L’EFSA garde ses experts britanniques malgré le Brexit [Partie II]

[Sarantis Michalopoulos]

Le directeur de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), Bernard Url, veut maintenir les experts britanniques dans ses rangs après le Brexit.

Bernhard Url est le directeur de l’Agence européenne pour la sécurité alimentaire (EFSA). Cet article constitue la seconde partie de l’interview, disponible ici.

Comment le règlement de l’UE sur la transparence dans la chaîne alimentaire a-t-il affecté l’EFSA ?

Ce règlement, qui doit être appliqué à partir de mars 2021, a un impact énorme sur l’EFSA. Au total, 220 de nos membres sont impliqués dans ce projet, et 50 y travaillent à temps plein en 2020.

Il entraîne des conséquences sur nos processus, notre système informatique, notre organisation et notre technologie. Nous travaillons actuellement en étroite collaboration avec la Commission européenne — et en particulier avec la DG SANTÉ —, parce qu’elle a beaucoup de documents d’orientation et d’actes à rédiger. C’est un grand projet, mais il est en bonne voie, et nous le livrerons en mars 2021.

Vous êtes donc convaincu que tout se passera bien.

C’est stressant, parce que le temps est compté, mais les opérations se déroulent sans accroc. Je tiens cependant à préciser que nous aurons appliqué la législation en mars 2021, mais le système informatique ne sera pas encore totalement prêt, que ce soit du côté de l’EFSA ou de l’industrie. En effet, la mise à jour implique une sophistication de la structure des données et une facilitation des recherches et des téléchargements.

Il s’agit d’un projet pluriannuel qui n’inclut pas uniquement de gros industriels, mais aussi des PME qui doivent s’habituer au mode de transfert des données structurées. Nous devrons donc évoluer en parallèle avec nos parties prenantes, et nous concentrer sur la manière dont le processus est mis en œuvre pour garantir sa transparence.

Ce processus est interactif, et la société civile devrait selon moi avoir le droit d’assister à la mise en place de la régulation.

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Quelle est la principale priorité de l’EFSA pour 2020 ?

La mise en œuvre du règlement sur la transparence représente notre principale priorité. Au-delà de cette législation, nous devons aussi répondre à 600 questions scientifiques.

Le règlement sur la transparence donne une chance de créer un modèle de partenariat avec les États membres. Mais cela représente aussi un défi.

Dans le cadre de cette législation, nous pourrons davantage délocaliser nos activités dans les États membres pour verser une juste rémunération aux experts. Pour cette raison, nous voulons créer un partenariat européen pour l’évaluation des risques avec la France, les Pays-Bas et l’Allemagne. Le défi consiste également à faire participer les petits États membres qui n’ont pas les capacités de la France ou de l’Allemagne dans le domaine au travers de consortiums.

Sur les 62,5 millions d’euros supplémentaires que nous devrions obtenir, en espérant que les négociations du cadre financier pluriannuel (CFP) s’avèrent positives, deux tiers reviendront aux États membres et un tiers sera destiné à l’EFSA. Je pense que ce nouveau modèle d’évaluation des risques en UE fonctionnera très bien.

Pensez-vous que le Brexit aura un impact sur l’EFSA ?

Il sera limité. Nous comptons une vingtaine d’employés originaires du Royaume-Uni qui resteront dans nos rangs. Nous avons pris des décisions au cas par cas à ce sujet. Les experts britanniques, quant à eux, viennent à titre personnel, ce qui signifie que nous pourrons toujours faire appel à leurs services à l’avenir.

Ces experts peuvent-ils donc rester ?

Bien sûr. Mais la situation est un peu différente pour les experts britanniques. Nous choisissons généralement nos spécialistes parmi les 27 États membres. Dans le cas exceptionnel où nous ne trouverions pas d’experts aux compétences requises en UE, nous nous adressons aux États-Unis, à l’Australie ou à la Nouvelle-Zélande.

Le Royaume-Uni se situe entre ces deux options. Les Britanniques sont très forts dans le domaine de la science et de la recherche ; nous devons donc trouver le bon équilibre entre les experts européens et les experts britanniques.

Vous partez du principe que la science ne se limite pas aux frontières…

Non, la science n’a pas de frontières, et nous voulons travailler avec les meilleurs spécialistes. Peu importe leur nationalité s’ils aiment travailler avec l’EFSA. Il en va de la santé publique et du bien commun.

Pensez-vous que le règlement sur la transparence résoudra une fois pour toutes le débat en Europe sur l’élaboration de politiques fondées sur la science ? La situation s’est-elle calmée du point de vue politique de la mesure ?

Je pense que c’était une mesure politique très intelligente et opportune, soutenue par des ressources importantes. Ce sera donc un grand pas en avant vers plus de transparence et d’ouverture. C’est une bonne chose pour la science et la santé publique. Mais elle ne résoudra pas les questions politiques.

Pouvez-vous donner un exemple ?

Nous pourrions par exemple nous interroger sur l’autorisation des herbicides dans l’agriculture européenne. Ce n’est pas une question scientifique, mais une question de valeurs. La science ne peut faire disparaître les différends politiques. Et la réglementation sur la transparence ne règlera pas le problème.

Pour moi, il est nécessaire de séparer les deux domaines. Faisons d’abord de la science sur la base de preuves, pour pouvoir ensuite émettre un avis et porter un jugement de valeur. Enfin, en fonction de ces opinions, des politiques seront établies. Si ces différentes étapes se fondent l’une dans l’autre, nous finissons par nous embourber.

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