Les Pandora Papers révèlent la richesse cachée des plus grandes fortunes mondiales

Le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) a déclaré que les documents révélés sont liés à quelque 35 dirigeants nationaux actuels et anciens et à plus de 330 politiciens et fonctionnaires dans 91 pays et territoires. [Photo: Georgi Gotev]

Dimanche 3 octobre, une fuite majeure de documents financiers a permis d’établir un lien entre des fortunes occultes et 27 hommes politiques de l’UE ainsi que des personnalités mondiales, dont le roi Abdallah de Jordanie, le Premier ministre tchèque Andrej Babis ainsi que des associés du président russe Vladimir Poutine.

Un flot de plus de 11,9 millions d’enregistrements, représentant environ 2,94 téraoctets de données, a eu lieu cinq ans après la fuite connue sous le nom de «  Panama Papers  », qui a révélé la manière dont l’argent était caché par les plus riches d’une manière que les organismes d’application de la loi ne pouvaient pas détecter. Elle a été publiée par un consortium de journalistes d’investigation du monde entier.

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Le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), un réseau de journalistes et d’organisations médiatiques basé à Washington D.C., a déclaré que les documents ainsi révélés sont liés à quelque 35 dirigeants nationaux actuels et anciens et à plus de 330 politiciens et fonctionnaires dans 91 pays et territoires.

Parmi les 150 organes de presse qui ont rejoint le partenariat d’enquête figurent le Washington Post, la BBC, le Guardian, Radio France, Oštro Croatia, l’Indian Express, The Standard au Zimbabwe, Le Desk au Maroc et Diario El Universo en Équateur.

En ce qui concerne l’Union européenne, les « Pandora Papers » contiennent des données sur trois hommes politiques en France, cinq en Espagne, trois au Portugal, deux en Belgique, quatre en Italie, deux en Slovénie, quatre en République tchèque, deux en Roumanie et deux en Bulgarie.

Chypre – et la Russie

Un cabinet d’avocats chypriote, Nicos Chr. Anastasiades and Partners, apparaît dans les «  Pandora Papers  » comme un intermédiaire offshore clé pour les Russes fortunés. Le cabinet conserve le nom de son fondateur, le président chypriote Nicos Anastasiades, dont les deux filles sont associées.

Entre autres transactions, le cabinet d’avocats chypriote avait préparé des lettres de référence pour le magnat russe de l’acier Alexander Abramov, dont une rédigée quelques jours après que les États-Unis aient ajouté le nom du milliardaire à la liste des oligarques proches du président Poutine. Abramov n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Un autre citoyen russe figurant dans les «  Pandora Papers  » et ayant des liens avec M. Poutine est Konstantin Ernst, cadre de télévision et producteur nommé aux Oscars. Il a été qualifié de principal créateur d’image de Poutine, un talent créatif qui a vendu à la nation l’idée que le président était «  le sauveur de la Russie au caractère bien trempé  ».

Selon le Washington Post, la citoyenne russe Svetlana Krivonogikh est devenue propriétaire d’un appartement à Monaco par l’intermédiaire d’une société offshore constituée sur l’île de Tortola, dans les Caraïbes, en avril 2003, quelques semaines seulement après avoir donné naissance à une fille. À l’époque, elle entretenait une relation secrète avec le président russe Vladimir Poutine, indique le Post, citant le journal d’investigation russe Proekt.

Selon le Post, Mme Krivonogikh, sa fille, qui a maintenant 18 ans, et le Kremlin n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

République tchèque

Les documents divulgués montrent qu’en 2009, l’actuel Premier ministre tchèque Andrej Babis a injecté 22 millions de dollars dans une série de sociétés-écrans pour acheter une propriété tentaculaire, connue sous le nom de Château Bigaud, dans un village perché à Mougins, en France, près de Cannes.

M. Babis n’a pas déclaré les sociétés-écrans et le château dans les déclarations de patrimoine qu’il est tenu de déposer en tant que fonctionnaire, selon les documents obtenus par le partenaire tchèque de l’ICIJ, Investigace.cz. En 2018, un conglomérat immobilier appartenant indirectement à M. Babis a discrètement acheté la société monégasque qui possédait le château.

