La souveraineté alimentaire européenne est l’enjeu prioritaire dans les négociations de la PAC

Face aux défis du changement climatique et aux problèmes de santé publique posés par l’usage des pesticides, reconstruire la souveraineté alimentaire européenne est tout autant un impératif qu’aux temps des pères fondateurs de l’Europe. [EP/DIEFFEMBACQ]

Face aux défis du changement climatique et aux problèmes de santé publique posés par l’usage des pesticides, l’eurodéputé Eric Andrieu juge impératif de reconstruire la souveraineté alimentaire européenne.

La réforme du programme agricole phare du bloc, la politique agricole commune (PAC), fait désormais l’objet de discussions en trilogue, soit les négociations interinstitutionnelles entre la Commission européenne, le Conseil de l’Union européenne (UE) et le Parlement européen.

Les pourparlers sont actuellement confrontés à un sujet épineux concernant les plans stratégiques à mettre en place, l’un des pans principaux de la réforme de la PAC et le grand sujet de discorde avec la Commission européenne.

Par le biais de ces plans, les pays décideront de la façon dont ils entendent atteindre les neuf objectifs de la PAC à l’échelle européenne, et ce en ayant recours aux instruments proposés sans oublier de répondre aux besoins spécifiques des exploitants agricoles et de la population rurale.

Si l’exécutif européen souhaite s’assurer que ces plans s’alignent sur le Pacte vert pour l’Europe, nombreux sont ceux qui remettent en cause le réel apport de la réforme de la PAC afin de parvenir aux objectifs liés.

« Derrière cet enjeu prioritaire, il en est un autre tout aussi important : reconstruire la souveraineté alimentaire européenne », a fait savoir Eric Andrieu, député européen socialiste pour la circonscription Grand Sud-Ouest et porte-parole du groupe S&D à l’agriculture et au développement rural.

Atteindre la souveraineté alimentaire : quels rôles pour l'innovation et les technologies de rupture ?

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M. Andrieu est rapporteur du règlement « Organisation Commune des Marchés » (OCM) au Parlement, l’un des grands pans de la Politique agricole commune. Celui-ci contrôle la production et le commerce de produits agricoles au sein de l’UE, y compris des denrées alimentaires d’origine animale et végétale.

 « Le Parlement a voté un mandat de négociation ambitieux sur le volet “organisation commune du marché” […] et j’appelle le Conseil à se saisir pleinement de ces propositions dans le cadre des trilogues », a soutenu le député européen.

« Le mandat de négociation du Parlement en matière de souveraineté alimentaire s’inscrit au final parfaitement dans la nouvelle doctrine d’“autonomie stratégique ouverte” que porte la Commission. L’agriculture et l’alimentation doivent assurément être au cœur de la révision de la politique commerciale européenne qui s’ouvre actuellement », a-t-il renchéri.

Selon le député européen socialiste, les amendements votés par le Parlement constituent de premières traductions concrètes dont le Conseil doit pleinement se saisir pour éviter la fragmentation du marché commun et la renationalisation de la PAC.

« L’alternative n’est plus entre souveraineté alimentaire ou absence de souveraineté alimentaire, elle est entre souveraineté alimentaire européenne et souverainetés alimentaires nationales », a-t-il expliqué.

La montée du gastro-nationalisme

Alors que se multiplient les initiatives à l’échelle des États membres, il est indispensable d’apporter une réponse au niveau communautaire sous peine de mettre en péril le marché commun européen. Ne prenons pas à la légère ce que certains commencent à nommer « gastro-nationalisme » ou « nationalisme alimentaire », a mis en exergue le législateur français.

« Appeler au seul patriotisme des consommateurs pour soutenir, via la multiplication des drapeaux sur les emballages, le revenu des agriculteurs nationaux tend vers ce que l’on peut considérer comme le degré zéro d’une politique agricole ».

« Reconstruire la souveraineté alimentaire n’est pas non plus synonyme d’autarcie. Au contraire, même après le Brexit, l’UE reste importateur net de produits agricoles en volume, ce qui signifie que nous continuerons dans tous les cas d’avoir besoin des échanges internationaux et donc d’avoir l’opportunité d’élever les standards environnementaux et sociaux chez nos partenaires commerciaux », a-t-il poursuivi.

Et de détailler : « En premier lieu, nous devons être en mesure d’imposer que les produits que nous importons respectent les mêmes règles sanitaires, sociales et environnementales que celles que nous appliquons à nos propres producteurs. À défaut, pas de progrès social dans les campagnes et toute élévation de nos standards se traduira par l’augmentation d’une pollution importée d’ailleurs, ce qui n’aura fait que déplacer le problème.

Deuxièmement, nous devons être en mesure de préserver notre potentiel de production agricole en étant capable de solutionner les crises de surproduction quand elles se présentent. L’ajustement de l’offre par la baisse des prix ne fonctionne pas de lui-même et doit être accompagné, car l’agriculture est à la fois une industrie lourde et un secteur où le maillon de la production est très atomisé.

Tertio, la question des stocks de sécurité alimentaire ne peut plus être un tabou [alors même que les impacts du changement climatique peuvent être catastrophiques pour une récolte et que tous les États membres disposent de stocks de sécurité pour le pétrole !] La sécurité alimentaire passe autant pas les échanges commerciaux que par les stocks de sécurité. Nous devons avoir un meilleur suivi de leur niveau, en imposant plus de transparence si nécessaire ».

La transition verte de la PAC divise les politiques français

Les ministres de l’Agriculture de l’UE sont arrivés ce mercredi (21 octobre) à un accord sur la réforme de la politique agricole commune (PAC). En ce qui concerne la transition verte de la PAC, les réactions des parlementaires français sont contrastées.

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