Réglementation sur le tabac et prolifération du crime

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La nouvelle réglementation sur les produits du tabac, prévue pour l'année prochaine, menace la stratégie d'intégration des Roms dans l'UE et jouera en faveur de l'augmentation des activités mafieuses, ce qui mènera à l'importation de tabac chinois génétiquement modifié de contrebande. C'est ce qu'ont affirmé des lobbyistes et des eurodéputés cette semaine.

Les arguments contre l’introduction d’une réglementation plus stricte sur les additifs et les arômes dans les cigarettes, qui seront normalement présentés par la Commission européenne l’année prochaine, ont été lancés lors d’un débat au Parlement européen qui a occasionné de violents désaccords dans l’hémicycle.

La nouvelle réglementation devrait agir fermement à l’encontre des additifs et des arômes utilisés dans le Burley, la variété de feuille de tabac la plus cultivée dans les 13 pays de l’UE produisant du tabac, les plus grands producteurs étant la Bulgarie, l’Espagne, l’Italie et la Pologne.

L’eurodéputée socialiste hongroise Kinga Göncz, membre du comité de l’emploi du Parlement, a affirmé que 50 % des 20 000 travailleurs saisonniers du tabac en Hongrie étaient des Roms non qualifiés.

Elle a affirmé que la culture du tabac était presque leur unique opportunité d’emploi, et a ajouté : « En discutant de cette directive, nous devrons discuter de ces aspects de l’emploi dans les régions où vivent les Roms, et si nous prévoyons de quelconques changements, ceux-ci devront être progressifs ».

Illés Bényei, président de l’association hongroise des producteurs de tabac, a affirmé lors de la réunion que la culture du tabac créait un environnement sûr et sans criminalité pour les travailleurs roms, dont beaucoup étaient des femmes. Il a ajouté : « C’est important pour la stratégie d’intégration des Roms ».

Les moyens de subsistance africains mis en péril par la réglementation

Les producteurs de tabac ont également défendu les pays qui ne font pas partie de l’UE, affirmant que les producteurs africains pâtiraient de la mise en place d’une nouvelle réglementation.

Antonio Abrunhosa, président de l’association internationale des producteurs de tabac, a déclaré lors de la réunion : «  Nous travaillons à des compromis […], le tabac Burley représente 70 % du PIB du Malawi, et la moitié de sa population travaille dans cette industrie. Si certains des ingrédients sont interdits, cela n’aura aucun impact sur la consommation, puisque le marché de contrebande se développera, mais en Afrique plus de quatre millions de travailleurs pourraient être directement touchés, et l’Europe va devoir les aider ».

John Dalli, commissaire européen à la santé, a répliqué en ces termes : « les agriculteurs doivent protéger leur travail, mais nous devons protéger des vies. Nous parlons ici d’un marketing agressif qui incite plus de gens à fumer alors que c’est un risque sanitaire reconnu. Quand vous parlez de compromis, est-ce que vous me demandez d’échanger des vies humaines contre environ 20 000 emplois saisonniers ? »

La réglementation sur le tabac, une aubaine pour la mafia

Les groupes de pression ont également déclaré qu’une réglementation plus stricte profiterait à la mafia.

François Vedel, de l’association internationale des producteurs de tabac, a affirmé : « Si j’étais la mafia, j’investirais dans ce domaine, parce que quelques-unes des marques les plus connues auront un accès limité au marché [si de nouvelles lois entrent en vigueur] et les fumeurs se tourneront tout simplement vers la contrebande ».

Il a ajouté que cette contrebande impliquerait du tabac génétiquement modifié provenant de Chine.

Ces discussions ont été l’occasion de vifs échanges entre les eurodéputés, ce qui montre que les tentatives d’apporter de nouvelles lois seront vivement débattues au Parlement européen.

Spyros Dannellis, eurodéputé grec socialiste et membre du comité de l'agriculture, se demande si la nouvelle réglementation protègera réellement la santé publique ou si elle « punira » simplement les producteurs de Burley. Il a ajouté : « C’est difficile d’aller à contre-courant de l’avis général, en particulier quand le politiquement correct domine. C’est une idéologie qui pèse sur nos décisions de tous les jours ».

