« Interdire les OGM revient à pénaliser les pays en développement »

Richard Roberts

Les OGM peuvent apporter des solutions à l’agriculture des pays en développement et aux problèmes de malnutrition, selon Richard Roberts, prix Nobel de physiologie et médecine.

Richard Roberts est un biochimiste et biologiste moléculaire britannique. En 1993, il a reçu le prix Nobel de physiologie et médecine avec son collègue Phillip Allen Sharp. Il est à l’origine de la lettre des prix Nobel en faveur de l’agriculture de précision et des OGM.

Quand et pourquoi avez-vous commencé à récolter des signatures pour votre pétition ? Quel impact a-t-elle eu à ce jour ?

J’ai commencé à récolter des signatures sérieusement en juillet 2015, après avoir discuté avec une série d’autres prix Nobel du sujet des OGM en général et avoir été encouragé à en faire plus.

À ce jour, nous avons reçu beaucoup d’attention de la presse et peu de réponses des écologistes. Je n’ai pas eu de réponse à la lettre que j’ai envoyée fin juin à Greenpeace. La campagne continuera aussi longtemps qu’il le faudra, pour que les gens comprennent qu’ils sont induits en erreur par les Verts.

Dans la pétition, vous vous demandez combien de personnes devront mourir avant que nous réalisions le refus des OGM comme un « crime contre l’humanité ». Vous êtes sérieux ?

Très sérieux ! On empêche sciemment nombre d’habitants des pays en développement d’avoir accès à des techniques agricoles modernes pour améliorer leur niveau de vie.

Rien que pour le riz doré, si ce développement n’était pas entravé, de nombreux enfants ne deviendraient pas aveugles, ou éviteraient des retards de développement importants. À l’heure actuelle, deux millions d’enfants meurent chaque année d’un manque de vitamine A.

En Ouganda, les plantations de bananes sont attaquées par une bactérie contre laquelle il n’existe de résistance naturelle dans aucune espèce de banane. Or, l’apport calorifique de 30 % de la population vient des bananes. S’ils perdent cette source alimentaire importante, des millions de personnes des zones subsahariennes pourraient en mourir. Pourtant, il existe une solution, grâce aux OGM.

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Les opposants aux OGM estiment qu’il vaut mieux être sûr qu’ils n’ont pas de conséquences négatives. Qu’avez-vous à leur répondre ?

Ils n’ont aucune raison de s’inquiéter, il a été prouvé que cette technologie est au moins aussi sûre que les méthodes de sélection des plantes traditionnelles, cet argument n’a aucun fondement.

De plus, l’histoire de l’innovation a toujours comporté des risques. Il y aurait beaucoup moins de morts sur la route si nous roulions toujours dans les charrettes tirées par des chevaux.

La grande question n’est pas la sécurité en soi, mais de savoir si les bénéfices sont plus importants que les risques. Demandez à un Africain moyen quels sont les risques quand on n’a pas accès à une source de nourriture saine et nutritive.

Comment expliquez-vous que de si nombreux Européens rejettent les OGM ? Quelle a été l’erreur de l’industrie agroalimentaire ?

Quand les OGM sont arrivés en Europe, Monsanto en a beaucoup bénéficié, les agriculteurs en ont un peu bénéficié et les consommateurs ont vu le prix des aliments augmenter un peu.

L’Europe n’avait pas besoin des OGM et était en général méfiante quant à l’agro-industrie, et il est donc devenu facile pour les écologistes, et particulièrement Greenpeace, de fusionner les deux sujets [Monsanto et les OGM].

Ils pouvaient ainsi s’opposer aux OGM en clamant que cela nuirait à Monsanto et assurer vouloir sauver l’Europe en faisant peur avec des histoires de désastres qui pourraient résulter de l’utilisation généralisée d’OGM.

Ça a marché et a été extrêmement profitable pour Greenpeace, à la fois en termes de collecte de fonds et de pouvoir politique. En plus, la meilleure partie, cela ne coutait rien aux consommateurs européens.

>> Lire : Les États membres boudent les OGM autorisés par Bruxelles

Pensez-vous que le rachat de Monsanto par Bayer se traduira par davantage de pressions sur les décideurs politiques à ce sujet ? Pensez-vous que ce soit une bonne nouvelle pour les agriculteurs ?

Je ne connais pas assez l’agro-industrie pour commenter l’impact de ce rachat. L’UE assure se reposer sur des preuves scientifiques pour prendre ses décisions. Et pourtant, elle s’efforce également de faire preuve d’une inclusion démocratique dans son processus législatif, en tenant compte des opinions d’un grand nombre de parties prenantes. Quel est le bon équilibre ?

Il semble vrai que les politiques européens soutiennent beaucoup la recherche scientifique, et pourtant ils ne tiennent souvent pas compte des résultats que si ceux-ci sont politiquement malvenus.

Je me demande donc pourquoi ils soutiennent tant la science. La question de l’équilibre est raisonnable, mais cela signifie que les hommes politiques et leurs équipes devraient faire plus attention à qui ils écoutent.

Toutes les parties exprimant des inquiétudes ne sont pas nécessairement des porte-paroles fiables. D’une manière générale, les scientifiques ont tendance à s’en tenir aux faits et ne s’en sortent pas en mentant.

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