Valéry Giscard d’Estaing : décès d’un Européen dans l’âme

L'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing a participé en tant qu'orateur invité à une réunion du Bundesrat, la chambre haute du parlement allemand, à Berlin, le vendredi 27 mai 2005. Ce même jour, le projet de constitution de l'Union européenne a été éclipsépar un vote par des sondages montrant que les électeurs français et néerlandais peuvent rejeter le traité en des référendums la semaine prochaine. [EPA/Wolfgang Kumm]

Européen convaincu, l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing, décédé mercredi, a œuvré pour la construction européenne durant son septennat, avant de revenir sur le devant de la scène 20 ans plus tard, pour élaborer un projet de constitution de l’Union européenne.

Le « non » des Français à ce texte lors du référendum de mai 2005 fut pour lui une immense déception, et il préféra l’imputer à un rejet de la politique intérieure française plutôt qu’au projet lui-même.

Pour relancer l’Union européenne après le vote au Royaume-Uni en faveur du Brexit, en juin 2016, il plaide pour une Europe plus concentrée autour des « pays fondateurs » et de leurs « voisins qui partagent les mêmes idées ».

Construire l’UE son « sujet de satisfaction intense »

Dans ses mémoires, Le Pouvoir et la vie, Valéry Giscard d’Estaing affirme que les deux personnages de la vie politique nationale et internationale qui lui ont fait la plus grande impression sont Charles de Gaulle et Jean Monnet, l’un des pères fondateurs de l’Europe.

Il affirma son engagement européen avant son élection à la présidence de la République en 1974, dès la fin des années 60, souligne l’historienne Elisabeth du Réau dans Les années Giscard, ouvrage qui rassemble les actes d’une journée d’études sur le sujet en janvier 2004.

Pendant la campagne présidentielle, VGE prône une relance de la construction européenne, proposant l’élection du Parlement de Strasbourg au suffrage universel, qui se concrétisera sous son impulsion en 1979.

« Un sujet de satisfaction intense est pour moi de contribuer à la construction de l’Europe politique », écrit l’ancien président français dans ses mémoires.

Plusieurs grandes réalisation européennes ont été initiées durant son septennat :  l’instauration en 1974 de « Conseils européens » réguliers, qui prennent le relais des sommets de chefs d’État et de gouvernement, la création en 1979 du Système monétaire européen (SME) qui donnera 20 ans plus plus tard naissance à l’euro, et les premières élections européennes au suffrage universel.

Le premier « couple franco-allemand »

Il coopéra étroitement avec le chancelier allemand Helmut Schmidt. La période 1974-81 « reste comme une période particulièrement fructueuse des relations » entre la France et l’Allemagne, selon l’historien Georges-Henri Soutou. C’est de cette époque que date l’apparition de l’expression « couple franco-allemand ».

Il était en revanche contesté au sein de la majorité de droite, notamment par Jacques Chirac qui lança le fameux « appel de Cochin » en 1978 qualifiant l’UDF, trop pro-européenne à ses yeux, de « parti de l’étranger ».

VGE soutient l’adhésion de la Grèce, dont l’acte officiel sera signé en 1979 sous présidence française de l’Europe, et commence à préparer celles de l’Espagne et du Portugal qui seront finalisées après son septennat. Mais il manifestera en 2002 une forte opposition à une entrée éventuelle de la Turquie.

Député européen de 1989 à 1993, l’ancien chef de l’État français est nommé fin 2001, à 76 ans, président de la Convention sur l’avenir de l’Europe. Ce retour sur le devant de la scène européenne suscite des grincements de dents de la part de petits pays, qui ont toujours vu d’un mauvais œil la prépondérance du couple franco-allemand. D’autant que son arrivée est marquée par une polémique sur ses exigences financières supposées.

En juin 2003, après 16 mois de travaux, il remet aux dirigeants européens un texte de compromis, ayant surmonté bien des oppositions notamment celle du président de la Commission européenne Romano Prodi. Ce projet sera cependant rejeté par référendum en France et aux Pays-Bas en 2005, bloquant le processus de ratification dans l’UE.

Cet héritage européen a été salué par de nombreux politiques, de droite comme de gauche. C’est le cas de l’ancien président socialiste François Hollande qui a souligné sur Twitter que « notre pays perd un homme d’État qui a fait le choix de l’ouverture au monde et qui pensait que l’Europe était la condition pour que la France soit plus grande ».

Le président du Sénat Gérard Larcher a pour sa part salué un homme qui « a changé la gouvernance de la France » : « Pour moi, c’est l’élection de Simone Veil à la présidence du Parlement européen qui restera un événement majeur », a-t-il martelé lors d’une interview pour France Inter

Autorisation du divorce par consentement mutuel, dépénalisation de l’avortement, abaissement de 21 à 18 ans l’âge de la majorité… Outre son action pour l’Europe, le mandat de VGE est marqué par plusieurs réformes majeures dans l’Hexagone.

 

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