Les Verts montent au front pour consulter les études sur le glyphosate

Bart Staes au Parlement. [European Parliament]

L’Organisation mondiale de la santé et l’Agence européenne de sécurité des aliments ont abouti à des conclusions différentes sur le glyphosate. Pour l’eurodéputé belge Bart Staes, l’agence européenne doit absolument publier ses recherches. Un article d’Euractiv Allemagne.

Bart Staes est un eurodéputé belge du groupe des Verts/Alliance libre européenne, membre de la commission du contrôle budgétaire du Parlement européen et membre suppléant de la commission sur la sécurité alimentaire.

Les Verts allemands appellent la Commission à inclure des critères non économiques à son inspection de la fusion entre Bayer et Monsanto. Selon vous, quelles sont les chances qu’un gouvernement européen parvienne à intervenir dans un cas comme celui-ci ?

Chaque État membre dispose d’un ministère dédié aux affaires de concurrence. Les autorités nationales peuvent approuver ou non une fusion sur la base de critères et inquiétude liés à la concurrence. Les autorités allemandes peuvent donc intervenir.

Le 24 avril, nous avons envoyé une lettre à la commissaire chargée de la concurrence, Margrethe Vestager, soulignant cet argument. Les pratiques commerciales de Monsanto ne sont pas celles que nous attendons d’une entreprise en Europe au 21e siècle.

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Qu’en est-il des effets sur la santé de l’un de ses produits, le glyphosate ? L’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) a décidé l’an dernier que cet herbicide n’était pas cancérigène et pouvait donc être vendu dans l’UE. Pourquoi ne faites-vous pas confiance à ces conclusions ?

Il y a un désaccord entre ce que l’EFSA a publié et des études de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La principale différence est que le glyphosate doit être testé en association avec d’autres substances, parce que c’est comme ça qu’on le trouve dans la pratique. Le glyphosate est toujours utilisé avec d’autres substances. Or, l’enquête de l’EFSA ne se penche que sur le glyphosate.

182 études ont été utilisées pour convaincre le public que le glyphosate ne cause pas de cancer, mais 82 de ces études ne sont pas disponibles au public et sont protégées par des entreprises et l’EFSA. Il s’agit de recherches menées par l’industrie elle-même sur la base de tests en laboratoires.

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Certains eurodéputés, dont vous faites partie, ont demandé à avoir accès à ces études, sur lesquelles l’EFSA s’est fondée pour formuler des recommandations. Que s’est-il passé ?

Il y a un an, certains de mes collègues verts et moi-même avons demandé à l’EFSA d’avoir accès aux 82 études non publiées. Nous ne sommes pas des scientifiques, nous ne sommes pas en mesure de juger si les résultats ou la méthodologie utilisée sont corrects, mais nous estimons d’une importance extrême que des scientifiques indépendants aient accès aux études. C’est l’essence de la science.

L’EFSA a demandé au Groupe de travail sur le glyphosate (GTG), qui regroupe les 28 entreprises fabricant ce produit. Le conseil du GTG a été que l’EFSA mette en place une salle de lecture où les eurodéputés puissent consulter les études. Cela a été fait jusqu’en octobre dernier. C’est un effort de transparence détourné, parce que nous n’étions pas autorisés à faire de copies ou à prendre des notes. Les études doivent absolument être examinées par des scientifiques indépendants.

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Le GTG a aussi ouvert une salle de lecture à Bruxelles, où j’ai été, mais tous les documents mis à disposition étaient aussi lourdement censurés. Les informations sur les bonnes pratiques en laboratoires, par exemple, étaient illisibles. Ces données sont cependant importantes, parce qu’elles indiquent que l’étude a été menée de manière claire.

Après des mois de négociations avec l’EFSA, le groupe de travail a fini par nous donner, en décembre, un CD-ROM contenant 100 000 pages d’informations tirées d’études confidentielles. Nous avons essayé d’analyser nous-mêmes ces données, mais il se pourrait que même un toxicologue ne soit pas en mesure de vérifier la valeur des études sur la simple base de ce qui nous a été fourni. Dans ce cas, notre prochaine action pourrait être de nous tourner vers la Cour de justice de l’UE et d’exiger l’accès à tous les documents non censuré.

Je ne dis pas que toutes les études gardées secrètes par l’EFSA sont des études de Monsanto, mais certaines pourraient bien être de la même nature que les « Monsanto papers », aux États-Unis [qui ont révélé que dès 1999 la dangerosité du produit inquiétait la firme et que certaines études pourraient avoir été falsifiées]. Comment être sûr que d’autres grandes entreprises n’ont pas fait de même ?

Soyons clairs, les Verts ne sont pas hostiles au commerce ou anti-science, mais nous ne sommes pas non plus naïfs. Tout le monde se souvient du scandale du Dieselgate et des dommages que cela a coûté aux consommateurs et en termes de santé publique. Tout cela parce que l’industrie en question était trop puissante et dictait ses propres règles.

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Devrait-il y avoir un changement des règles pour que l’EFSA soit financée d’une autre manière ?

L’EFSA fait souvent du très bon travail, et nous y sommes tout à fait favorables. Le fait de ne pas publier les études sur le glyphosate est une décision politique, qui contraste avec le fait que d’autres études sont tout à fait publiques et peuvent être examinées par des scientifiques indépendants.

L’EFSA devrait peut-être changer son système de financement et disposer de plus de budget, même s’il ne doit pas nécessairement provenir d’autres autorités. Pourquoi ne pas faire en sorte que l’industrie paye en partie le travail indépendant fait par l’EFSA ? C’est une option qui est de plus en plus souvent avancée. Pas parce que l’EFSA fait quoi que ce soit de mauvais, mais parce qu’il existe des problèmes potentiellement causés par des prises de décision politiques. De toute façon, nous ne pouvons plus accepter que des décisions soient prises sur la base d’arguments scientifiques non vérifiés et non publiés.

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Que va-t-il se passer à présent ?

Si nous tirons les leçons des « Monsanto papers » et menons de débat dans la bonne direction, nous pourrons commencer à construire une vraie confiance. J’étais l’un des architectes de la législation instaurant l’EFSA en 2000/2001, l’important a toujours été d’avoir une agence forte et indépendante. Malheureusement, le manque de transparence et les conflits d’intérêts récents ont meurtri sa réputation.

Ces dernières années, beaucoup de choses ont évolué dans le bon sens au sein de l’agence, mais le Parlement européen et la société civile doivent continuer à faire pression sur certains sujets.