Monsanto persona non grata au Parlement européen

Le Round Up fait polémique depuis des années. [Global Justice Now/Flickr]

Le refus de Monsanto de venir répondre aux questions des eurodéputés lui a coûté son droit d’entrée au Parlement européen.

Les lobbyistes de Monsanto vont trouver porte close au Parlement européen jusqu’à nouvel ordre. La conférence des présidents – qui rassemble les chefs de file des différents groupes politiques de l’institution – a décidé de retirer à l’entreprise américaine son droit d’accès à l’enceinte parlementaire.

« Nous venons de refuser officiellement l’accès au Parlement aux lobbyistes MONSANTO. Cette décision a été prise en conférence des Présidents le 28 septembre » a expliqué Marc Tarabella, chef de délégation PS au Parlement dans un communiqué.

La Commission tente de rassembler sur le glyphosate

La Commission européenne tente de rassembler les États sur la réautorisation du glyphosate, l’herbicide le plus répandu dans le monde. Et ce malgré l’opposition de la France.

La décision du Parlement fait suite au refus du géant des pesticides de se rendre à une audition organisée par les commissions parlementaires à l’agriculture et à l’environnement le 11 octobre sur les  Monsantopapers et le glysophate.

Les eurodéputés comptaient demander des explications à la firme sur les révélations des Monsanto Papers, ces 250 pages de documents confidentiels déclassifiés par la justice fédérale américaine en mars derniers, révélant les inquiétudes exprimées par Monsanto au sujet du potentiel mutagène du glyphosate dès 1999.

Questions sur le glyphosate

Cette molécule phytosanitaire, la plus utilisée au monde et notamment dans le produit phare de Monsanto, le Roundup, est considérée comme un cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’OMS.

Au niveau européen, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a cependant, dans une décision très controversé,  estimé qu’il était peu probable que le glyphosate provoque le cancer chez les hommes, ouvrant la voie à un possible renouvellement de  l’autorisation de vente de l’herbicide de dix ans dans l’UE.

La question du glyphosate s’est fortement politisée. La procédure de renouvellement d’autorisation lancée par la Commission doit aboutir en octobre, et les Etats membres n’arrivent pas à s’accorder sur le sujet.

L’audition prévue par les deux commissions parlementaires a reçue une fin de non-recevoir de la part de Monsanto mi-septembre. La firme affirmait dans son courrier de refus que le Parlement européen « n’était pas une enceinte appropriée pour discuter de ces sujets ».

Bras-de-fer

Au Parlement européen, il n’existe pas de dispositif permettant aux eurodéputés de contraindre une entreprise à se rendre à une audition. Mais si aucun levier réglementaire n’existe, le levier politique actionné par l’assemblée a déjà fonctionné.

Pendant les travaux de la commission chargée d’enquêter sur le scandale des LuxLeaks, plusieurs multinationales avaient refusé d’honorer les invitations, parmi lesquelles McDonald, Amazon ou Fiat. Jusqu’à ce que l’accès de leurs lobbyistes aux eurodéputés soient mis dans la balance.

La commission Taxe joue les gros bras pour convoquer les multinationales

Exclusif. Face au refus de certaines multinationales de lui répondre, la commission Taxe envisage des mesures de rétorsion, dont celle de retirer leur accréditation aux lobbyistes.

En interdisant l’accès du Parlement aux représentants des grandes entreprises, les eurodéputés peuvent mettre en péril la stratégie de lobbying.

Une situation qui pourrait mettre sous pression l’entreprise, dont la fusion géante avec Bayer est actuellement examinée par la Commission européenne. La décision est attendu pour janvier 2018.