Les lobbyistes d’Exxon persona non grata au sein des institutions européennes ?

ExxonMobil a refusé de se présenter à une audition du Parlement européen sur son passé climato-sceptique. La chambre aurait pu en retour interdire l’accès de ses lobbyistes aux institutions européennes. Ce qu’elle n’a pas fait.

Les lobbyistes d’ExxonMobil ont été à deux doigts de perdre leur badge d’accès au Parlement européen, puisque l’entreprise ne s’était pas présentée à une audition sur la question du déni du changement climatique, organisée le 21 mars dans l’hémicycle européen.

Le règlement du Parlement permet en effet à l’assemblée européenne de retirer les badges d’accès permanents aux représentants des entreprises au cas où le titulaire « refuserait, sans justification suffisante, de se conformer à une convocation formelle pour assister à une audition ou à une réunion de commission ou pour coopérer avec une commission d’enquête ».

Mais la Conférence des présidents, la plus haute autorité du Parlement européen, n’a pas pris de décision sur la demande d’interdiction, présentée par l’eurodéputée écologiste Molly Scott Cato.

« Leur décision de ne pas révoquer les badges des lobbyistes de l’entreprise montre à quel point l’emprise de l’industrie des combustibles fossiles continue de paralyser les politiciens européens », a déclaré Frida Kieninger, militante chez Food and Water Europe.

« Le fait que de nombreux dirigeants du Parlement européen n’aient pas réussi à adopter une position ferme sur les actions injustifiées d’Exxon montre la faiblesse consciente de la seule institution européenne directement élue face au lobbying des entreprises », a quant à elle dénoncé Myriam Douo, militante des Amis de la Terre.

« À quelques semaines des prochaines élections européennes, nous enjoignons les citoyens à se demander si le représentant qu’ils soutiennent les défendra ou s’il protégera l’industrie des combustibles fossiles », a-t-elle poursuivi.

Les géants du pétrole dépensent tous azimuts pour et contre le climat

Les cinq géants du pétrole et du gaz ont dépensé plus d’un milliard de dollars pour redorer leur blason vert depuis l’accord de Paris. Mais continuent parallèlement d’investir massivement dans les combustibles fossiles.

Accusations

Exxon avait été convoqué à une audition pour témoigner de l’histoire et des conséquences du déni de l’industrie des combustibles fossiles autour du changement climatique. Mais le géant américain du pétrole a décliné l’invitation au motif que « le litige en cours aux États-Unis concernant le changement climatique » empêche l’entreprise de témoigner publiquement sur le sujet.

« Des commentaires publics comme ceux recueillis lors de l’audition pourraient porter préjudice à ces procédures en cours », a soutenu l’entreprise.

Geoffrey Supran, chercheur à l’Université d’Harvard qui a effectué une analyse sur 40 ans d’histoire d’ExxonMobil en matière de communication sur les changements climatiques, a été l’un des rares intervenants à l’audition du 21 mars.

« J’ai expliqué aux eurodéputés que les notes internes de l’industrie des combustibles fossiles montrent que depuis 60 ans elle connaît les dangers potentiels du réchauffement climatique causé par ses produits », a-t-il déclaré.

« Au lieu d’avertir le monde ou d’agir, les entreprises de combustibles fossiles ont pris la mauvaise voie, en passant les 30 dernières années – soit toute ma vie – à saboter la science, à calomnier les scientifiques et à saper la politique pour protéger leurs profits », soutient Geoffrey Supran.

ExxonMobil a rejeté « les accusations fausses » selon lesquelles l’entreprise aurait saboté la recherche scientifique sur le changement climatique. « Les nouvelles études qui prétendent que nous sommes parvenus à des conclusions définitives sur la science du changement climatique des décennies avant les experts du monde entier sont tout simplement inexactes », a déclaré l’entreprise dans un communiqué.

Si ExxonMobil a décliné l’invitation à l’audition parlementaire, l’entreprise a tout de même envoyé la veille une lettre aux eurodéputés, soutenant que les recherches de Geoffrey Supran, pourtant revues par des pairs, étaient « inexactes » et contenaient des « erreurs fondamentales ».

Le chercheur de l’Université Harvard a vigoureusement rejeté ces accusations, dénonçant la tentative d’ExxonMobil de déformer ses travaux scientifiques.

« La lettre de l’entreprise appelle à un ‘examen neutre des faits’, tout en faisant valoir ses arguments en citant un rapport non examiné par des pairs, commandité et payé par ExxonMobil », a-t-il rétorqué. « Ces tactiques sont précisément celles que j’ai résumées dans mon témoignage », a déclaré Geoffrey Supran avec colère.

Des investisseurs veulent mettre un terme au lobbying qui réchauffe le climat

À cinq semaines de la COP24, un groupe de grands investisseurs fait pression sur les entreprises pour qu’elles clarifient leurs stratégies de lobbying sur le climat.

Aider à la transition plutôt que diaboliser

Entre-temps, d’autres ont remis en question les attaques frontales des militants écologistes contre l’industrie des combustibles fossiles, affirmant qu’elles ne faisaient que ralentir la transition énergétique.

« Nous devrions obtenir un large soutien en faveur de notre plus grande capacité à assurer le déploiement massif des énergies renouvelables », a déclaré le Dr Alan Riley, chercheur principal à l’Institute for Statecraft, une organisation à but non lucratif basée à Londres.

« Cela nécessite un soutien de la part de toutes les parties prenantes et de tous les intérêts politiques, et cela implique de s’engager avec les compagnies d’énergie pour les aider à mener à bien la transition, plutôt que de chercher à les cibler et à les diaboliser. »

« Le véritable objectif de l’interrogatoire parlementaire des entreprises du secteur de l’énergie en 2019 devrait certainement être de savoir ce qu’elles font pour assurer la transition énergétique. Combien de ressources de recherche et de développement consacrez-vous à la transition ? Comment comptez-vous intégrer les énergies renouvelables dans vos plans de croissance ? Quelle est votre stratégie de sortie des combustibles fossiles ? », estime-t-il.

« C’est le genre de questions que le Parlement devrait poser à toutes les entreprises de l’énergie américaines, russes, européennes et chinoises », a conclu Alan Riley.

Des investisseurs condamnent le rôle trouble des lobbys européens de l'énergie

Des investisseurs institutionnels internationaux reprochent à neuf multinationales de l’énergie et des mines d’être pro-climat en public et anti-climat en privé. Et leur demandent de quitter les lobbys européens.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.