La France appelle l’Allemagne à se mobiliser sans attendre contre la récession

Bruno Le Maire

La France a appelé l’Allemagne, qui est au bord de la récession, à utiliser sans attendre sa marge de manœuvre budgétaire pour relancer la croissance en Europe, reconnaissant que Paris n’avait pas les coudées franches pour investir davantage.

« L’Allemagne doit investir et doit investir maintenant, le plus tôt sera le mieux », a affirmé le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, lors de la présentation à Paris du projet de budget français pour 2020, après avoir rappelé que la zone euro connaît actuellement un « ralentissement marqué ».

« N’attendons pas que la situation économique s’aggrave pour prendre des décisions nécessaires », a-t-il ajouté, se joignant aux différents appels lancés ces derniers mois au gouvernement allemand, du FMI à l’OCDE, en passant par la BCE, pour qu’il opte pour une relance budgétaire.

« C’est aux Etats européens qui ont les marges de manœuvre nécessaires d’investir et d’investir maintenant », a insisté Bruno Le Maire, à un moment où la principale économie européenne se trouve au bord de la récession technique, après avoir dégagé d’importants excédents budgétaires et commerciaux au cours des dernières années.

Les appels à l’Allemagne pour qu’elle investisse davantage dans ses infrastructures afin de relancer la croissance européenne sont récurrents depuis la crise financière de 2008 et sont pour l’instant restés vains, mais ils ont repris avec force depuis que l’économie allemande a montré d’inquiétants signes d’essoufflement cette année.

Le recul du PIB allemand pénalise toute l’Europe

La chute du PIB en Allemagne a ralenti les résultats économiques de l’UE et de la zone euro. Si l’économie allemande, locomotive de l’Europe, cesse de fonctionner, le train européen ralentit. Dans le même temps, la création d’emploi décline dans l’UE. Un article d’Euroefe.

Selon les récentes prévisions de l’OCDE, la croissance allemande ne devrait pas dépasser les 0,5% en 2019, soit nettement moins que la France dont l’activité économique devrait croître au rythme de 1,4% et reculer légèrement ensuite à 1,3% l’an prochain, selon les chiffres du gouvernement.

Situation « différente » pour la France

Bruno Le Maire a reconnu que Paris, de son côté, n’était pas en mesure d’augmenter ses investissements. « La France est dans une situation très différente », a-t-il expliqué, rappelant que sa dette était à « plus de 98% » de son Produit intérieur brut (PIB).

« Nous restons déterminés à stabiliser la dette publique française et à la faire baisser au cours du quinquennat », a affirmé Bruno Le Maire.

Il n’en demeure pas moins que les baisses d’impôts annoncées dans le projet de budget 2020 ont été clairement prises par le gouvernement français afin de soutenir une croissance en berne, une mesure qualifiée de « relance budgétaire » par des économistes et des politiques comme le centriste Charles de Courson.

« Vous ne faites pas un budget au milieu de nulle part » », s’est justifié Bruno Le Maire. « Vous le faites en fonction de priorités économiques et d’une situation économique et sociale », a-t-il assuré, laissant entendre que les temps n’étaient guère favorables à l’austérité avec le ralentissement de l’économie et la grogne sociale des gilets jaunes.

L’économie française patine, la zone euro atone

L’expansion de l’activité du secteur privé en France est tombée au mois de septembre à son plus bas rythme en quatre mois, selon un indicateur provisoire publié lundi par le cabinet IHS Markit. En zone euro, la croissance du secteur privé est tombée à son plus bas niveau depuis juin 2013. Un article de notre partenaire La Tribune.

Dans son projet de budget, la France a certes ramené son déficit budgétaire à 2,2% l’an prochain, revenant dans les clous européens après avoir dépassé les 3% cette année, mais elle ne fait pas vraiment d’efforts pour réduire sa dette à un moment où les taux négatifs lui permettent de se financer à moindre frais.

A propos des taux d’intérêts, le ministre a apporté son soutien au président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, qui a été fortement critiqué ces derniers temps, en particulier en Allemagne, pour avoir relancé un vaste programme de rachats de dette.

« Nous soutenons les décisions courageuses prises par la BCE et son président », a affirmé Bruno Le Maire, au lendemain de la démission surprise d’une membre allemande du directoire de la BCE, Sabine Lautenschläger.

« Nous estimons que ces décisions (NDLR: celle de Mario Draghi) étaient les seules responsables pour éviter une nouvelle dégradation de notre environnement économique », a-t-il souligné.

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, était comme Berlin opposé à la relance du programme de rachats d’actifs lors de son dernier conseil des gouverneurs le 12 septembre.

Une partie des pays de la zone euro, surtout ceux du Nord, s’inquiètent de la politique de taux d’intérêt très bas et d’abondance de liquidités menée par la BCE depuis plusieurs années afin de doper l’activité économique.

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