Un salaire maintenu, mais plus d’heures de travail pour les fonctionnaires de l’UE

Cet article fait partie de l'édition spéciale Budget UE 2014-2020.

Afin d'accroître l'efficacité budgétaire, tout en maintenant les salaires au même niveau, la Commission européenne demande à ses fonctionnaires de travailler plus longtemps sans qu'ils ne reçoivent pour cela de compensation. EURACTIV s'est entretenu avec le vice-président de la Commission, Marco Šef?ovi?, alors que des négociations tendues débutent avec les syndicats.

« Nous ne pouvons pas agir dans un vide politique et économique. Nous sommes la fonction publique de l'Union européenne et nous devons servir les citoyens de la même manière que les fonctionnaires nationaux », a déclaré M. Šef?ovi?, tentant d'expliquer la réforme du règlement du personnel présentée en juin dernier.

Le commissaire a proposé un nouveau règlement afin de réduire les coûts et il espère que les syndicats soutiendront cette initiative pour qu'une proposition officielle puisse être présentée au Conseil et au Parlement européen d'ici la fin de l'année.

En 2004, l'UE a réformé sa politique du personnel : elle a rendu la structure de carrière plus orientée sur les performances et a mis en place de nouvelles méthodes de travail et des conditions de travail plus familiales et conviviales. Elle a également établi un nouveau statut contractuel. Cette réforme a permis à l'UE d'économiser 3 milliards d'euros jusqu'à présent et devrait lui permettre d'économiser 5 milliards d'euros supplémentaires d'ici 2020.

« Si vous observez les administrations nationales pour voir si elles appliquent la même pléthore de mesures, je pense que vous aurez des difficultés à trouver un endroit où une réforme aussi complexe a été introduite », a expliqué M. Šef?ovi?.

Le commissaire tente de récolter le soutien nécessaire pour ses réformes qui impliquent une réduction de 5 % du personnel dans tous les domaines et dans toutes les institutions d'ici 2017, une augmentation du nombre minimum d'heures de travail par semaine de 37,5 à 40 heures pour tout le personnel, et ce sans compensation salariale, et un recul de l'âge de la retraite de 63 à 65 ans.  En outre, les tâches relevant du secrétariat et de l'administratif seraient effectuées par des agents contractuels.

« Je peux vous dire que nous avons peiné pour trouver des propositions qui nous permettraient de faire des économies », a affirmé M. Šef?ovi?, ajoutant que les négociations avec les syndicats étaient tendues, dans la mesure où certaines propositions bouleverseraient la vie du personnel.

« Ils ont l'impression d'avoir déjà beaucoup contribué. Mais ils estiment que cette proposition est équilibrée et j'espère qu'ils la soutiendront lorsqu'ils réaliseront que des efforts similaires sont consentis au niveau national dans la plupart des Etats membres », a-t-il insisté.

La plupart des économies seront réalisées dans des domaines non prioritaires. La direction générale des affaires économiques et budgétaires est en première ligne et aura besoin de davantage de ressources, selon M. Šef?ovi?, mais il envisage une réduction du personnel informatique, ou du moins une meilleure consolidation à travers les institutions, afin de pouvoir bénéficier de meilleurs gains d'efficacité.

« Nous devons être extrêmement réalistes et je dirais même très sages dans la manière dont nous allouons les ressources, nous devons les attribuer en fonction de nos priorités », a-t-il argué.

M. Šef?ovi? a mentionné qu'une telle initiative pourrait résulter en une diminution des charges de gestion. « Je peux vous assurer que quand mes collègues me présentent une nouvelle structure organisationnelle impliquant davantage de managers, nous nous montrons très réticents, et ils ont très peu de chances de parvenir à leurs fins », a-t-il expliqué, précisant que le Parlement et le Conseil disposaient du plus grand nombre d'employés au poste de manager.

Afin de permettre aux fonctionnaires de mieux gérer la charge de travail supplémentaire et d'améliorer leur efficacité tout en maintenant l'équilibre entre leur vie professionnelle et personnelle, depuis plusieurs années, la Commission encourage le télétravail, le partage des postes et le travail à temps partiel.

« Nous tentons d'améliorer l'efficacité et le rendement de notre personnel, tout en créant de meilleures conditions de travail pour qu'ils puissent travailler davantage, mais passer le temps nécessaire avec leur famille », a déclaré le commissaire, laissant entendre que la qualité de vie pouvait compenser le manque de rétribution financière.

Nous devons attirer les meilleurs

A la question de savoir si les salaires étaient trop élevés dans les institutions européennes, en comparaison aux fonctionnaires nationaux, M. Šef?ovi? a rétorqué qu'il fallait dans ce cas comparer les salaires à ceux appliqués dans les institutions internationales et dans le secteur privé.

« Nous devons engager les meilleurs juristes, et dans ce domaine, nous sommes en compétition avec le secteur privé, où les salaires ne sont pas du tout comparables à ceux de la Commission. Nous devons engager les meilleurs informaticiens au monde », a-t-il expliqué, précisant que les fonctionnaires se devaient d'être des spécialistes dans leur branche, parler trois langues et être prêts à quitter leur pays d'origine.

Cela a un prix. « Nous rencontrons d'importants problèmes pour recruter du personnel hautement qualifié dans une économie où les salaires sont élevés », a-t-il affirmé.

« Sans nommer de pays en particulier, au cours de ces derniers mois, plusieurs fonctionnaires européens potentiels ont refusé de venir travailler dans les institutions européennes, car ils sont originaires de pays où se pratiquent des salaires élevés. Ils ont refusé des postes de directeurs, car ils recevaient un meilleur salaire en tant que fonctionnaires nationaux », a-t-il ajouté.

Pour lire cet entretien dans son intégralité, veuillez cliquer ici.

M. Šef?ovi? s'est confié à Daniela Vincenti, directrice de la rédaction, et à Christophe Leclercq, fondateur d'EURACTIV.

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