Quand Coca-Cola s’immisce au Conseil de l’Union europénnne

Une pétition de foodwatch demande des explication sur l'association de la présidence roumaine avec Coca-Cola. [foodwatch]

L’ONG foodwatch s’insurge du parrainage de la présidence roumaine de l’UE par Coca-Cola. La  multinationale milite par ailleurs contre une nouvelle législation sur le sucre.

Les photos peuvent surprendre : des sigles Coca-Cola étaient partout lors d’un événement de la présidence roumaine du Conseil de l’UE. Ce n’est pourtant pas la première fois. Les entreprises peuvent sponsoriser ces événements, et Coca-Cola avait déjà conclu un accord avec la présidence polonaise en 2011. Cette fois-ci, la firme est « partenaire platine », statut réservé aux entreprises qui sponsorisent la présidence à hauteur de 40 000 euros et lui donne le droit d’exhiber son matériel promotionnel.

Cela ne rend pas la présence de multinationales à des sommets politiques de haut niveau plus facile à accepter pour autant. Surtout à l’approche d’élections marquées par une défiance croissante vis-à-vis des institutions et de leur indépendance.

Et surtout quand il s’agit de Coca-Cola, à quelque mois d’une révision de la législation alimentaire, qui pourrait se pencher sur l’idée de taxes sur le sucre, ainsi que de débats sur l’étiquetage nutritionnel sur les emballages des denrées alimentaires.

L’ONG a donc lancé une pétition en Allemagne, en France et au Pays-Bas, pour demander au président du Conseil, Donald Tusk, de mettre en place des règles empêchant tout possible conflit d’intérêts à l’avenir. Dans une lettre ouverte à Donald Tusk et Viorica Dăncilă, la Première ministre roumaine, foodwatch demande aussi l’arrêt du partenariat.

« Ce parrainage par Coca-Cola de l’une des principales instances politiques d’Europe est tout simplement choquant. Les conflits d’intérêts et l’influence d’un tel sponsoring par un poids lourd de la malbouffe sur l’agenda politique européen et, en fin de compte, sur le contenu de nos assiettes sont inacceptables », estime Karine Jacquemart, directrice générale de foodwatch France.

« Le site de la présidence roumaine souligne que ‘la présidence doit, par définition, être neutre et impartiale dans l’exercice de son mandat’. Cette neutralité ne concerne pas seulement les différents pays européens, mais devrait également s’appliquer plus largement au service des intérêts des citoyens européens. La neutralité face à l’influence des intérêts des entreprises, par exemple, doit être strictement respectée. Même l’apparence de conflit d’intérêts doit être évitée », estime l’organisation dans sa lettre ouverte. Celle-ci souligne les conflits d’intérêts potentiels, notamment en termes de lutte contre l’obésité, et soumet une série de question au Conseil.

Une réaction excessive, selon la présidence roumaine, qui souligne que ce partenariat respecte le droit national et les critères que s’est fixé Bucarest, notamment en termes d’impact sur le marché du travail.

« En outre, les partenariats convenus, qui facilitent l’organisation des événements, n’ont en aucune manière un impact ou une influence sur la manière dont nous remplissons notre rôle de présidence du Conseil de l’Union européenne », assure une porte-parole.

Du côté du Conseil, Donald Tusk n’a pas souhaité réagir. Son service de presse indique qu’aucune règle ne limite ce type de partenariats et que cela ne révèle pas du Conseil.

Sauver la planète passe par notre assiette

L’alimentation est le meilleur levier pour améliorer la santé humaine et la durabilité de l’environnement, selon un groupe de scientifiques, qui estime qu’un bon régime alimentaire pourrait réduire de 20% la mortalité adulte dans le monde.

« Je suis complètement consterné », déclare quant à lui Dennis De Jong, vice-président du groupe GUE/NGL, qui a soumis une demande d’éclaircissement au Conseil. Pour lui, ce type de parrainage devrait être tout simplement interdit, quitte à réduire les coûts de l’organisation d’événements et sommets. « Si nous voulons que les citoyens aient confiance dans le processus décisionnel européen, il faut éviter toute affiliation avec des entreprises commerciales », martèle-t-il.

« En ce qui concerne la transparence, nous travaillons toujours à un accord interinstitutionnel sur le registre de transparence. Il est très difficile de parvenir à un accord en ce qui concerne les représentations permanentes, mais nous semblons d’accord sur le fait que dans le cas des présidences, le registre devrait être applicable, c’est-à-dire que toutes les réunions avec les lobbyistes seront publiées », explique-t-il, tout en insistant : « la transparence ne suffit pas, nous devrions interdire totalement ces parrainages ».

« Il est très difficile de croire que si les ministres sont entourés de gadgets et de boissons portant le logo Coca-Cola, ils ne seront pas influencés directement ou indirectement. Il est bien connu que Coca-Cola est engagé dans un lobbying important sur ou contre la législation européenne en matière de sécurité alimentaire et de santé. Il y a donc de véritables intérêts en jeu et tout conflit d’intérêts doit être évité », conclut l’eurodéputé.

Les négociations sur un registre de transparence patinent à Bruxelles

Le Parlement européen et le Conseil n’ont pas progressé dans les négociations sur la création d’un registre obligatoire des lobbys. .

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