Une nouvelle loi hongroise sur les médias s’attire les foudres de la France

Hungary Budapest Parliament Picnik.jpg

Hier (4 janvier), la France a déclaré que la nouvelle loi sur les médias adoptée par la Hongrie, qui a pris la suite de la présidence tournante de l’UE, violait les lois européennes sur la liberté de la presse. Elle appelle également les autres membres de l’Union à réagir.

Le porte-parole du gouvernement français et ministre du budget François Baroin, a déclaré à la radio France Inter que cette loi était « incompatible avec l'application d'une certaine idée de la liberté de la presse, validée par tous les traités européens ».

Plusieurs Etats membres ont critiqué la Hongrie suite à l'adoption de la loi qui instaure une nouvelle autorité des médias dont les membres seront nommés par le parti au pouvoir, le Fidesz, afin de surveiller la presse. L'organisme de surveillance peut également imposer de lourdes amendes aux médias privés qui se doivent d'être « équilibrés » (exprimer tous les points de vue).

Mettre la loi entre parenthèses

La Hongrie a été publiquement critiquée par le Royaume-Uni, l'Allemagne et le Luxembourg dont les ministres des affaires étrangères ont remis en question la légitimité de la présidence hongroise de l'Union des 27.

« La position française, que j'exprime pour le gouvernement aujourd'hui, la position de tous les Etats membres de l'Union européenne, doit être de nature suffisamment forte sur le plan politique et diplomatique pour permettre au gouvernement hongrois d'avoir une présidence plus sereine en mettant ce texte entre parenthèses», a déclaré M. Baroin.

Le gouvernement hongrois s'est dit persuadé que cette réglementation était dans tous ses aspects conforme aux normes européennes.

En France, la loi a suscité la critique au sein du spectre politique. Le Parti socialiste dans l'opposition a estimé que cette loi constituait un « très mauvais signe pour l'Europe et pour la liberté de la presse ».

La controverse sur la loi des médias a contribué à assombrir la présidence hongroise de l'UE.

Budapest et Bruxelles sont entrés en conflit plusieurs fois depuis que le premier ministre, Viktor Orban, a rejeté les mesures d'austérité, rompu les liens avec le Fonds monétaire international et opté pour des initiatives fiscales peu orthodoxes afin de réduire le déficit et de relancer la croissance économique.

La Commission européenne a annoncé lundi qu'elle examinait la légalité des taxes de crise imposées par le gouvernement de centre-droit hongrois sur les secteurs des télécoms, de détail et de l'énergie.

 (EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EURACTIV)

Si vous souhaitez réagir à cet article, veuillez cliquer ici.

Le quotidien français Le Monde a publié hier (4 janvier) un éditorial intitulé « La Hongrie se moque des valeurs de l'Europe »

Le gouvernement conservateur de Viktor Orban a adopté plusieurs lois contraires à l'esprit d'une Union qui se veut un espace démocratique d'équilibre des pouvoirs, peut-on lire dans Le Monde.

L'éminent quotidien français qualifie la réaction de la Commission de « faible » et note qu'au Parlement européen, seuls les socialistes, les libéraux et les verts ont clairement condamné le texte.

Toutefois, dans la majorité des Etats membres, à l'exception de l'Allemagne, du Luxembourg, et plus tard de la France, les gouvernements n'osent pas critiquer la Hongrie, selon le quotidien.

Guy Verhofstadt, leader du groupe libéral ALDE au Parlement européen, a publié un communiqué condamnant la loi hongroise sur les médias.

« Le temps de la Pravda est révolu. Cette loi est inacceptable. La Hongrie doit s’expliquer et la Commission doit agir, » déclare M. Verhofstadt.

 « La Hongrie est sur le point de débuter sa première présidence de l’UE. Dans cette fonction, elle se doit seulement d’accepter et d’appuyer tous les principes démocratiques que nous partageons, y compris la liberté de l’information et de la presse. Aucun État membre ne peut se permettre, au nom d’un vague prétexte de sécurité nationale, d’établir des restrictions sur des libertés qui sont au cœur de notre Union de valeurs, » a-t-il

« Nous avons constaté un précédent choquant, qui implique que les médias critiques et le débat public seront réduits au silence, que l’économie de marché sera violée et l’indépendance politique niée.Que devons-nous attendre de la Hongrie désormais ? », s’interroge Verhofstadt.

Le groupe des Verts/Alliance libre européenne au Parlement européen a publié un communiqué appelant la Commission européenne et le Conseil à prendre des mesures contre la Hongrie au sujet de cette loi sur les médias « draconienne ».

La présidente des Verts/EFA Rebecca Harms a déclaré : « cette loi sur les médias draconienne fait écho au passé antidémocratique de l’Europe et il est scandaleux que le Conseil de l’UE et la Commission aient toléré que cela aille aussi loin ».

 « L’UE n’a pas réagi, malgré de sérieuses inquiétudes concernant l’avant-projet de loi qui est en contradiction avec les principes démocratiques fondamentaux de la liberté des médias, comme cela figure dans la Charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne et la Convention européenne des Droits de l’Homme et donc dans le traité de l’UE, » a ajouté Mme Harms.

Le coprésident des Verts/EFA Daniel Cohn-Bendit a ajouté que les Verts appellaient [le président de la Commission européenne] à ne pas perdre plus de temps et à introduire une procédure d’infraction contre la Hongrie selon l’article 7 du Traité de l’UE. Il est impensable que la récente présidence de l’UE, par la Hongrie, soit autorisée à conserver cette loi odieuse, qui est aux antipodes d’un principe essentiel de l’UE, a-t-il déclaré.

 Les Verts insisteront pour que ce problème soit débattu pendant la session plénière du Parlement européen en janvier 2011 mais espèrent vraiment que la Commission n’attendra pas aussi longtemps pour agir, a expliqué M. Cohn-Bendit.

La Hongrie a pris la présidence du Conseil des ministres le 1er janvier 2011.

Les problèmes clés auxquels la Hongrie souhaite s’atteler pendant sa présidence comprennent l’énergie, le Partenariat oriental, l'adhésion de la Croatie à l’UE, la situation des Roms et la Stratégie pour le Danube.

Mais depuis le premier jour, la législation controversée adoptée par la majorité hongroise au pouvoir a crée des tensions dans les relations avec la Commission européenne. En particulier, l’exécutif européen enquête pour déterminer si une loi sur les médias controversée adoptée par le Parlement hongrois le 21 décembre, ainsi que des « impôts spéciaux » pour les entreprises étrangères, sont compatibles avec le droit européen.

La France est, elle aussi, sous la surveillance de la Commission concernant les expulsions de Roms.

Subscribe to our newsletters

Subscribe