Nouvelle PAC : « Surtout ne pas ressembler à l’ancienne »

Harald Ebner est président des Verts au sein de la commission de l'alimentation et de l'agriculture du Bundestag. Selon lui, l'agriculture européenne doit être réformée en profondeur. [Chaperon]

L’agriculture, responsable de 29% des émissions de gaz à effet de serre en Europe : c’est ce qu’a reconnu la Commission européenne dans sa stratégie alimentaire « De la ferme à la fourchette ». Ce dispositif, qui prévoit notamment de réduire l’usage des pesticides et d’allouer un quart des terres agricoles européenne à la production bio, entre dans une phase cruciale, alors que la nouvelle PAC fait l’objet d’un vote au Parlement européen en fin de semaine.

Harald Ebner, président des Verts au sein de la commission de l’alimentation et de l’agriculture du Bundestag.

Lundi 19 et mardi 20 octobre, les ministres européens de l’Agriculture se réunissent pour négocier des textes majeurs qui définiront la politique agricole commune pour les sept prochaines années. En fin de semaine, ce sera au tour du Parlement de se pencher sur ces questions. À quoi devrait ressembler la nouvelle PAC ?

La réponse est toute simple : surtout ne pas ressembler à l’ancienne. Cela ne peut plus continuer comme cela. Les défis sont gigantesques. La crise du Coronavirus a certes provoqué un bouleversement économique majeur, mais ce n’est pas la seule crise que nous vivons. L’urgence climatique, la destruction de la biodiversité, l’érosion des sols, la pollution des eaux sont tout aussi graves. Tous ces points, dont on se préoccupait peu ou pas il y a quelques années, sont devenus essentiels. Nous changeons d’époque, et la PAC doit changer avec elle.

La politique agricole, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, n’est donc pas assez verte ?

Loin de là. Notre agriculture produit de la valeur, ce qui n’est pas reconnu par la politique agricole actuelle. Dans notre société de consommation, il est peut-être satisfaisant d’acheter sa nourriture bon marché. Mais les prix bas ne garantissent ni des revenus satisfaisants aux paysans, ni des productions agricoles de qualité.

Par ailleurs, les aides allouées aux agriculteurs sont très inégalement réparties. Tandis que les grandes exploitations agricoles perçoivent la majorité des fonds, les petits agriculteurs, qui assurent la diversité des productions, sont mis à l’écart par ces logiques de marché et la pression des prix. Dorénavant, il est essentiel d’encourager les agriculteurs à se tourner vers des modes de production plus durables. La PAC doit devenir plus verte mais aussi plus équitable.

En mai 2020, la Commission européenne a présenté sa stratégie « De la Ferme à la fourchette » (F2F), avec des objectifs ambitieux pour favoriser l’agriculture biologique, réduire l’usage de pesticides et des intrants de synthèse. Cette stratégie a-t-elle un avenir au sein de la future PAC ?

Elle a un avenir, et doit en avoir un. Avec sa stratégie F2F, la Commission a pris des engagements ambitieux : réduire de 50 % l’usage des pesticides d’ici 2030, diminuer d’au moins 20 % le recours aux engrais, promouvoir une agriculture plus écologique et plus durable… Toutes ces mesures vont dans la bonne direction. Reste à voir si l’UE se donnera les moyens de son ambition, avec un plan d’action et un soutien financier suffisamment conséquent. Nous sommes dans une période clé, avec la réunion du Conseil des ministres et le vote sur la réforme de la PAC au Parlement européen. Si la stratégie « De la ferme à la fourchette » n’est pas intégrée à la PAC, ce sont sept années cruciales que nous aurons perdu. Avec des conséquences environnementales désastreuses.

Et de nombreux rapports l’affirment : cela ne peut plus continuer comme cela, la politique agricole doit changer. Même le comité consultatif scientifique [allemand] sur les questions agricoles et alimentaires [Wissenschaftliche Beirat für Agrarpolitik, Ernährung und gesundheitlichen Verbraucherschutz ( WBAE )]  a récemment pris position en ce sens. À la question « Que doit faire l’agriculture pour protéger le climat et s’adapter au débat sur le changement climatique » – car ces deux questions sont intrinsèquement liées – le comité a clairement indiqué que la politique agricole de l’UE doit cesser de fournir des aides sans contrepartie environnementale. Et c’est ce que les Verts réclament depuis longtemps : de l’argent public pour des services publics rendus.

La semaine dernière, la ministre de l’Agriculture allemande, Julia Klöckner, a proposé de réduire la part minimale des fonds alloués aux « eco-schemes », ce dispositif visant à rémunérer les agriculteurs pour les services qu’ils rendent à l’environnement. Dans le premier pilier de la PAC, seuls 20 % du budget leur serait alloué.

Cette annonce m’a laissé sans voix. Cela prouve tout simplement que Madame Klöckner ne veut rien changer. Derrière de belles paroles, le but, ici, est de maintenir l’ancien système [agricole].

Pour encourager les exploitants à se tourner vers une agriculture plus durable, cette dernière doit aussi être rentable. Si on n’engage pas d’importants moyens financiers, les paysans ne pourront pas faire leur transition agricole. Si on réduit la part allouée aux « eco-schemes » à seulement 20 %, la mesure n’aura plus aucun effet. Même 30 % ne seront pas suffisant pour changer le système en profondeur.

La question de la subsidiarité est aussi source de nombreux débats.

En effet. La Commission européenne souhaite donner plus de responsabilités aux États membres. Au risque de voir émerger un nivellement par le bas. Si on laisse aux États membre la charge de gérer seuls ces « eco-schemes », quel chef d’État ou quel ministre de l’Agriculture rentrera chez lui en disant : « Nous avons négocié quelque chose, et pour le mettre en place nous serons plus stricts que tous nos autres voisins européens réunis ». Personne ne peut faire cela. Voilà ce qui nous pend au nez : les pays se surveilleront les uns les autres, histoire d’en faire le moins possible chez eux. Ce qu’il nous faut aujourd’hui, ce ne sont plus des belles paroles mais des mesures strictes et claires.

En plus de votre mandat au Bundestag, vous êtes membre de l’assemblée parlementaire franco-allemande (DFPV). Dans quels domaines espérez-vous une coopération concrète au sein du DFPV ? Dans l’agriculture justement ?

Que des parlementaires de deux pays différents s’unissent de cette manière est unique au monde. Cette assemblée parlementaire binationale est toute jeune [ndlr : elle a été créé en 2019 par le traité bilatérale sur la coopération et l’intégration franco-allemande, ou traité d’Aix-la-Chapelle]. Nous ne nous sommes rencontrés que trois fois : à Paris, à Berlin et à Strasbourg. La dernière réunion à Francfort a été annulée en raison du coronavirus. Mais j’ai bon espoir que la coopération gagne en densité les prochaines années. Et notamment en ce qui concerne l’agriculture, nos deux pays peuvent apprendre l’un de l’autre. La France a par exemple introduit des mesures phares il y a déjà plusieurs années pour réduire l’usage des pesticides. Il reste bien sûr du chemin à faire, mais pour lutter contre le réchauffement climatique, allier nos forces est forcément une bonne stratégie.

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