« La Grèce va passer à l’agriculture numérique »

Nikos Pappas [Shutterstock]

La numérisation du secteur agricole sera au cœur de la stratégie de croissance de la Grèce au sortir de l’austérité, assure le ministre Nikos Pappas.

Nikos Pappas est le ministre grec de la Politique numérique, des Médias et des Télécommunications.

Vous avez annoncé la mise en place d’une « transformation numérique du secteur agricole ». Quelles sont les caractéristiques de ce projet ? Quel rôle a l’agriculture dans l’ère post-renflouement, et quelle est la valeur ajoutée de la numérisation pour les agriculteurs ?

Notre gouvernement a défini un objectif initial : la transition de l’économie grecque, y compris le secteur agricole et la production agroalimentaire, vers des méthodes modernes, via les nouvelles technologies.

Nous sommes prêts à honorer l’accueil chaleureux réservé par le commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan, à ce projet, qui est au cœur de l’intérêt européen. En coopération avec le ministère du Développement rural et de l’Alimentation, nous progressons à un rythme rapide. D’ici un mois, nous annoncerons le projet et très bientôt, le programme sera entre les mains de 450 000 agriculteurs.

Le plan prévoit que 6 500 stations terriennes « suivront » les cultures sur 15 millions d’acres (plus de 60 000 km2) recueillent des données sur le sol, l’air et l’eau, que nous utiliserons ensuite pour fournir des conseils personnalisés pour chaque parcelle. L’agriculteur pourra donc recevoir, grâce à un simple message sur son téléphone portable, des mises à jour sur les événements climatiques extrêmes et des conseils en matière d’irrigation et de protection de sa production. Les données seront disponibles pour des utilisations académiques et pour la coopération dans le secteur privé.

Là où elle a été testée, l’agriculture intelligente a permis aux agriculteurs de réduire leurs coûts de près de 45 %. Il n’y a aucune raison pour que notre pays, maintenant qu’il n’a plus besoin de renflouements, n’ait pas le secteur primaire qu’il mérite.

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Le programme prévoit une coopération étroite entre différents ministères, le secteur académique et de la recherche et les agriculteurs. Une telle approche est-elle possible ? Comment assurer la cohérence ?

La numérisation du secteur agricole est une voie à sens unique, sur laquelle nous devons nous engager. L’État, la communauté académique, les entreprises agricoles, les coopératives rurales, les start-ups et, bien sûr, les agriculteurs, jeunes et vieux, travailleront ensemble pour créer la croissance agricole, dans le cadre de la Politique agricole commune post-2020.

Ce sont les participants eux-mêmes qui assureront la cohérence, en fournissant des solutions aux problèmes quotidiens.

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Où en est le développement des microsatellites en Grèce ? Ce projet sera-t-il lié au programme spatial Copernicus ?

Dans le secteur spatial, la Grèce est en train de réémerger. Nous estimons que ce secteur est un pilier qui nous permettra de soutenir toute notre économie. C’est pourquoi nous appliquons la stratégie d’espace national et développons nos infrastructures et une série de microsatellites, entre autres.

Aujourd’hui, le développement de microsatellites en Grèce est limité aux lancements des universités de Patras, de l’Égée, de Démocrite et du Péloponnèse, qui ont participé à des missions spatiales de microsatellites via la NASA et l’ESA.

Le projet de microsatellite que nous avons lancé est en phase finale d’approbation et prévoit 11 microsatellites qui seront entièrement construits en Grèce et utilisés pour des technologies exclusives pour les citoyens du pays, principalement dans des applications en aval depuis l’espace.

Le Programme spatial d’observation de la Terre, Copernicus, a pour principal champ d’action le secteur agricole. L’utilisation de ses données par les utilisateurs actifs dans la production agricole devient de plus en plus efficace, grâce aux nouvelles possibilités offertes par les applications agricoles « intelligentes ».

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Vous dites souvent qu’en 2019, l’administration publique du pays sera entièrement numérisée. Où en est la circulation électronique des documents dans le secteur public ?

Nous venons de procéder à l’examen des spécifications techniques de l’appel d’offres. Dans quelques jours, nous lancerons cet appel et, en novembre, nous signerons le contrat avec l’entrepreneur choisi.

Le projet de circulation des documents numériques dans le secteur public sera achevé en 2019. Il couvre 21 000 organismes publics et s’ajoute à la mise en place de 150 000 signatures numériques de fonctionnaires.

Actuellement, notre ministère est entièrement numérisé. Cela signifie que les 600 personnes qui y travaillent signent et font circuler chaque document sur ordinateur ou téléphone portable. Selon les études, avec l’extension du projet à tout le secteur public, nous économiserons 400 millions d’euros par an.

Notre objectif est de rattacher cela portail numérique unique, qui permet aux citoyens européens de gérer leurs interactions avec les administrations publiques.

Que répondez-vous à vos critiques qui estiment que la numérisation est trop lente ?

Nous [le gouvernement] et l’opposition, nous avons une perception différente des choses. À l’époque du gouvernement précédent, la Grèce était à la traîne en matière de développement numérique et risquait de perdre d’importants fonds communautaires pour des projets de ce type.

Aujourd’hui, la situation s’est inversée. Grâce aux outils fournis par la Commission européenne, ainsi qu’aux ressources nationales, la Grèce parvient non seulement à faire une différence dans des projets spécifiques, mais aussi à réaliser une croissance numérique juste. Elle assure la participation égale de tous les citoyens à cette nouvelle ère. Ce devrait être un objectif fondamental de toute la famille européenne.

Vous avez récemment visité Tallinn, une des villes les plus « numérisées » de l’UE. Quel a été le résultat de vos rencontres là-bas ?

Avec mon homologue estonien, nous avons décidé d’intensifier la coopération de nos pays afin de devenir un modèle de coopération dans la mise à niveau numérique des domaines de pointe.

Certes, la Grèce a encore beaucoup de chemin à parcourir pour atteindre le niveau de l’Estonie, mais notre pays ne manque ni d’esprits brillants, ni d’opportunités, ni de la volonté politique de combler le fossé numérique que nous avons avec de nombreux pays européens. Ces lacunes ont été créées par les mauvaises politiques du passé.

Le ministre estonien de la Technologie de l’information, René Tammist, a accepté notre invitation et se rendra bientôt à Athènes, avec son équipe, pour jeter les bases de notre future coopération.

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