La Croatie veut une adhésion rapide à l’espace Schengen et à la zone euro

Andrej Plenković, le Premier ministre croate. [Georgi Gotev]

Le Premier ministre croate a clairement indiqué que son pays souhaitait intégrer le plus rapidement possible les cercles internes de l’UE : l’espace sans frontières de Schengen et la zone euro.

Pour inaugurer la présidence croate de l’UE, une première pour le dernier pays à avoir adhéré à l’UE, le Premier ministre Andrej Plenković a rencontré le 8 janvier une soixantaine de journalistes à Bruxelles.

Outre les priorités définies pour la durée du mandat, le Premier ministre a souligné que son pays s’était fixé deux grands objectifs : l’adhésion à Schengen et à la zone euro.

Parmi les 12 pays qui ont rejoint l’UE en 2004 et 2007, la Pologne, la République tchèque, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie sont toujours en dehors de la zone euro. Ces deux dernières se sont également vu refuser à plusieurs reprises l’adhésion à Schengen par les anciens États membres, contre l’avis de la Commission européenne.

Les 13 nouveaux membres ont tous l’obligation, en vertu de leur traité d’adhésion à l’UE, de rejoindre la zone euro dès qu’ils y sont prêts. Mais ils ne sont pas tous pressés de le faire.

La Pologne, en particulier, freine des quatre fers. A l’inverse, la Bulgarie ambitionne de devenir le prochain pays de l’UE à rejoindre la zone euro. La prochaine étape pour Sofia est d’intégrer l’antichambre de l’euro (ERM 2) au printemps prochain.

Andrej Plenković a indiqué que la Croatie avait adopté en mai 2018 une stratégie pour rejoindre la zone euro, et en juillet de l’année dernière, elle a commencé à travailler sur un plan d’action pour remplir les critères listés dans le cadre de l’ERM 2. Six institutions croates ont planché sur 19 mesures dans neuf domaines d’action pour atteindre ces objectifs, a-t-il précisé.

Brexit et élargissement au menu de la présidence croate de l'UE

Le ministre des Affaires étrangères croate Goran Grlic Radman a précisé mercredi les motifs des priorités qu’elle s’est fixé. Si le Brexit reste au coeur des débats, la question de l’élargissement est un sujet plus propre aux Balkans.

Concernant la candidature de la Croatie à l’espace Schengen, le Premier ministre s’est dit très satisfait du rapport rédigé par la Commission Juncker, car le document considère le pays comme apte à assurer la garde les frontières extérieures de l’UE. Cette évaluation positive est intervenue après des années de consultations, de missions, de vérifications et de mise à profit des fonds européens dédiés, a-t-il souligné.

Andrej Plenković a reconnu que la crise migratoire avait eu des conséquences politiques profondes sur l’UE. A cette période, il a indiqué que 700 000 migrants avaient traversé le territoire croate pour rejoindre des pays plus riches de l’UE.

« Après la chute du mur de Berlin, je ne me souviens d’aucun autre événement qui ait eu autant de répercussions sur l’architecture et l’ambiance au sein des États membres de l’Union européenne », a-t-il déclaré.

La réponse, estime le Premier ministre, passe par le renforcement des frontières extérieures de l’UE, en particulier celle entre la Grèce et la Turquie et celle entre la Bulgarie et la Turquie. Sans oublier la consolidation de la frontière croate, longue de 1 351 km.

« Bien qu’elle ne paraisse pas si longue sur la carte, notre frontière avec la Serbie, la Bosnie-Herzégovine et le Monténégro est en fait plus longue que la frontière russo-finlandaise », a-t-il précisé.

Mais la Croatie ne veut pas ériger de nouveaux murs, a assuré Andrej Plenković. La Bosnie-Herzégovine compte une importante communauté croate et construire de nouvelles barrières « entre les Croates et les Croates » n’est pas « le bon message politique » à envoyer, a-t-il ajouté.

Les priorités environnementales de la présidence croate

Green Deal, PAC, biodiversité, mais aussi financements à moyen terme de l’Europe sont au menu de la présidence croate de l’Union européenne, qui a débuté mercredi 1er janvier.

Le politicien a été interrogé sur le degré d’attractivité de l’espace Schengen actuel, dans lequel les pays membres rétablissent individuellement les contrôles aux frontières et sur le temps qu’il faudra à la Croatie pour rejoindre l’espace Schengen, notamment par rapport à la Bulgarie et la Roumanie.

« Nous voulons rejoindre l’espace Schengen dans sa version originale, plutôt que le Schengen avec des frontières intérieures, alors que les États membres ont presque oublié ce que c’était de voir la police à la frontière », a-t-il répondu.

Le Premier ministre croate a admis que la Bulgarie et la Roumanie étaient toutes deux en avance sur la Croatie concernant leur candidature à l’espace Schengen, mais il a souligné que les trois pays étaient « au même niveau » en termes d’évaluation positive par la Commission.

Il estime cependant que la Croatie bénéficie d’un avantage : la Bulgarie et la Roumanie sont toujours soumises au mécanisme de coopération et de vérification (CMV). Établi comme une condition pour leur adhésion à l’UE en 2007, il mesure leurs progrès, notamment en matière de lutte contre la corruption. La Croatie, elle, a rejoint l’UE en 2013 sans un tel mécanisme.

Certains États membres, en particulier les Pays-Bas, ont rejeté les candidatures de la Bulgarie et de la Roumanie à l’espace Schengen, au motif qu’elles étaient toujours soumises au CMV, bien que juridiquement parlant, les deux questions ne soient pas liées.

« Contrairement à la Bulgarie et à la Roumanie, la Croatie ne doit pas se plier à un tel mécanisme », a souligné Andrej Plenković. Il s’est dit conscient qu’il s’agissait pour Sofia et Bucarest d’un point sensible, comme il a pu l’observer à de nombreuses reprises lorsque la question a été soulevée au Conseil.

Interrogé sur le calendrier envisagé pour la candidature de la Croatie à Schengen, le Premier ministre a livré une réponse prudente.

« Nous insisterons sur cet objectif, mais je sais que ce ne sera pas un dossier fondé sur la considération exclusive de nos mérites propres », a-t-il déclaré, ajoutant que la Croatie ferait tout pour consolider sa position. Ce qui implique d’accomplir certains progrès dans le cadre de la réforme du système d’asile de Dublin, où la principale pierre d’achoppement est la répartition des demandes des migrants entre les États membres de l’UE.

La Croatie veut défendre la politique régionale durant sa présidence de l’UE

Le plus jeune membre de l’UE compte militer pour un maintien du budget de la politique de cohésion lors de sa présidence du Conseil de l’UE.

Les diplomates croates avec lesquels Euractiv s’est entretenu officieusement ont confirmé que la Croatie avait pour objectif de rejoindre l’espace Schengen avant la Bulgarie et la Roumanie. En tout cas, ont-ils assuré, la Croatie ne voudra pas faire partie d’un « paquet » avec Sofia et Bucarest.

Les diplomates ont cependant admis que la Slovénie pourrait soulever des objections sur une question sans rapport avec le sujet, à savoir le différend frontalier bilatéral sur la baie de Piran.

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