Nessa Childers, eurodéputée irlandaise socialiste, a rétorqué : « Si nous avons tous le droit de respirer, nous avons aussi le droit de ne pas écouter. L’idée selon laquelle l’idéologie peut être confondue avec des inquiétudes quant à des questions vitales est absurde […] vous avez révélé comment vous alliez user de ce stratagème, et je n’écouterai certainement pas pour une fois ».

Jeremy Fleming– Article traduit de l'anglais par EURACTIV

« Les narcotrafiquants sont un réel problème dans les pays d’Europe de l’Est », a affirmé l’eurodéputé hongrois Csaba Tabajdi (Socialistes et Démocrates), qui a organisé l’événement au Parlement européen.

« La santé publique est très importante mais nous devons également prendre en compte la question du commerce illégal, qui n'est peut-être pas un grave problème sur des îles telles que le Royaume-Uni et l’Irlande, mais l'est bel et bien dans le sud-est de l’Europe. On peut interdire l’alcool, la prostitution et les cigarettes, mais malheureusement ça ne les fera pas disparaître », a-t-il conclu.

«  De nouvelles règles interdisant l’ajout de sucres et d’arômes au tabac Burley pourrait entraîner de lourdes pertes sur le marché européen », selon Hermanus Versteijlen, directeur de l’économie des marchés agricoles à la Commission européenne.

Il a expliqué : « Comme le principal concurrent du Burley – le tabac de Virginie – ne perd pas de son sucre au cours du processus de séchage, il requiert donc moins d’additifs ».

« J’ai travaillé dans le secteur de la santé et comme syndicaliste, et j’ai travaillé pour des employés de l’industrie du tabac, et nous connaissons le prix des vies humaines », a affirmé l’eurodéputée Glenis Willmott (Royaume-Uni ; Socialistes & Démocrates), membre de la commission de l’environnement.

« Ca n’a tout simplement aucun sens et je suis surprise [par les arguments des groupes de pression] parce que notre souci premier devrait être la santé des citoyens. De puissants groupes de pression tentent de retarder la présentation de cette directive, et je voudrais savoir quand on la verra arriver », a conclu Glenis Willmott.

« Le mythe selon lequel interdire les additifs et les arômes dans le tabac aura des conséquences sur la production de Burley doit être dissipé », selon Florence Berteletti Kemp, du groupe antitabac Smokefree Partnership.

Elle a ajouté : « Il y a de nombreux pays où l’utilisation d’arômes dans le tabac a été limitée, telle qu’aux Etats-Unis, en Thaïlande et en France, et cela a eu un effet très limité sur l’utilisation du Burley, et oui, il est possible d’utiliser le Burley sans additifs. »

La production de tabac est réalisée dans treize Etats membres, en particulier dans quelques régions d’Italie, de Grèce, d'Espagne et de Bulgarie.

Avec une production actuelle d’environ 250 000 tonnes de tabac brut par an, l’Union Européenne à 27 se situe à la cinquième place de la production mondiale de tabac brut, après la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, et le Brésil.

La part de la production européenne dans la production mondiale est de 5%. Le premierEtat membre producteur est l'Italie (36% de la production totale de l'UE), suivie par la Pologne (16%), la Bulgarie (12%) et l'Espagne (12%).

La superficie consacrée à la production de tabac dans l'UE est fortement en baisse (environ 115 000 hectares actuellement cultivés par environ 80 000 producteurs). En moyenne, unproducteur cultive environ 1,40 ha de tabac.

L’UE est le premier importateur mondial, (400 000 t par an, soit plus de 20 % des importations mondiales) ; c’est également le quatrième exportateur mondial.

Le commissaire à la santé, John Dalli, lui-même ancien fumeur, a lancé le mois dernier une nouvelle campagne paneuropéenne pour encourager les fumeurs à arrêter la cigarette, centrée sur un nouvel outil en ligne appelé iCoach, une plate-forme virtuelle en libre accès.

  • L’année prochaine : John Dalli affirme qu’il annoncera des mesures destinées à réglementer plus sévèrement l’industrie du tabac.

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