Mise en examen d’Agnès Buzyn : gestion de crise et prise de risque en politique

« Aujourd’hui, c’est une excellente opportunité pour moi de m’expliquer et de rétablir la vérité des faits », a déclaré Agnès Buzyn lors de son arrivée à la Cour de justice de la République vendredi dernier (10 septembre). [Alexandros Michailidis/Shutterstock]

L’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn a été mise en examen vendredi 10 septembre pour « mise en danger de la vie d’autrui » pour son rôle dans la gestion de crise de la Covid-19. Analyse du risque en politique.  

Cette mise en examen intervient à la suite d’une enquête de la Cour de justice de la République (CJR) sur la gestion de l’épidémie depuis juillet 2020 par Agnès Buzyn, ministre de la Santé et des Solidarités de mai 2017 à février 2020. À noter que la CJR est la seule institution habilitée à juger des ministres encore en exercice.  

Lors de son arrivée à la CJR vendredi dernier, accompagnée de son avocat, Mme Buzyn avait déclaré : « Aujourd’hui, c’est une excellente opportunité pour moi de m’expliquer et de rétablir la vérité des faits. Je ne laisserai pas salir l’action du gouvernement, mon action en tant que ministre, alors que nous avons fait tant pour préparer notre pays à une crise sanitaire mondiale, qui, je le rappelle, dure encore ». 

« Nul ne peut douter du sérieux et de l’engagement dont [Agnès Buzyn] a fait preuve aux premiers signes de l’épidémie. La France a pris très rapidement les mesures nécessaires », avait réagi Matignon quelques minutes après l’annonce de cette mise en examen.

Si le gouvernement soutient pleinement l’ex-ministre de la Santé, la situation dans laquelle Agnès Buzyn se trouve soulève l’épineuse question de la gestion du risque et des crises par les politiques. « Que serait une action politique dans laquelle on ne prendrait pas de décisions risquées dans ce genre de situation ? », s’interroge Liora Israël, directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), contactée par EURACTIV France.

Car, dans la sphère politique, la mise en examen de Mme Buzyn n’est pas sans conséquence : « Il y a quelque part un risque de blocage, souvent invoqué par les politiques, sur la capacité à prendre des décisions politiques à risque face à des menaces judiciaires », explique la directrice d’études. 

Côté citoyens, cela ne risque-t-il pas d’accroître leur défiance envers la gestion de la pandémie et, de manière plus globale, envers le gouvernement et les politiques ? Pour Mme Israël, oui et non. « Les deux point de vue se défendent. Si les hommes politiques étaient intouchables, on trouverait que ce n’est pas normal », souligne-t-elle. 

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« Tous les citoyens peuvent se déclarer affectés » 

En France, ce n’est pas la première fois qu’un ou une ministre est mis(e) en examen dans une affaire de santé publique. En février 1999, trois anciens responsables politiques, dont l’ancien Premier ministre Laurent Fabius, comparaissent devant la CJR pour « homicides et blessures involontaires ». C’est l’affaire du sang contaminé. Dans les années 80, des centaines de personnes se retrouvent contaminées par le virus du sida à cause de produits sanguins. 

Dans le cas d’Agnès Buzyn, la nouveauté est la multiplication des plaintes qui ont été déposées sur le même modèle : la CJR en a, à ce jour, reçu 18400.

« On encourage un grand nombre de citoyens à porter plainte sur des modèles qui sont visiblement prérédigés pour engorger les tribunaux et faire une impression de masse. La pandémie ayant touché tout le monde, tous les citoyens peuvent se déclarer affectés », note Liora Israël, qui parle d’une industrialisation de la plainte. 

En revanche, l’intérêt pour ce type d’affaires reste le même : « Ce sont les dépôts de plainte qui concentrent toute l’attention. Il y a une focalisation médiatique lors des mises en examen alors même qu’il y a peu de suivi de fond sur ces juridictions et le type de décisions qu’elles prennent ». 

À l’heure où nous écrivons cet article, Agnès Buzyn est la seule personne mise en examen dans cette affaire sur la gestion de la Covid-19, mais l’effet domino menace d’autres membres du gouvernement comme Édouard Philippe, alors Premier ministre, ou Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé. 

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