« La numérisation est une aubaine pour l’agriculture »

Phil Hogan, commissaire européen à l'agriculture et au développement rural. [EPP group/ Flickr]

La propriété et l’accès aux données devraient améliorer la compétitivité des agriculteurs, selon le commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan.

Phil Hogan est commissaire européen à l’agriculture et au développement rural.

Nous sommes dans une période de consultation concernant la politique agricole commune (PAC) pour l’après 2020. D’après vous, quel rôle jouera l’agriculture de précision? 

L’agriculture de précision consiste essentiellement à utiliser la bonne quantité d’intrants au bon endroit et au bon moment. Elle fait partie d’un programme plus large de numérisation de l’agriculture. En capturant et en combinant les données sur les sols, le climat, la variété des cultures, la gestion agricole, etc., nous pourrons proposer de nouvelles solutions à des problèmes anciens et élaborer de nouveaux produits et services pour stimuler la croissance et créer des emplois dans le secteur agricole.

La numérisation est une aubaine pour l’agriculture. Pour pouvoir la saisir, une intervention au niveau politique est nécessaire, à travers des mesures européennes de recherche agricole, par exemple, mais aussi d’autres politiques, telles que le marché unique numérique.

L'ONU appelle à renoncer à l’agriculture industrielle

La rapporteuse spéciale sur le droit à l’alimentation de l’ONU dresse un réquisitoire des conséquences délétères des pesticides sur la faune, la flore et l’être humain.  Un article de notre partenaire, Le Journal de l’Environnement.

Les principaux obstacles auxquels nous sommes confrontés à l’heure actuelle concernent la propriété des données ou l’accès à celles-ci, l’interopérabilité de différents systèmes, et le manque d’information sur les coûts/bénéfices.

Les politiques déjà existantes tentent de répondre à ces problèmes. Par exemple, l’évaluation des coûts et des bénéfices de certaines applications est réalisée grâce aux partenariats d’innovation européens.

En outre, des projets de recherche financés conjointement par les départements de l’agriculture et du marché unique numérique de la Commission conçoivent actuellement des plateformes pour résoudre les problèmes d’interopérabilité et étudier les possibilités de relier les machines entre elles par le biais d’Internet. L’accès aux données et leur réutilisation feront également l’objet d’une consultation publique organisée par le département du marché unique numérique. Par ailleurs, nous organiserons un atelier en avril pour aborder les questions d’accès aux données et de leur propriété en s’intéressant spécifiquement au secteur agricole.

Craignez-vous que l’introduction de technologies numériques dans l’agriculture européenne puisse créer une agriculture à deux vitesses? Quel pourrait être le rôle de l’industrie agroalimentaire à cet égard?

La numérisation offre des opportunités à tous les agriculteurs prêts à sauter le pas. Mais nous ne devrions pas nous attendre à ce que tous les agriculteurs européens deviennent entièrement connectés, ni les obliger à le faire. Nous devrions plutôt mettre au point des systèmes ouverts permettant à ceux qui le souhaitent d’utiliser les nouvelles technologies de la manière la plus adaptée à leurs besoins. C’est pourquoi nous sommes particulièrement attentifs à l’interopérabilité. Bien évidemment, le déploiement de l’Internet à haut débit dans les zones rurales est une condition sine qua non à la réalisation d’une telle politique.

La numérisation ne profitera pas seulement aux agriculteurs. La chaîne alimentaire tout entière en bénéficiera. Il est certainement possible d’imaginer un flux de données intégrées traversant la chaîne alimentaire, des fournisseurs du secteur de l’alimentation animale aux entreprises de transformation

alimentaire, en passant bien sûr par les agriculteurs.

La PAC doit encourager l’agriculture intelligente

Après 2020, l’UE devrait mobiliser la Politique agricole commune (PAC) pour introduire les technologies numériques nécessaires dans le secteur agricole, selon les experts en agriculture de précision.

Cette intégration arrive avec son lot d’avantages et d’inconvénients: étant donné que les agriculteurs sont déjà dominés par leurs partenaires en amont et en aval, nombre d’entre eux pourraient se montrer réticents à partager trop d’informations avec leurs rivaux commerciaux. Il faut donc organiser la propriété des données et l’accès à celles-ci de façon à ce que les nouvelles technologies renforcent la position des agriculteurs et ne leur portent pas préjudice.

Je pense que les organisations agricoles ont un rôle capital à jouer pour encourager leurs membres à adopter des technologies qui pourront les aider. Au final, nous savons que la meilleure manière d’agir est d’autoriser les échanges entre les fermiers.

Nous parlons d’innovation dans le secteur agricole mais, pour l’instant, l’UE et ses États membres n’ont pas encore garanti une connexion Internet à toutes les zones rurales. La nouvelle PAC s’attaquera-t-elle à ce problème?

Le fait que certaines zones rurales ne soient toujours pas reliées au réseau Internet est inadmissible. Nous tentons de résoudre ce problème en travaillant étroitement avec nos collègues des départements du marché unique numérique et de la politique urbaine et régionale. Nous avons même créé un organisme ad hoc afin d’aider les pays européens et les régions à avoir accès plus rapidement à l’Internet haut débit.

Cependant, il revient à chaque État membre et à chaque région d’établir son propre calendrier pour le déploiement d’une connexion à haut débit. Nous ne pouvons donc agir qu’au niveau européen, et il revient aux États de faire le reste.

« Le numérique doit améliorer la productivité des exploitations agricoles »

La connexion à Internet est devenue « vitale » pour le travail quotidien des agriculteurs, assure Martin Merrild, qui prévient cependant que cela ne devrait pas encourager les législateurs à introduire des programmes de contrôles qui compliqueront encore leur vie.

 

Certains pensent que les petits propriétaires terriens n’auront pas les moyens d’adapter leur exploitation aux nouvelles technologies. Comment la Commission peut-elle répondre à ce problème?

L’adoption de pratiques agricoles connectées n’est pas forcément synonyme d’investissements conséquents. Les applications fonctionneront sur les smartphones, comme les applications visant à diagnostiquer les maladies. Nul besoin d’acheter d’imposantes machines ou des systèmes informatiques coûteux. En réalité, les machines, telles que les tracteurs, devraient même devenir plus petites grâce aux nouvelles technologies.

Et dans le cas où un agriculteur aurait besoin d’une machine spécifique, il est probable qu’un prestataire de services réponde à son besoin, comme c’est déjà le cas pour certains équipements. Par exemple, peu d’agriculteurs veulent acheter leur propre moissonneuse, il en sera donc de même pour ces équipements de précision onéreux. Je ne pense pas que l’agriculture intelligente devrait être réservée à des exploitations d’une certaine taille.

Le Brexit, qui entraînera une baisse des contributions nationales à la PAC, pourra-t-il faire échouer les ambitions de l’agriculture de précision?

Il est impossible à l’heure actuelle de prévoir quel sera le budget à l’avenir. Quoi qu’il en soit, nous devrons utiliser les fonds que nous aurons de la meilleure manière possible. Il en sera ainsi avec ou sans Brexit.

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