Remous internes à l’Agence spatiale européenne

Chiara Manfletti, une conseillère très proche du directeur général de l'Agence spatiale européenne (ESA), Johann-Dietrich Wörner, a été nommée à la tête de la toute nouvelle agence spatiale portugaise. [Philippe Sebirot/ESA]

Récemment nommée à la tête de l’Agence spatiale portugaise, l’Italienne Chiara Manfletti a conservé un rôle auprès du directeur général de l’ESA. Un article exclusif de notre partenaire, La Tribune.

C’est une nomination qui étonne et/ou fait grogner tout le milieu spatial européen. De quoi parle-t-on? De la nomination de l’Italienne Chiara Manfletti, une conseillère que l’on dit proche du directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), Johann-Dietrich Wörner, à la tête de la toute nouvelle agence spatiale portugaise, Portugal Espaço. Sa nomination a été décidée à l’issue d’un processus de sélection entre la Fondation pour la science et la technologie (FCT), un organisme public portugais, et l’ESA. L’Agence spatiale européenne parle quant à elle d’un « détachement ».

Toutefois, selon plusieurs personnes interrogées par La Tribune, le directeur général aurait fortement poussé pour que Chiara Manfletti, qui a également travaillé au DLR entre 2002 et 2016, le centre aérospatial allemand, soit nommée à ce poste. Pourquoi pas même si certains s’interrogent sur cette nomination au regard du poste occupé précédemment… Le DLR a été présidé par Jan Wörner (2007-2015), nommé en juillet 2015 à la tête de l’ESA.

Conflit d’intérêt ?

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elle devient même très sensible sur la façon dont l’ESA semble s’être exemptée de règles de déontologie. Car Chiara Manfletti, appuyée par son mentor pour prendre la tête de Portugal Espaço, a également conservé un rôle auprès de Jan Wörner, affirment des sources concordantes. En dépit de sa récente nomination, elle a été autorisée à poursuivre sa mission auprès du directeur général de l’ESA qui l’avait chargée d’organiser la conférence ministérielle de l’ESA prévue en fin d’année. Une conférence qui décide ni plus, ni moins des prochains programmes et des montants qui leur sont dédiés.

« C’est difficile d’accepter une situation de conflit d’intérêt quand une conseillère du directeur général de l’ESA devient présidente d’une agence nationale, un poste où elle doit exercer un contrôle sur le directeur général en tant que membre du conseil de l’ESA », explique-t-on à La Tribune.

Chiara Manfletti « participe à l’écriture et à la cohérence de tous les programmes de l’ESA dans le cadre de la préparation de la réunion ministérielle », confirme le directeur de la communication de l’Agence spatiale européenne, interrogé par La Tribune. « Elle joue un rôle très important au sein de l’ESA » en restant la coordinatrice des propositions programmatiques de l’ESA, qui seront présentées en novembre aux ministres des Etats membres en charge de l’espace lors de la conférence ministérielle. Ce qui provoque des remous en coulisse au sein de l’ESA, notamment des directeurs de l’Agence.

« Est-ce que Chiara Manfletti a un rôle décisionnel ? La réponse est non. Elle n’a absolument aucun rôle dans l’exécutif [de l’ESA, ndlr]. Elle n’est reliée à aucune discussion stratégique et financière avec les États membres », assure le directeur de la communication de l’ESA.

Europe spatiale: la bombe incendiaire de Tom Enders

Dans un courrier adressé à Angela Merkel et Emmanuel Macron, le patron d’Airbus attaque frontalement l’ESA et les agences spatiales nationales, qu’il juge dépassées. Il souhaite que l’industrie discute directement avec les États. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Un État membre, une voix

Chaque État membre est représenté au sein au conseil de l’ESA, qui est l’instance dirigeante de l’organisation. La Tribune a demandé la composition de son conseil à l’ESA, qui a refusé de lui donner en justifiant cette décision en raison de son statut d’organisation internationale. Rappelons que le conseil fixe les lignes directrices à partir desquelles l’Agence élabore le programme spatial européen. Chaque membre y dispose d’une voix, quelle que soit sa taille ou sa contribution financière. Et si le ou la ministre d’un État membre de l’ESA en charge de l’espace a le dernier mot, la personne a la tête de l’agence spatiale le conseille sur les choix. Ce qui place Chiara Manfletti dans une situation intenable… Enfin, normalement.

La Tribune

La Tribune [latribune.fr]

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