ne laisserai personne diviser la société grecque », a-t-il ajouté.

Ces actes de violence font vraisemblablement suite à un incident qui s’est produit ce week-end sur la même place, lors duquel des unités de police ont commencé à contrôler l’identité de passants de façon arbitraire, suscitant de vives réactions de la part de certains.

Les médias grecs ont révélé qu’un groupe de policiers était alors devenu violent. Des vidéos sur le web montrent des agents frappant des citoyens à coup de matraque et utilisant des gaz lacrymogènes pour disperser la foule. Les autorités policières ont par la suite déclaré que les officiers avaient été attaqués par un rassemblement de personnes.

Les politiques grecs de l’opposition ont depuis critiqué la police, avançant que les mesures prises étaient disproportionnées. Une enquête est en cours.

L’association des policiers grecs a entretemps publié un communiqué invitant les partis politiques à endosser leur responsabilité et à stopper « l’exploitation politique de l’institution policière ».

Le principal parti de gauche dans l’opposition Syriza s’est montré particulièrement critique envers le parti conservateur au pouvoir Nouvelle Démocratie, l’accusant de vouloir créer un État policier sous le couvert de la pandémie. Le gouvernement a réfuté ces accusations et, à son tour, accuse Syriza de vouloir tirer profit du virus pour asseoir son influence politique en soutenant les manifestations.

« L’invitation officielle de Syriza appelant les citoyens à participer aux manifestations est un acte irresponsable qui sape les mesures visant à endiguer la propagation du virus », a appuyé M. Mitsotakis.

Athènes est désormais confrontée à une recrudescence du nombre de cas de contamination par le nouveau coronavirus, tandis que la situation économique du pays demeure fragile en raison d’un confinement strict en vigueur depuis novembre.

Mardi, la Grèce enregistrait un nombre record de 3 215 nouveaux cas de Covid-19 en 24 heures. Alors que le système sanitaire est à nouveau sur la corde raide, le pays semble avoir perdu tout contrôle de la situation.

De son côté, le parti de gauche Syriza affirme que les affrontements récents sont une conséquence directe de la mauvaise gestion de la pandémie par le gouvernement et que le Premier ministre a lui-même suscité les courroux des citoyens après avoir enfreint les restrictions à deux reprises.

« Au lieu de prendre des mesures efficaces pour protéger la santé des citoyens, le gouvernement utilise la pandémie comme un moyen pour prendre des mesures restrictives et perpétrer des actes de répression », a indiqué le porte-parole de Syriza Nasos Iliopoulos à Euractiv.com, ajoutant que les violences du week-end dernier n’étaient pas un cas isolé.

Dans ce contexte, il est « inconcevable » que le gouvernement ait recruté 1 000 officiers spéciaux sans leur donner de formation officielle, a-t-il renchéri, appelant le Premier ministre à limoger le chef de l’autorité policière et le ministre concerné.

« Tous ceux qui croyaient que M. Mitsotakis affichait un profil libéral ont eu tort. Le gouvernement fait de la crise sanitaire une crise démocratique et institutionnelle », soutient M. Iliopoulos.

D’autres détracteurs laissent entendre que le leader de l’opposition et figure de proue de Syriza Alexis Tsipras souhaite exploiter les vulnérabilités du gouvernement pour retrouver sa place au pouvoir.

« Nous traversons la période la plus difficile de la pandémie. Les urgences sont saturées. Il y a quelques jours, un bébé de 27 jours seulement est décédé à cause du SARS-CoV-2. Et Alexis Tsipras appelle la population à descendre dans la rue », ont fait savoir des sources gouvernementales.

En outre, le recrutement de 1 000 agents des forces spéciales « faisait partie de notre programme gouvernemental avant la pandémie […] Nous avons doublé la capacité des services d’urgences et engagé 12 000 professionnels de la santé pendant la pandémie », ont poursuivi les représentants grecs.

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