La Commission prévoit une “révolution” de la communication

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La stratégie pour la communication de la Commission européenne subit des changements d’ordre structurel dans une réorganisation centrée sur le président de la Commission José Manuel Barroso, avec une centralisation accrue des communications publiques, une nouvelle charte organisationnelle et un remaniement important des fonctionnaires hauts placés, a confié à EURACTIV une source proche de la Commission.

 

La nouvelle commissaire en charge de la communication, Viviane Reding, veut provoquer un choc culturel et une véritable révolution des méthodes de communication existantes à Bruxelles. Elle a répliqué son expérience en tant que commissaire en charge de la société de l'information, durant laquelle elle s'était souvent prononcée contre les géants nationaux des télécommunications, à l'encontre des anciennes pratiques, a appris EURACTIV.

Mme Reding informe déjà ses collègues commissaires des principaux changements qu'elle souhaite apporter. Elle profitera du traditionnel séminaire informel des commissaires après les vacances d'été prévu pour les 1er et 2 septembre, pour donner les détails de son projet.

Dans une lettre adressée à M. Barroso, divulguée à EURACTIV en juin (EURACTIV 25/06/10), elle a donné les grandes lignes des changements qu'elle prévoit, mais ses efforts de réforme devraient aller bien plus loin que ce qui a été pour le moment relayé dans la presse.

Personnalisation des politiques de l'UE

La crédibilité et la réussite du projet européen ne peuvent marcher que si la Commission est perçue comme le gouvernement de l'UE. Nous pouvons y arriver en centrant notre communication sur la personne du président, a dit une source proche de la question à EURACTIV, ajoutant que le nouvelle stratégie serait principalement axée sur une plus forte "personnalisation".

Si le gouvernement allemand annonce un projet, c'est le projet de Mme Merkel. En France, ce serait celui de M. Sarkozy. Nous devons faire la même chose à Bruxelles, a poursuivi la source.

Par le passé, ce n’a pas toujours été le cas. Le président Barroso a souvent été mis sur la touche par ses commissaires, au risque de rendre le message de la Commission moins cohérent et plus difficile à saisir pour le citoyen moyen.

Par exemple, Mme Reding était considérée comme la commissaire qui a introduit l'itinérance. Lorsqu'elle a organisé sa conférence sur la réglementation de l'itinérance avec M. Barroso, le président n'est apparu qu'à hauteur de 2 % de la couverture médiatique. Cela doit changer, ont confié des sources de la Commission à EURACTIV.

La plupart des premiers ministres et présidents ont un contrôle direct sur leurs services de presse. Certaines institutions européennes font la même chose. Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, s'assure que le département de la communication de la BCE soit sous sa direction.

Le président de la Commission n'en fait pas de même. M. Barroso a transmis le département des communications de l'exécutif de l'UE à Margot Wallström lors de son précédent mandat, et dans la Commission actuelle Viviane Reding en a la chargé.

Néanmoins, étant donné les expériences de ces dernières années, M. Barroso a peut-être réalisé qu'avoir un commissaire en charge de la communication est inutile et potentiellement contreproductif. Il a de ce fait mis la responsabilité des communications entre les mains d’une de ses plus proches alliées, Mme Reding, qui gère ce domaine parmi d'autres dans un portefeuille élargit qui comprend la justice, la citoyenneté et les droits fondamentaux.

Plus de centralisation après un passé de divulgation

D'après certaines sources, une nouvelle structure chargée de la communication travaillera en étroite collaboration avec le centre politique de la Commission afin de permettre à chaque fonctionnaire de transmettre le message politique convenu. Il y aura une certaine souplesse sur la forme, mais nous avoir l'intention de centraliser davantage la transmission des messages, a expliqué la source.

D'autres sources du département communications de l'exécutif de l'UE confirment qu'ils doivent travailler plus comme une forme de soutien pour les autres départements de la Commission. Chaque DG devra néanmoins améliorer sa propre unité interne de communications, qui rendra compte directement au commissaire plutôt qu'aux directeurs des DG.

L'objectif est de laisser derrière un passé durant lequel il était relativement facile de divulguer des informations confidentielles à la presse, a dit la source, qui n'a pas pu s'empêcher d'apporter quelques commentaires négatifs à l'égard de Margot Wallström, l'ancienne commissaire chargée de la communication.

La nouvelle stratégie sera basée sur une utilisation plus spécifique du personnel de la DG communications, qui partagera un certain nombre de tâches qui sont déjà perceptibles dans une charte de l'organisation plus détaillée.

Changer le personnel

Un large changement de stratégie ne peut avoir lieu sans changement du personnel. Mme Reding a déjà intégré dans le département des communications quelques fonctionnaires qui ont travaillé avec elle lors de son précédent mandat, y compris une Française, Sixtine Bouygues, ancienne directrice des communications à la DG société de l'information qui a été récemment nommée en tant que directrice intérimaire de la stratégie de communication.

Du sang neuf devrait également arriver au sein des plus hauts niveaux, car l'actuel directeur général du département des communications, Claus Sørensen, devrait partir après la fin de son mandat fin 2010.

L'assistant de M. Sørensen Panayotis Carvounis étant déjà en route pour Athènes après avoir été nommé chef de la représentation de la Commission en Grèce, Mme Reding a l'occasion de compléter la révolution en remplissant elle-même les deux principaux postes de la DG, a confié une source proche de ce sujet à EURACTIV.

Par ailleurs, le transfert de M. Carvounis à la représentation de la Commission en Grèce n'est pas une action isolée. Cela fait partie de la première vague d'un remaniement plus large impliquant le placement de bureaux de la Commission dans les capitales, avec un lien direct au département des communications.

Ces personnes seront les « véritables yeux et oreilles" de l'exécutif de l'UE, a dit la source, déplorant que jusqu'ici, les représentations ont été des postes occupés par les fonctionnaires bientôt à la retraite. Nous mettons à la place aujourd'hui des individus de premier choix, a ajouté la source.

D'autres sources ont affirmé qu'au contraire, les chefs des représentations dans les nouveaux Etats membres étaient des professionnels entre deux âges typiques des communications, mais ceci est également le cas pour les anciens Etats membres.

La révolution demandée par Mme Reding pourrait être terminée d'ici la fin de l'année, mais nombreux sont ceux qui, à la Commission, pensent que le nouveau système sera en place plutôt en 2012.

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Communiquer l'Europe a depuis longtemps fait partie des préoccupations de l'exécutif de l'UE, la nécessité de renforcer la confiance populaire dans le projet européen devenant de plus en plus importante suite au rejet de la Constitution de l'UE par les électeurs français et néerlandais, et le récent rejet du traité de Lisbonne par les Irlandais.

L'UE a essayé de moderniser les pratiques de communications des institutions on donnant ce mandat à une commissaire à plein temps, Margot Wallström (voir le LinksDossierd'EURACTIV sur la politique de communication de l'UE).

Toutefois, cette expérience n'a pas été une réussite, et le président de la Commission José Manuel Barroso a décidé pour son second mandat de regrouper la communication avec d'autres portefeuilles complètement différents, attribuant le paquet (qui comprend également la justice, les droits fondamentaux et la citoyenneté) à l'ancienne commissaire à la société de l'information Viviane Reding.

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