«Le paquet d’aide ne doit pas introduire des quotas laitiers indirects»

Cet article fait partie de l'édition spéciale Les principaux défis de la PAC.

Le paquet d’aide prévu par l‘UE ne sera utile aux producteurs de lait que s’il n’est pas conditionné par une réduction des quantités, avertit Bernhard Krüsken du syndicat agricole allemand Deutscher Bauernverband.

Bernhard Krüsken est agronome et le secrétaire général du Deutscher Bauernverband (DBV), le syndicat agricole le plus important en Allemagne.

Le conseil des ministres de l’Agriculture a décidé, le 18 juillet, d’accorder entre autres un paquet d’aide aux agriculteurs du secteur laitier. 150 millions d’euros ont également été prévus pour encourager la réduction de la production du lait. Qu’en pensez-vous ?

Sur le principe, nous ne critiquons pas le paquet d’aide. L’idée est bonne. La véritable question est la suivante : s’agit-il seulement d’un geste politique dont les agriculteurs ne bénéficieront que trop tard ? Il est déjà possible de prédire que ces fonds n’aideront pas les entreprises actives. Cet argent ne reviendra qu’aux entreprises qui ont déjà prévu de quitter la production.

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Les États membres devraient recevoir 350 millions d’euros supplémentaires dont ils pourront disposer librement. La combinaison de ressources et d’une réduction de la production du lait est-elle pertinente ?

Pour une entreprise active, ces aides représentent un mauvais calcul. Il s’agit à présent de survivre à la crise, et non d’introduire des quotas indirects. C’est pourquoi l’aide devrait se concentrer sur les entreprises qui veulent produire. La réduction des quantités ne devrait pas être une condition.

Que doit faire le gouvernement allemand pour que les aides financières soient directement attribuées aux producteurs de lait ?

La loi sur les aides d’État est sans appel à ce propos. Un producteur ne peut se voir attribuer une aide financière que si les autorités se sont assurées qu’il respecte toutes les conditions, dans notre cas la réduction des quantités. Cependant, les procédures en sont fortement retardées et le versement pourrait avoir lieu seulement en 2017. Les entreprises doivent cependant maintenir leurs liquidités. Nous estimons donc que peu d’entreprises participeront. Nous souhaitons également que le gouvernement allemand agisse intelligemment pour qu’il n’y ait pas de retard. Cependant, les négociations n’ont pas encore été entreprises.

La majorité des experts pensent que la situation actuelle est principalement due à la chute de la demande chinoise et russe. Êtes-vous de cet avis ?

Je ne sais pas quels autres facteurs auraient provoqué la crise. Ces dernières semaines, la traite a baissé de 3 % comparé à il y a deux ans. C’est une preuve qu’il ne faut pas seulement se concentrer sur l’offre, mais aussi prendre en considération la demande et les marchés. La demande a baissé sur les marchés, et naturellement les prix ont chuté.

>> Lire : La nouvelle PAC peine à trouver de nouveaux marchés pour l’agriculture de l’UE

D’après vous, quelles seront les conséquences de la sortie du Royaume-Uni de l’UE sur l’économie agricole européenne ?

Bien que la Grande-Bretagne représente un marché important pour les exportations de lait et de viande allemandes, nous ne prévoyons pas d’importants changements dans un futur proche. Jusqu’à ce que la procédure du Brexit soit achevée, ce qui devrait encore durer quelques temps, les Britanniques font encore partie du marché unique et je ne pense pas que nous perdrons ce marché une fois le Royaume-Uni sorti.

Lors du conseil des ministres, la Commission a proposé des modifications concernant le verdissement. Que pensez-vous de cette initiative ?

La Commission est bien partie et prend la bonne direction. Or, en retravaillant ces propositions, certains points n’ont vraiment pas été améliorés. Au contraire. À cause des procédures compliquées et des risques budgétaires importants du verdissement, beaucoup d’agriculteurs préfèrent miser sur la sécurité et abandonnent certains champs, plutôt que de créer des surfaces d’intérêt écologique. Une simplification est absolument nécessaire.

Ce dilemme dépend également d’un mécanisme fiscal : les États membres gèrent leur comptabilité au niveau national, avant que celle-ci soit examinée par la Commission. Selon nous, il s’agit de bureaucratie et de dépenses inutiles pour les pays. Pour se conformer aux exigences de la Commission, les 28 devront faire face à une bureaucratie de plus en plus envahissante. Il est nécessaire de disposer de plus de flexibilité sur place.

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