« Le projet de la future PAC est en régression sur le volet de l’environnement »

Eric Andrieu est membre de la commission AGRI au Parlement européen.

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’environnement dans la nouvelle PAC.

Alors que le Parlement européen doit bientôt reprendre l’examen de la future Politique agricole commune (PAC), Eric Andrieu met en garde contre les manques environnementaux du texte.

Vous étiez membre de la commission pour l’agriculture lors de la mandature précédente. La réforme de la PAC sur laquelle vous avez travaillée a-t-elle verdi la Politique agricole commune ?

Le problème avec le verdissement c’est qu’on est un peu au milieu du gué. Avec la PAC actuelle, 30 % du deuxième pilier est réservé au verdissement. Dans la proposition pour la future PAC sur laquelle nous avons travaillé avant les élections européennes, la question du verdissement est surtout prévue dans les plans stratégiques que doivent présenter les États membres.

Ainsi, des aides aux « éco-dispositifs » (« eco-scheme ») doivent être mises en place par les États pour les agriculteurs qui s’engagent dans des pratiques bénéfiques pour l’environnement. Mais l’outil reste flou, il n’y a pas vraiment de définition ni de minima. Et chaque pays va devoir faire des choix de crédit.

Il y a aussi la question des surfaces d’intérêt écologique. Pour pouvoir prétendre aux aides dédiées au verdissement, les agriculteurs devaient réserver 5 % de leurs hectares à des mares, bocages, jachères, etc. sur lesquels ils n’utilisaient pas d’intrants chimiques. Cela a malheureusement été supprimé, ce qui est un non-sens. En l’état, le projet de la future PAC est en régression par rapport à la PAC actuelle sur le volet de l’environnement et de la biodiversité.

Quelles modifications permettraient de dessiner une PAC réellement bénéfique à l’environnement ?

Il faudrait consacrer beaucoup plus de crédits aux aides aux éco-dispositifs. Aujourd’hui, ces aides ne représenteraient que 20 % de l’enveloppe selon le dernier compromis, ce qui est très insuffisant. Elles devraient plutôt représenter entre 30 et 50 %.

Autre faille, il n’y a pas de mesure sur le bien-être animal ou de normes sur les pratiques de l’élevage industriel. Je ne suis pas d’accord pour qu’on minimise les normes de bien-être animal, qui sont un enjeu fondamental !

Il faudrait également fixer des objectifs clairs de réduction de l’usage des pesticides, ce qui n’est pas actuellement dans le rapport sur la PAC.

Sur la question des pesticides, la nouvelle PAC va-t-elle permettre de réduire leur usage ?

Concernant l’utilisation des pesticides, les exigences de la PAC ne sont pas assez précises pour réduire l’utilisation des intrants chimiques dans les activités agricoles, ce qui est pourtant une nécessité !

Aujourd’hui, nous travaillons avec les 4 groupes politiques pro-européens au Parlement pour trouver un accord politique nous permettant de travailler ensemble pendant cette nouvelle mandature. Nous avons rediscuté de la question des pesticides et il semble qu’il y ait un accord entre les différentes familles en faveur d’une réduction de l’usage des intrants chimiques.

Au sein du groupe des Socialistes & Démocrates nous sommes en faveur d’une suppression des intrants d’ici à 2030.

Aujourd’hui, la question de la nécessité de sortir des phytosanitaires ne se pose plus. Et il semble qu’au PPE il y ait une prise de conscience forte de la nécessité de sortir des pesticides de synthèse. C’est peut-être le résultat des élections européennes qui a accéléré la prise de conscience.

Ces négociations entre les différents groupes vont-elles aboutir à une demande du Parlement de revoir la proposition de réforme de la PAC ?  

Dans ces négociations, il y a plusieurs groupes qui ont chacun leurs positions. Le groupe Renew Europe hésite à réclamer une nouvelle proposition à la Commission européenne ou à simplement reprendre à zéro les travaux parlementaires au sein de la commission AGRI. Les Verts et le S&D seraient d’accord pour demander une nouvelle proposition. Enfin, Le PPE est plutôt pour continuer le travail engagé.

En parallèle de la réforme de la PAC, la Commission continue de négocier des accords de libre-échange qui vont avoir un impact certain sur le monde agricole. Comment concilier les deux ?

La candidate à la présidence de la Commission, Ursula von der Leyen va devoir répondre à cette question en priorité lorsqu’elle viendra demander le soutien du Parlement européen. Nous allons lui poser la question de l’exception agricole européenne, c’est un sujet qui devra être central pour le prochain exécutif européen.

Sur ce sujet, on touche à des questions de modèle de civilisation. On ne peut pas lier l’agriculture aux autres secteurs de l’activité économique. Il faut qu’on ait un véritable débat sur ce sujet en Europe. L’agriculture a toujours été une variable d’ajustement dans les accords de libre-échange. Ce n’est plus possible Aujourd’hui, à quelques exceptions près, les Européens mangent de la viande de troupeaux nourris aux OGM, qui sont pourtant interdits en Europe !

Côté français, vous êtes le seul eurodéputé à avoir participé aux négociations de la nouvelle PAC lors de la mandature précédente. Est-ce que cela peut avoir un impact sur les points défendus par la France ?

Les Français se sont exprimés au travers des élections européennes. Pour cette nouvelle mandature, nous serons quatre eurodéputés français à siéger au sein de la commission AGRI, et deux autres issus du Rassemblement national, que je mets à part.

De facto nous allons perdre un peu d’influence, mais nous allons essayer de tenir notre place.

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