La nouvelle loi immigration allemande en cinq points

Le ministre du Travail, Hubertus Heil, le ministre de l'Économie, Peter Altmaier, et le ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer, lors de la présentation du nouveau projet de loi à la dernière conférence de presse fédérale. [Clemens Bilan/ epa]

La nouvelle loi pour l’immigration ouvre les portes de l’Allemagne aux ressortissants des pays tiers souhaitant travailler dans les domaines tels que la santé ou l’informatique. Un article de notre partenaire, Der Tagesspiegel.

La nouvelle loi sur l’immigration des étrangers qualifiés a pour objectif manifeste de préserver la position économique de l’Allemagne, et de pérenniser ses systèmes sociaux. Outre les diplômés universitaires, les portes de la Bundesrepublik s’ouvriront désormais aux travailleurs qualifiés. Et pas seulement dans les professions où la main-d’œuvre se fait rare.

Les personnes ayant une formation professionnelle et disposant d’un minimum de ressources auront six mois pour trouver un emploi. Dans les professions où il y a un grave manque de travailleurs qualifiés, par exemple dans les domaines informatique ou médical, il n’est même pas nécessaire de prouver ses qualifications si un engagement professionnel a été pris.

Dans le même temps, le gouvernement s’engage à mieux informer les candidats potentiels depuis l’étranger, et à les accompagner dans la jungle administrative allemande.

Qu’est-ce qui reste et qu’est-ce qui change ?

La loi sur l’immigration reste essentiellement la même. Cela fait des années que les ressortissants hors UE titulaires d’un diplôme universitaire ont la possibilité de venir travailler en Allemagne.

Dans son rapport annuel de 2015, le Conseil d’experts des fondations allemandes pour l’intégration et la migration (SVR) avait déjà constaté que « malgré son statut initial de retardataire », l’Allemagne était « devenue pionnière dans le domaine de la politique de migration de main-d’œuvre, et qu’elle avait peu à apprendre, au moins au niveau juridique et institutionnel ».

L’OCDE avait déjà félicité l’Allemagne, qui figure parmi les pays accueillant le plus d’immigrants. Les experts ont néanmoins alerté sur un processus « souvent encore trop lourd et bureaucratique en pratique ».

L’immigration, une chance économique pour l’Allemagne

En Allemagne, la popularité croissante des partis d’extrême droite montre que les rhétoriques liant insécurité et chômage aux migrants trouvent un terrain fertile. Un article d’Euractiv Allemagne.

Que signifie cette loi ?

Le ministre de l’Économie, Peter Altmaier (CDU), espère que cela permettra de « tirer un trait » sur un débat qui pèse « depuis un quart de siècle sur le débat politique ».

La nouvelle loi allemande sur l’immigration a un capital symbolique fort. La grande question est de savoir si l’Allemagne est un pays d’immigration ou non. Or, les statistiques sont claires : dans la République fédérale, une personne sur quatre a des origines étrangères.

De quoi contrarier la CDU-CSU, qui avait déclaré dans une tribune que « l’Allemagne n’était pas et ne serait jamais un pays d’immigration ». Une position dont s’est entretemps éloignée l’alliance CDU-CSU. Contre toute attente, le ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer (CSU), soutient désormais « l’immigration de travailleurs qualifiés en provenance de pays tiers ». Le même qui, en 2010, était convaincu que son pays n’avait « pas besoin d’une immigration supplémentaire issue d’autres cultures ».

De tous les partis représentés au Bundestag, seule l’AfD est désormais de cet avis.

Le projet de loi allemand sur l’immigration sous le feu des critiques

Le gouvernement fédéral s’est entendu sur les grands principes d’une nouvelle loi sur l’immigration. La société civile doute de sa pertinence . Un article du Tagesspiegel.

 

La CDU/CSU, les socialistes (SPD), les libéraux (FDP), la gauche (die Linke) et les Verts, sont tous en faveur d’une immigration accrue. Il s’agit là d’un tournant majeur pour l’Allemagne. Comme pour l’élimination progressive du nucléaire, une opinion minoritaire s’est transformée en large consensus politique.

Et les réfugiés ?

« Le principe de différenciation entre réfugiés politiques et économiques reste le même », selon un premier texte reprenant les principaux points, émis par le gouvernement fédéral.

Cette loi n’aura en fait aucune conséquence sur le droit d’asile. En vertu de la Convention de Genève, la République fédérale d’Allemagne reste tenue d’accepter les personnes fuyant les persécutions en provenance d’autres pays.

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Les crises politiques en Italie et en Allemagne cristallisent le débat sur la question migratoire. Un débat qui pourrait occulter les autres enjeux du conseil européen qui se tient jeudi 28 et vendredi 29 à Bruxelles.

La « réorientation » sera-t-elle appliquée ?

La controversée « réorientation » n’a pour sa part pas été évoquée lors de la présentation du projet de coalition par Horst Seehofer et le ministre du Travail, Hubertus Heil (SPD).

Ce point clé consiste à autoriser un réfugié initialement débouté à devenir travailleur migrant, et donc à rester sur le territoire. Ces dernières années, le sujet s’est retrouvé au cœur d’âpres querelles entre les partis dirigeants.

Y a-t-il suffisamment d’étrangers qualifiés ?

Selon les experts, l’Allemagne aurait en réalité besoin d’un afflux annuel à six chiffres. On est en droit de se demander si le pays peut attirer autant de candidats. Bien que l’Allemagne soit le pays d’immigration le plus populaire en Europe, la plupart des travailleurs migrants rêvent toujours des États-Unis.

Dernier hic, mais pas des moindres : pour obtenir un permis de travail, les candidats étrangers doivent avoir un minimum de connaissances linguistiques en allemand. « C’est non négociable pour moi », tranche Hubertus Heil.

Un point sur lequel il va falloir songer à s’accorder, puisqu’à l’exception d’environ 100 millions de personnes réparties en Allemagne, en Autriche et en Suisse, presque personne dans le monde ne parle la langue de Goethe.

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