« Londres devra mettre en place une vraie politique alimentaire post-Brexit »

David Drew rappelle le caractère éminemment politique de l'agriculture.

Après le Brexit, le Royaume-Uni devra développer une vraie politique agroalimentaire et assurer l’accès aux fonds publics pour les agriculteurs qui en ont besoin, explique le ministre fictif de l’Alimentation britannique.

David Drew est le ministre fictif de l’Environnement, l’alimentation, les affaires rurales et le gaspillage pour le Parti travailliste. Au parlement, il représente Stroud, dans le sud-est anglais.

En quittant la Politique agricole commune, le Royaume-Uni aura l’occasion de complètement repenser la manière dont il produit et consomme sa nourriture, ainsi que le financement des activités agricoles. L’agriculture post-Brexit continuera-t-elle sur la même lancée ou deviendra-t-elle une question politique brûlante ?

L’alimentation est un sujet incroyablement politique. Avec le logement, c’est le sujet le plus basique de tous. On ne peut ignorer la politique de qui produit notre nourriture, ce qu’ils produisent, combien ils le vendent, qui l’achète, s’il s’agit de ce que les gens devraient manger et s’il y en a assez ou non.

Nous avons donc besoin d’une réelle politique alimentaire, ce dont nous ne disposons actuellement pas. Je collabore avec des spécialistes sur la révision de ce que nous voulons vraiment dire quand on parle de politique alimentaire : il ne s’agit pas seulement de ce que l’on mange, mais aussi d’hygiène, de santé et de régime alimentaire.

Il s’agit donc de questions politiques extrêmement importantes, qui passent parfois inaperçues parce que la politique agricole a été largement consensuelle jusqu’ici. Le risque [avec le Brexit] est qu’un conflit éclate entre gouvernement et agriculteurs, parce que l’agriculture n’est qu’un aspect d’un accord bien plus large [à conclure avec l’Europe]. Il se trouve qu’en ce moment l’argent [versé à l’agriculture britannique] provient de l’UE, mais il n’y a pas de quoi se fâcher sur cela.

L’Université royale agricole de Cirencester a analysé la part de l’agriculture dans la génération de revenus dans les 15 miles [24 km] entourant la ville, une zone très rurale, et a réalisé que cette part n’était que de 0,2 %.

Vous voyez que nous surestimons l’importance économique de l’agriculture, même dans les zones rurales, mais si on l’ignore complètement, on ignore l’une des pierres d’angle qui permet à un pays de s’occuper de ses citoyens. Nous devons mettre en place un système qui permet aux agriculteurs de faire ce dont nous avons besoin, et pas autre chose.

Un Royaume-Uni indépendant peut-il concevoir un système agricole à la fois économiquement et écologiquement durable ou y aura-t-il toujours une tension entre économie et environnement ?

La réponse honnête est que ces deux secteurs ne sont pas nécessairement en conflit, mais qu’ils peuvent l’être. Certains estiment que la solution pour la viabilité économique est d’instaurer des exploitations beaucoup plus grandes. Mon opinion est que les mégaexploitations ne sont pas acceptables, parce que le prix environnemental est trop élevé. Si vous avez un troupeau de 1 500 vaches laitières, par exemple, et qu’une maladie se déclare, ce n’est simplement pas maîtrisable.

Les petites exploitations nous offrent la variété. En plus, je veux des gens sur le terrain, et les petits agriculteurs fournissent plus d’emploi, donc ils sont plus bénéfiques pour l’économie. Cela ne s’applique pas uniquement à l’agriculture, mais à tous les secteurs associés.

Le point clé de la question environnement vs économie sera l’origine du financement de la gérance et des programmes écologiques. Je suis très favorable à la gérance écologique, mais une grande partie des fonds dédiés à cette question dans le verdissement de la Politique agricole commune ne finit pas entre les mains de gens qui en ont vraiment besoin : si vous êtes un bon agriculteur, vous ne devriez de toute façon pas prendre de mesures environnementales supplémentaires.

Ensuite, il y a les zones comprises dans les exploitations qui sont importantes pour l’environnement, mais ne survivraient pas sans subvention. Prenez les agriculteurs de montagne. Tous les ans, ils commencent avec 10 000 livres sterling [11 180 euros] de perte. Si personne ne les aide, ils ne survivront évidemment pas. La question est donc de savoir si nous les payons pour gérer leurs exploitations, ou pour gérer l’environnement. Si nous voulons leur dire « nous ne vous payons pas, la campagne n’a besoin de personne », ces régions seront reconquises par la nature. Ce sont des questions relativement logiques, mais difficiles, et elles doivent être posées.

Que pensez-vous de la réautorisation du glyphosate ?

En Grande-Bretagne, l’opinion est d’avis qu’il faut renouveler l’autorisation, et le Parti travailliste soutiendra cette position, mais probablement pour une période limitée. Étant donné le niveau d’innovation technologique dont nous disposons aujourd’hui, nous devrions être en mesure de mettre en place une alternative. En ce moment, il n’y en a pas.

Un des problèmes de ce débat est que les citoyens font une obsession sur le terme « glyphosate », au lieu de se concentrer sur les quantités utilisées. C’est là-dessus que nous devrions nous concentrer davantage.

La NFU [syndicat agricole] a clairement lié glyphosate et OGM, en disant « ok, vous voulez interdire les pesticides, mais alors vous devez nous laisser utiliser les OGM ». Je n’ai pas de problème avec la technique scientifique des OGM, mais j’ai un gros problème avec le fait que quelques entreprises contrôlent tous les brevets. Ça, c’est dangereux.

Vous êtes végétarien depuis 25 ans. Pensez-vous que les agriculteurs britanniques soient prêts à accepter un végétarien au ministère de l’Agriculture ?

Je pense que les agriculteurs doivent être réalistes en ce qui concerne l’évolution des régimes alimentaires et des goûts des citoyens. Et une partie de cette évolution est causée par une plus grande conscience écologique. Récemment, une enquête a indiqué que nous sommes très loin d’être en mesure de respecter nos engagements climatiques parce que nous avons grossièrement mal jugé le volume de méthane émis par nos vaches.

Nous sommes obsédés par le carbone, mais nous ne nous sommes pas penchés sur le méthane, qui est un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le CO2. Il devient de plus en plus clair que l’agriculture est un contributeur majeur au changement climatique.

Il est temps que nous nous mettions à récompenser les agriculteurs quand ils mettent en place des actions de lutte contre le changement climatique, mais, comme toujours, le problème est que seuls les exploitants riches seront capables d’investir dans des mesures d’adaptation, donc nous finirons pas leur donner plus d’argent à eux. Parfois, en politique, on se fait avoir par sa propre logique : vous voulez que des choses soient faites pour l’environnement et vous ne voulez pas donner tout l’argent aux agriculteurs riches, mais au final vous y êtes obligés, parce que ce sont eux qui font des efforts dans ce sens.