Les États membres tentent de reconquérir la confiance des citoyens envers les vaccins

Une recommandation qui arrive dans un contexte de mouvement anti-vaccin généralisé en Europe devrait bientôt être adoptée par le Conseil de l’UE. [Sarantis Michalopoulos]

Face au mouvement anti-vaccin en Europe, le Conseil de l’UE se propose d’adopter une recommandation sur la coopération renforcée contre les maladies à prévention vaccinale.

L’UE tente de faire volte-face. Face au risque de propagation de maladies, comme le montrent les nombreux cas de rougeoles constatés cette année, les ministres de la santé se sont mis d’accord sur un texte commun qui devrait être adopté rapidement. Il s’agit d’un « instrument juridique non contraignant », a précise John Ryan, responsable de la santé publique au sein de la DG SANTÉ.

Après l’adoption de la recommandation par le Conseil, l’exécutif de l’UE sera chargé de proposer une feuille de route pour sa mise en œuvre, en gardant en tête l’objectif principal d’augmenter la couverture vaccinale globale, et d’assurer l’accès à la vaccination par une approche holistique.

« Il est hors de question que cette recommandation finisse aux archives, » a-t-il ajouté. « Nous entendons bien lui donner vie. Nous avons déjà dressé notre feuille de route, un programme de tâches spécifiques destinées à être accomplies par des personnes spécifiques. »

Les pays de l’UE se lancent dans l'échange de dossiers médicaux numériques

L’Estonie et la Finlande vont commencer à s’échanger des « e-dossiers médicaux » dès la fin de l’année. Une initiative pionnière que la ministre estonienne de la santé, Riina Sikkut, espère voir fleurir dans d’autres pays de l’UE.

John Ryan a d’ailleurs précisé que chaque acteur comptait : de l’Agence européenne des médicaments à la Commission, en passant par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies et par l’industrie pharmaceutique.

« L’idée de la feuille de route, c’est de créer une coalition d’acteurs avec les États membres, impliquant les médecins, les infirmiers, les pharmaciens et l’industrie pharmaceutique. » L’approvisionnement et sa sécurité risquent toutefois de poser problème, a prévenu John Ryan.

« Comment voulez-vous convaincre les gens de se faire injecter un vaccin si vous ne l’avez pas ? Nous devons encourager les États membres et l’industrie à investir dans la vaccination », a-t-il remarqué

Vaccination continue

La proposition souligne qu’un certain nombre de facteurs, allant de la démographie au changement climatique, ne font qu’exacerber l’urgence des programmes de vaccination continue au-delà de l’enfance.

« La vaccination n’est pas réservée aux enfants ! » assure Martin Seychell, directeur général adjoint de la DG SANTÉ. « Et il est important de la considérer comme un traitement à vie. Certains vaccins, comme celui de la grippe saisonnière, sont plus adaptés aux personnes âgées et aux personnes souffrant de problèmes respiratoires, tandis que plusieurs décès dus à la rougeole sont survenus chez les jeunes adultes. ».

« Je suis navré de constater que bon nombre de systèmes de santé en Europe privilégient la vaccination des enfants au détriment de celle des adultes », a-t-il enchaîné. Il a par ailleurs souligné que les États membres devaient remédier à cette situation au plus vite et commencer à valoriser la vaccination comme l’un des outils de santé publique les plus performants de notre époque.

Prendre d’assaut les réseaux sociaux

La montée en puissance du mouvement anti-vaccin en a fait sourciller plus d’un à Bruxelles, tandis les États membres tentent en ce moment de déjouer cette désinformation.

Contretemps dans l’adoption de la loi « fake news »

La loi controversée sur la manipulation de l’information  en période électorale ne sera pas adoptée avant juillet. De son côté, Bruxelles refuse de légiférer sur ce sujet sensible.

En marge du Forum européen de la santé de Gastein, la semaine dernière, la chercheuse Emilie Karafillakis a reconnu la forte présence des militants anti-vaccin sur les réseaux sociaux.

« Nous savons parfaitement que le combat se joue sur internet. En tant qu’autorités publiques, communicateurs et autres responsables de la vaccination, nous devons nous y mettre », a-t-elle signalé.

Emilie Karafillakis a notamment cité quelques initiatives récentes en Irlande et au Danemark, où des pages Facebook ont été spécialement créées pour répondre aux questions du public sur les vaccins.

« C’est simple : nous devons investir ces espaces, et utiliser les moyens en notre possession pour cibler au mieux les groupes concernés », conclut-elle.

« Communauté – immunité »

Jan De Belie, membre du Groupe pharmaceutique de l’UE, qui représente les professionnels de la santé, a souligné la nécessité d’une approche ascendante, assortie d’une revalorisation du rôle des collectivités locales. « Il faut que les prestataires de soins qui sont en contact avec les patients délivrent une information cohérente et fondée sur des données probantes. », a-t-il insisté.

La Coalition pour une vaccination continue a récemment adressé une lettre ouverte à la Commission européenne, lui demandant de « prendre des dispositions concrètes » au niveau régional et local.

 

La vaccination des adultes améliore la santé globale

La vaccination continue aura un impact significatif à bien des niveaux en Europe : une population en meilleure santé et un budget allégé, selon Daphné Holt.

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