Noces de coton pour Martin Selmayr à la tête de la représentation permanente de l’UE à Vienne

Au premier regard, la carrière politique de Martin Selmayr surprend : d’abord secrétaire général de la Commission européenne à Bruxelles, il a ensuite été recasé à la tête de la représentation permanente du bloc à Vienne. EPA-EFE/OLIVIER HOSLET

Au premier regard, la carrière politique de Martin Selmayr surprend : d’abord secrétaire général de la Commission européenne à Bruxelles, il a ensuite été recasé à la tête de la représentation permanente du bloc à Vienne. Un article d’Euractiv Allemagne.

L’annonce de Martin Selmayr à la tête de la représentation permanente de la Commission européenne en Autriche en a fait sourciller plus d’un, même son prédécesseur Jörg Wojahn. « Il était le plus haut fonctionnaire au sein du Berlaymont. Nous, les chefs des représentations permanentes, n’avons pas cette stature. Cependant, nous sommes flattés de voir que notre travail peut également intéresser un secrétaire général », a indiqué M. Wojahn, désormais représentant de la Commission européenne à Berlin, dans un entretien avec Euractiv Allemagne. MM. Wojahn et Selmayr se connaissent depuis bien longtemps, ils ont étudié ensemble à Passau en Bavière jusqu’en 1997.

En tant qu’ancien secrétaire général de l’exécutif européen, Martin Selmayr était le bras droit du président de l’époque Jean-Claude Juncker. À l’arrivée d’Ursula von der Leyen en juillet 2019, M. Selmayr a été contraint remettre le flambeau – une majorité d’Allemands aux postes haut gradés de l’UE aurait fait mauvaise impression, d’autant plus qu’il était prévu pour l’Allemagne de reprendre les rênes du Conseil de l’UE au deuxième trimestre de 2020.

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Qu’allait-il donc advenir de l’homme politique ? Plusieurs choix se présentaient à lui, d’après M. Wojahn. Selon la rumeur, une place à la direction d’une délégation de l’UE dans un pays tiers, plus particulièrement les États-Unis, l’attendait à la sortie. Toutefois, celui-ci voulait se rendre à Vienne, et ce depuis longtemps, explique son prédécesseur. Lors de ses visites, M. Selmayr se montrait toujours enthousiaste par ce « poste formidable [au sein de la représentation européenne à Vienne] ». Tandis que le mandat de M. Wojahn expirait novembre 2019, il n’a appris son déménagement à Berlin qu’après la confirmation de M. Selmayr en tant que successeur viennois en juillet 2019.

Tourné vers la politique et plus connu  

Les façons qu’ont eues MM. Wojahn et Selmayr d’appréhender ce poste sont différentes à bien des égards, souligne Paul Schmidt, secrétaire général de la Société autrichienne de la politique européenne (ÖGfE). Celui-ci travaille en étroite collaboration avec la représentation de la Commission européenne dans le cadre de nombreux évènements, plans d’action et analyses politiques.

« M. Selmayr est bien plus tourné vers la politique, plus actif et plus connu ». Ces divergences s’expliquent par le bagage respectif des deux hommes. Jörg Wojahn vient du monde journalistique, il a la plume facile. Martin Selmayr dispose d’une formation en communication, il parle comme un oracle. Lors de débats au sein de la représentation, il insiste souvent pour engager le dialogue, ajoute M. Schmidt.

Il dispose d’un accès direct au sérail politique, en raison de son réseau varié – et « son nom le précède », soutient M. Schmidt. « Il n’est pas apprécié de tous, mais tous le connaissent ». Aux yeux de Jörg Wojahn, « une personne affichant l’expérience et l’expertise de Martin Selmayr a, bien entendu, de quoi impressionner ». Cependant « il ne convainc pas tout le monde », poursuit Paul Schmidt, citant l’exemple du différend avec le ministre autrichien des Finances Gernot Blümel (ÖVP).

Maille à partir avec le ministre des Finances

En septembre, Gernot Blümel a adressé une demande (ou notification) à la Commission européenne afin d’accorder de nouvelles aides financières publiques aux entreprises. Une demande que l’exécutif avait refusée, en raison d’un vice de forme – qui aurait pu être rapidement corrigé selon Martin Selmayr.

M. Blümel avait alors exprimé son  mécontentement face à ce refus. Le représentant européen s’était d’ailleurs interrogé sur cet emportement dans un entretien avec la « Presse » autrichienne, tout en déclarant que « nous avions naturellement conscience que la campagne électorale battait son plein à Vienne ». À l’époque, M. Blümel était tête de liste du parti populaire autrichien (ÖVP). M. Selmayr lui avait reproché son « arrogance ». Finalement, lors d’une réunion entre les deux hommes, Gernot Blümel a reformulé sa demande, qui a obtenu le feu vert.

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Un avenir incertain

Toutefois, ce n’est ici que le seul conflit ayant opposé le responsable du bloc au gouvernement autrichien, selon des sources européennes. L’entente entre M. Selmayr et le sérail politique autrichien va bon train, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle régionale. Lors du conflit avec le ministre des Finances, plusieurs ministres et représentants des Länder l’auraient appelé pour avoir vent de ce qui s’était réellement passé.

L’avenir de M. Selmayr reste incertain. Il souhaiterait demeurer à Vienne jusqu’en 2024, et devrait ensuite déménager, pour autant qu’il veuille encore diriger une représentation permanente. « Il est là pour rester », estime Paul Schmidt, car Vienne présente « énormément d’opportunités de travail » pour l’ancien haut fonctionnaire européen, notamment dans le domaine académique. À l’heure actuelle, Martin Selmayr enseigne déjà à la Donau-Universität Krems. Raccrochera-t-il un jour les gants de la politique européenne ? Reste à voir.

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