Tony Blair

Les « Pandora Papers » révèlent qu’en 2017, l’ancien Premier ministre britannique Blair et son épouse, Cherie, sont devenus les propriétaires d’un immeuble victorien de 8,8 millions de dollars après l’acquisition d’une société des îles Vierges britanniques qui détenait le bien. L’immeuble londonien accueille désormais le cabinet d’avocats de Cherie Blair.

Les dossiers indiquent que Cherie Blair et son mari, qui a été diplomate au Moyen-Orient après avoir quitté son poste de Premier ministre en 2007, ont acheté la société offshore qui détenait l’immeuble à la famille du ministre de l’Industrie et du Tourisme de Bahreïn, Zayed bin Rashid al-Zayani.

Azerbaïdjan

L’enquête a révélé que le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev et sa famille ont été secrètement impliqués dans des transactions immobilières britanniques d’une valeur de plus de 400 millions de livres (542 millions de dollars), selon la BBC.

Les dossiers montrent comment la famille a acheté 17 propriétés, dont un immeuble de bureaux de 33 millions de livres sterling à Londres pour le fils du président âgé de 11 ans.

La recherche révèle également comment un autre bloc de bureaux appartenant à la famille a été vendu au Crown Estate pour 66 millions de livres en 2018. Le Crown Estate a déclaré qu’il avait effectué les vérifications requises par la loi au moment de l’achat, mais qu’il examinait maintenant la question. Les Aliyev ont refusé de faire des commentaires à la BBC.

Roi de Jordanie

Les «  Pandora Papers  » montrent qu’un comptable anglais installé en Suisse, avec l’aide d’avocats des îles Vierges britanniques, à aidé le roi Abdallah II, le monarque de Jordanie, à acheter secrètement 14 résidences de luxe d’une valeur de plus de 106 millions de dollars aux États-Unis et au Royaume-Uni. Les conseillers l’ont aidé à créer au moins 36 sociétés fictives entre 1995 et 2017.

Au Liban voisin, où des questions similaires sur la richesse et la pauvreté se sont posées, les « Pandora Papers » montrent que des personnalités politiques et financières de premier plan ont également opté pour des paradis offshore.

Parmi eux figurent l’actuel Premier ministre, Najib Mikati, son prédécesseur, Hassan Diab, et Riad Salameh, le gouverneur de la banque centrale du Liban, qui fait l’objet d’une enquête en France pour blanchiment d’argent présumé.

Pakistan

L’ICIJ a déclaré que les documents divulgués montraient que des membres du cercle restreint du Premier ministre Imran Khan, y compris des ministres, possédaient secrètement des sociétés et des fonds de placement représentant plusieurs millions de dollars de richesse occulte. Les documents révèlent également la richesse personnelle des chefs militaires pakistanais.

Le consortium a déclaré que les documents ne contenaient aucune suggestion que M. Khan lui-même possède des sociétés offshore.

Il a ajouté que le ministre des Finances Shaukat Fayaz Ahmed Tarin et des membres de sa famille possèdent quatre sociétés offshore. Selon l’ICIJ, Tariq Fawad Malik, un consultant financier qui s’est occupé des documents relatifs à ces sociétés, celles-ci ont été créées dans le cadre d’un investissement prévu par la famille Tarin dans une banque ayant des activités en Arabie Saoudite. L’opération n’a pas eu lieu.

L’ICIJ a cité les propos de M. Tarin dans une déclaration : «  Les sociétés off-shore mentionnées ont été constituées dans le cadre du processus de collecte de fonds pour ma banque  ».

Kenya

Selon les documents, le président kényan Uhuru Kenyatta et six membres de sa famille ont été liés à 13 sociétés offshore.

Les investissements offshore des Kenyatta comprenaient une société avec des actions et des obligations d’une valeur de 30 millions de dollars, a rapporté la BBC. Les Kenyatta n’ont pas encore répondu aux demandes de commentaires, ajoute la BBC.

Noms européens

Parmi les noms européens mentionnés avec les détails de leurs connexions offshore figurent l’actuel président du Monténégro Milo Djukanovic, l’actuel président de l’Ukraine Volodymyr Zelenskiy, l’ancien ministre et commissaire européen maltais John Dalli, l’ancien premier ministre géorgien Bidzina Ivanishvili, l’ancien ministre des Finances français et directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn et le ministre des Finances de Serbie Sinisa Mali.

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